lundi, novembre 29, 2004

"Restez fidèle ... au préservatif"

article : Le sida progresse en France, avec 6 000 nouveaux séropositifs en 2003
sources : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-388673,0.html

Laissons aujourd'hui aux chroniqueurs français de tout poil le plaisir d'analyser, de commenter, de disséquer ou de critiquer le sacre de Monsieur N. et concentrons nous sur un sujet beaucoup moins réjouissant. Vendredi dernier, l'Institut de veille sanitaire rendait publics les chiffres concernant l'épidémie du sida en France. Après une forte période de mobilisation marquée par le lancement d'opérations de solidarité-sida dans les médias, par des campagnes d'information massives sur les lieux de travail, à l'école, dans les bars, par la mobilisation d'artistes, de sportifs, ou d'hommes et de femmes politiques, l'effort et la médiatisation ont donné de dangereux signes de faiblesse, laissant croire l'extinction du virus en France. En Afrique oui, c'est grave, il faut les aider, en Europe plus personne ne doit avoir le sida, les gens savent se protéger non? Et y'aurait pas un vaccin existant, les trithérapies, tout ça?
Que de fausses idées, et quelles conséquences désastreuses (baisse de la protection, des dépistages...)! Aujourd'hui, gueule de bois. Avec 6000 nouveaux cas par an, soit 1000 de plus qu'estimé jusqu'ici, l'expansion du sida en France n'est pas stoppée ni même ralentie et touche aujourd'hui près de 100 000 personnes. Largement de quoi lancer une vaste opération de santé publique, d’autant que, dans 30% des cas, les individus ont été infectés dans les 6 derniers mois.
Mais, s’il est bien beau et très utile de distribuer de l’argent pour lutter contre le sida, il ne faut pas négliger la prévention qui passe par la responsabilisation des individus. Il faut briser ces idées reçues du type « le sida c’est pour les autres », « on se connaît, on se fait confiance, on ne va pas se protéger », ou pire « plus personne ne meurt du sida dans les pays développés ». Cela ne veut pas dire devenir méfiant à tout crin, suspecter le partenaire ou lui demander son certificat de séronégativité avant tout rapport. Cela veut dire prendre conscience de sa situation, avoir « l’âge de raison sexuel » qui permet, au vu de sa sexualité, de savoir si un dépistage est justifié, l’âge de raison qui enjoint à quelqu’un de s’abstenir en cas de doute pour ne pas devenir criminel, en bref, l’âge de raison qui fait qu’on connaît « l’outil », mais aussi son « mode d’emploi ». Cet « age de raison sexuel » certains l’ont (beaucoup), d’autres pas. Bercés d’illusions, trop jeunes pour comprendre ou trop hédonistes pour se freiner, ces derniers sont d’apprentis sorciers (et on peut l’être à tout âge) qui jouent avec un instrument qu’ils ne maîtrisent pas.
C’est vrai qu’entre le « jouissez sans entraves » et le « restez fidèle », il y a un gouffre qu’on essaie de combler aujourd’hui par un « restez fidèle au préservatif ». C’est délicat de dire à quelqu’un de jouir avec une « entrave » de latex, mais c’est le prix minimum à payer pour pouvoir se permettre une sexualité libérée et un zapping sexuel (certains parlent de « vagabondage »).
Enfin l’argent, il faut aussi l’injecter à haute dose dans la recherche. Il nous faut absolument une armée de nouveaux Pasteur pour libérer le monde, et l’Afrique en particulier, de cette « rage de l’an 2000 ». C’est trop horrible aujourd’hui d’imaginer que l’acte d’amour et de plaisir puisse devenir parfois un acte de mort.

vendredi, novembre 26, 2004

La vie du mourant, l'avis du parlement

article : Fin de vie : une loi va permettre de "laisser mourir"
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-388359,0.html

"La vie n'appartient pas aux politiques". Tous les quotidiens rappellent aujourd'hui cette phrase qu'on pourrait bien, comme tant d'autres, retrouver bientôt dans le dictionnaire des citations à l'entrée "Raffarin, Jean-Pierre, premier ministre français", ou plutôt dans la future méthode Assimil "Parler le Raffarin en 15 leçons" parmi les "la route est droite mais la pente est forte" et autres "France d'en bas".
"La vie n'appartient pas aux ...", telle a donc été la réponse très responsable du Premier ministre à la suite d'une affaire qui avait soulevé l'émotion en France et qui a conduit une mère désespérée et un médecin dévoué devant les tribunaux (quoique les succès de librairie et la médiatisation ont peut-être aidé les larmes à sécher ou en tout cas, enrichi éditeurs et libraires...) Une formidable façon de s'en laver les mains, de ne pas s'engager. La vie appartiendrait-elle donc aux juges? Action - sanction serait donc la solution?
"La vie n'appartient pas ...", en voilà un beau sujet de philo à poser à des adolescents de terminale qui découvrent Schopenhauer et Nietzsche. (I- La vie n'appartient pas aux politiques parce qu'elle relève de la sphère privée, de la conscience personnelle, des croyances...; II- Mais la vie appartient quand même aux politiques qui légifèrent, qui sont chargés d'organiser la vie en société, de délimiter le permis et l'interdit, le droit du malade et celui du médecin ; III- foutaises, comme d'habitude, une arnaque pour clore le sujet et faire plaisir au prof.)
"La vie n'appartient ...". Et pourtant si! La preuve, ce sont des parlementaires qui ont repris le flambeau qui avait échappé des mains du PM et qui ne faisait plus que de petites flammèches moribondes dans les médias, ponctuées d'étincelles éphémères à la parution d'un nouveau livre. Ces parlementaires, ils ont enquêté, ils ont écouté, ils ont débattu et, chose peu commune dans une démocratie comme la notre, ils sont parvenus à un consensus appelé à faire l'unanimité. Un citoyen suisse qui visiterait l'Assemblée nationale justement aujourd'hui, ne serait pas trop dépaysé par rapport au parlement de Berne réputé pour sa démocratie de consensus.
"La vie ...". Bien essayé pour clore le débat, pour détourner pudiquement le regard des problèmes sensibles, mais raté. On vote aujourd'hui une loi qui permettra le "laisser mourir". Avancée ou premier pas, c'est en tout cas une belle réponse de la démocratie parlementaire à un problème de société.
"La..." Comme l'invite le projet de loi cité plus haut, je vais donc "laisser mourir" cette phrase qui n'a fait que trop long feu.
"..."

jeudi, novembre 25, 2004

Ukraine : "c'est à la rue de parler"

articles : Ukraine : la victoire de Ianoukovitch proclamée officiellement /
Ukraine Premier Is Named Winner; U.S. Assails Move
sources : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-388306,0.html / http://www.nytimes.com/2004/11/25/international/europe/25ukraine.html?hp&ex=1101445200&en=4fb47dc5132b9a4b&ei=5094&partner=homepage

Aujourd'hui grande nouveauté sur le blog, j'élargis mes sources! Je ne vais pas m'en tenir exclusivement aux articles du Monde. En effet, par souci d'objectivité et de complémentarité des points de vue sur un sujet international important comme l'est actuellement la question ukrainienne, j'ajoute une source étrangère, américaine pour l'occasion, le New York Times.
Les faits relatés par la presse sont les mêmes et, depuis dimanche, on commence à les connaître : les citoyennes et les citoyens ukrainiens ont été appelés aux urnes dimanche dernier pour élire leur nouveau président. Des deux principaux candidats en lice, l'un (Ianoukovitch) est soutenu par le président sortant et par la Russie qui en a fait son favori, l'autre (Iouchtchenko) est le candidat de l'opposition, il milite pour un rapprochement avec l'Union européenne et l'OTAN. Lors des sondages à la sortie des urnes, on annonce le second largement favori et pourtant, contre toute attente, hier, c'est le premier qui a été déclaré vainqueur (après avoir été félicité par un Poutine très paternaliste pour l'occasion). Bourrages d'urnes en tout genre, falsification des résultats, pertes de bulletins en provenance de l'ouest du pays,... les soupçons de fraudes se sont depuis multipliés incitant l'opposition politique ainsi que les citoyens à se mobiliser et à descendre dans la rue malgré les menaces de l'armée et le froid des premières neiges hivernales.
L'UE, les Etats-Unis, l'OSCE ont fait part de leur mécontentement quant à la transparence du scrutin et de leurs soupçons sur la légitimité du vainqueur proclamé, tandis que la Russie - on allait dire l'URSS - déclarait sa pleine confiance dans ces résultats.
Comme les journalistes et chroniqueurs ne cessent de le souligner, on se croirait en pleine guerre froide! Alors que l'UE et les Etats-Unis ont pris l’habitude de se faire « crème » pour conserver de bonnes relations avec la Russie (malgré la Tchétchénie, malgré Beslan et l'opéra de Moscou, malgré la Géorgie,...), l'épisode ukrainien est un cheveu de plus dans la soupe de la bonne entente !
Après l'entrée dans l'OTAN de sept pays de l'est européen, après l'élargissement de l'UE, la Russie commence à se sentir isolée en Europe et Poutine se prendrait à regretter l'ancien "glacis protecteur" de l'URSS soviétique qu'il s'attachait à défendre quand il était au KGB! Quelle perte pour la Russie si la "petite Russie", comme on appelle l'Ukraine, devait désormais privilégier ses rapports avec l'Ouest! Ce grand pays-tampon entre Europe et Russie est supposé héberger à Kiev les racines de la culture russe, l'attachement de Poutine semblerait légitime. Mais de là à y truquer la démocratie, de la à accepter qu'on empoisonne les opposants...
Les méfiances exprimées en Europe, et aux Etats-Unis n'ont pas trop plu, on le comprend, à l'équipe au pouvoir en Ukraine. Quand les premiers ont été accusés de soutenir l'opposition, les seconds se sont entendu dire, par la responsable de campagne de Ianoukovitch : "J'aurais préféré l'élection de John Kerry à la place de Bush, je n'ai pas pour autant pris mon téléphone pour leur dire de changer de président!"
Et pourtant, malgré les menaces de l'occident, malgré les demandes de nouveau décompte, malgré les propositions d'un nouveau scrutin en présence d'observateurs internationaux, malgré les réclamations de l'opposition, la Commission électorale a tranché en faveur du candidat du pouvoir en place. Cette décision, on le devine, n’a pas calmé les esprits, bien au contraire. Après une campagne électorale contrainte par sa maladie (qui a germé bizarrement à la suite d’un dîner avec les chefs des services spéciaux) et son exclusion des médias publics, le candidat de l’opposition Iouchtchenko ne pouvait en rester là. Devant cette parodie de démocratie, poussés par le sentiment d'avoir été trompés par leurs dirigeants, l'opposition a mobilisé ses électeurs et la population s'est rassemblée en masse dans les rues, n'hésitant pas à planter la tente dans le froid, à appeler à la grève générale, et à inviter les forces de l'ordre à les rejoindre pour crier leur mécontentement.
La mobilisation a fait son effet: si elle n’est pas (encore ?) parvenue à déloger le vainqueur proclamé, au moins elle aura attiré les médias occidentaux qui constituent un relais idéal des revendications des populations mobilisées. La médiatisation du conflit (encore pacifique pour l’instant) est une pression supplémentaire sur les chefs d'Etats étrangers qui sont clairement appelés à se mobiliser pour la cause ukrainienne et ne peuvent fermer les yeux sur l’opacité du scrutin. Comme l'a affirmé un député de l'opposition ukrainienne : "Tous les moyens judiciaires ayant été épuisés, c'est désormais à la rue de parler"


mardi, novembre 23, 2004

Le prix de l'audace

article: A peine élu président de l'UMP, Nicolas Sarkozy reçoit déjà les mises en garde des chiraquiens
L'actualité politique est particulièrement chargée ces temps-ci : les ténors de la vie politique française ne cessent d'aller de studios de radios en plateaux de télévision et de meetings en conférences de presse. C'est que, malgré l'absence d'échéance sanctionnée par un scrutin universel, la vie des principaux partis bouillonne actuellement. On a l'impression, alors que les grandes tendances relayées par les médias affirment le contraire, que les partis politiques ont conservé un poids considérable dans la société. On se rappelle les primaires démocrates aux Etats-Unis : le vote des militants d'un parti étranger pour choisir leur candidat à l'élection présidentielle a captivé les médias internationaux, alors que ce n'étaient que des primaires qui ne préjugeaient en rien, on l'a vu, du résultat final de ce scrutin.
Il faut dire d'une part qu'on est à une période charnière de la vie politique française (à mi-mandat de la législature en cours), et d'autre part que se posent aujourd'hui des questions cruciales quant à l'avenir de la société française (ex. mariage homosexuel, respect de la laïcité) et quant à la poursuite de l'aventure européenne (Constitution, Turquie). Très clairement indépendants l'un de l'autre - la période "charnière" où se préfigure l'identité des futurs leaders amenés à conduire les partis à l'élection présidentielle aurait pu être dénuée de ces grands thèmes qui ont la particularité de diviser nettement l'opinion publique et les partis eux-mêmes, et l'avènement de ces sujets polémiques, surtout les sujets européens, aurait pu avoir lieu dans un autre contexte politique, la France n'étant évidemment pas seul maître de l'agenda politique européen - ces deux aspects ont pourtant fortement tendance à s'entremêler pour donner des résultats parfois explosifs et inattendus. Sur la question du mariage homo, c'était à qui donnerait son avis favorable en premier au PS. Sans aucune discussion avec ses camarade, DSK s'est tout de suite déclaré favorable, très vite suivi par M. Fabius qui ne voulait pas demeurer en reste sur un sujet aussi in, alors que Jospin, Hollande, comme Delanoë faisaient preuve d'une réserve certaine sur le sujet. Sur la laïcité Sarko écoute, regarde, analyse l'exemple américain et finit, lui aussi tout seul, par déclarer son souhait "d'adapter" la loi de 1905 quand le reste de son parti reste de marbre sur le sujet. Sur la Turquie Chirac serre des mains, s'engage, s'enflamme... puis regarde derrière lui... personne à droite ne le suit, ni même le "meilleur d'entre nous", Alain Juppé qui se déclare réticent.
Et pis v'la la Constitution européenne sur tout ça! Et hop Fabius veut tirer son épingle du jeu face à la concurrence d'un Hollande qui a connu la gloire des élections du printemps, et d'un DSK toujours sur les starting-blocks, à l'affût de sujets fédérateurs. L'ancien premier ministre, fait des allusions, laisse planer le doute, fixe un rendez-vous avec les médias et avec l'opinion, commence par dire "oui, mais..." puis, face à ses propres contradictions, annonce finalement un "non" clair et net, qui fait d'ailleurs oublier que MM. Montebourg, Emmanuelli et alii avait déjà pris une position similaire.
Voilà l'audace, l'engagement politique, déjouer les pronostics, briser les stéréotypes tout cela contribue à faire naître le débat. Ancien disciple de Chirac, ancien balladurien, Sarkozy se démarque, annonce un programme "de combat", s'engage parfois ( souvent?) contre ses ex-mentors et collectionne les Unes de la presse comme les soutiens de personnalités et de militants. Ancien premier ministre de Mitterrand, ancien ministre de l'économie supposé blairiste à la droite du PS, ancien adepte du "mieux à gauche" par opposition au "plus à gauche" proposé le 21 avril 2002 au soir par une frange du parti, Laurent Fabius s'est rapproché de cette gauche de la gauche, des Emmanuelli et Montebourg en s'opposant aux autres "éléphants" favorables au "oui" et en espérant se rapprocher à la fois des militants et des citoyens-électeurs. Du coup il collectionne lui aussi les unes et les interviews. Décidément, l'audace est risquée - l'avenir nous le dira dans les deux camps - mais, au point de vue médiatique, nul doute qu'elle paie!

lundi, novembre 22, 2004

Où l'on reparle du rapport de M. Camdessus...

article: Les députés ont fini d'examiner le budget 2005
source: http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-387841,0.html

"Obésité de l'Etat", titrais-je dans un précédent post à l'occasion de la publication du rapport de Michel Camdessus qui invitait l'économie française à un "sursaut". Rien ne semble plus approprié aujourd'hui pour commenter la clôture des débats et le vote du projet de loi de finances 2005. Le président de la république et le premier ministre ont eu tôt fait d'enterrer un texte qui réclamait un régime draconien de la dépense publique, d'autant plus qu'il devait devenir le "livre de chevet" du futur ex-ministre de l'économie, futur président honni du parti majoritaire. En effet, d'une part le Monde révélait vendredi dernier une hausse de 580% des dépenses de l'Elysée depuis l'arrivée de M. Chirac aux affaires et d'autre part la presse relatait l'affrontement sur les bancs de l'Assemblée entre le gouvernement et certains députés UMP qui refusaient de voter les crédits pour des Commissions de réflexions, groupes d'analyse de la société à l’utilité et à la légitimité douteuse, surtout en période de «vaches maigres» comme aujourd’hui.
Si les dépenses de l'Elysée restent trop opaques pour pouvoir donner lieu à des commentaires avisés sur leur légitimité, le fait que le budget de l'Elysée passe de 3,3 à 31,9 millions d'€ en 8 ans suscite nécessairement la méfiance du citoyen qui s'interroge sur l'utilisation de ses impôts, surtout après le précédent des frais de bouche à la mairie de Paris, ou des vacances à la Réunion du couple Chirac. Sans tomber dans le poujadisme primaire, ni lancer la sentence de mort de tout engagement politique "tous des pourris" qui fait le succès à la fois d'un Jean-Marie Le Pen et d'un Olivier Besancenot, on peut légitimement souhaiter d'une part une plus grande transparence dans les dépenses de l'Elysée, et d'autre part une limitation du train de vie de cette institution qui, si elle retrouve un peu de son pouvoir aujourd'hui, avait vu son influence sur la conduite des politiques de la nation très nettement restreinte lors de la cohabitation .
Enfin, au sujet de cette tendance, très gourmande en fonds publiques, qui consiste à créer une organisation, un comité, un conseil d'analyse, une haute autorité, un Haut conseil ou un observatoire de tout et n'importe quoi dès qu'un problème se pose, il s'agirait de noter objectivement son efficacité et la capacité de ces nouvelles structures à apporter des réponses claires mais surtout utiles aux problèmes posées. Le principal inconvénient c'est qu'il est facile de créer ce genre de structures, mais qu'on ne sait plus comment les supprimer lorsqu'elle sont venues à bout de leur mission ou lorsqu'elles sont devenues obsolètes. Le Commissariat général au plan, qui existe toujours après l'abandon de la planification en France est un parfait exemple de ce problème. Pourquoi ne pas le transformer justement afin qu'il fédère tous les projets et toutes les analyses commandées par l'Etat à des commissions ad hoc, coûteuses et à l'efficacité parfois douteuse. C’est ce que proposait récemment un analyste du Monde.
M. Ferry n'est plus ministre, mais apparemment à droite on l'aime encore bien et, vu qu'il n'aime pas trop être dans le besoin, l'Etat lui paie une "retraite dorée" à la tête d'un Conseil d'analyse de la société. Lui qui avait plein d'idées pour l'école - et savait les faire passer! - ainsi que pour "réussir sa vie", il trouvera peut-être un moyen pour rapprocher l'Etat, et ce gouvernement en particulier, de la société qui s'en méfie de plus en plus. On se permet d'en douter... affaire à suivre!

vendredi, novembre 19, 2004

Les "bonnes vieilles méthodes"

article : François Fillon a présenté une nouvelle réforme de l'éducation nationale au financement incertain
Claude Allègre et Luc Ferry sont bien placés pour le savoir, réformer l'Education nationale est un métier à risque, surtout pour un ministre peu initié aux bases de la rhétorique et du dialogue politique. Ainsi, des grondements du mammouth à l'autodafé du livre-programme de Luc Ferry devant les rectorats, on aura compris que les profs sont très chatouilleux en ce qui concerne leur "vocation" (car pour certains c’est bien plus qu’un métier). S'il avait fallu toute la diplomatie - la démagogie? - et la popularité d'un Jack Lang (mais aussi quelques compromis notamment budgétaires) pour éteindre le feu de la colère des enseignants, il faudra bien toute l’expérience et les qualités de négociateur de M. Fillon pour faire oublier les tensions exacerbées sous l'ère Ferry à l'encontre d'un gouvernement réformateur et, qui plus est, de droite.
Cela, l'actuel ministre de l'éducation semble en avoir pris la mesure. Conscient qu'il faut d'abord donner d'une main, pour pouvoir ensuite réclamer de l'autre, M. Fillon a tout d'abord écarté les propositions les plus explosives du rapport remis par la commission Thélot ( augmentation de la durée de présence des profs dans l'établissement, par exemple), promis le recrutement de 150 000 enseignants supplémentaires, garanti la présence d'une infirmière par établissement (création de 1500 postes), et réclamé une allonge budgétaire de 2 milliards d'€ pour le ministère de l'Education nationale. Il a ensuite répondu aux revendications de la majorité des enseignants (sauf peut-être les nostalgiques de 68, les admirateurs de Rousseau, et une partie de la nouvelle génération) en montrant son attachement aux "bonnes vieilles méthodes" qui font partie de la tradition de l'école républicaine : l’apprentissage du minimum nécessaire : le socle commun (lire, écrire, compter), le retour en grâce de la dictée (qui n’avait pas pourtant pas disparu), de la récitation, de la punition collective, ou encore la réhabilitation du redoublement. Apparemment, il pouvait donc se permettre d'exiger le remplacement systématique des professeurs absents par des collègues, de réformer le bac et le brevet et de modifier la formation des maîtres.
Comme toute proposition de réforme, celle-ci ne saura accueillir un accueil globalement favorable. Avant même d'avoir entendu toutes les propositions du ministre, les syndicats avaient appelé à la grève, une autre bonne vieille méthode, bien connue pour permettre de faire bouger les choses. Mais là n'est pas mon propos.
Que dire de cette tendance à la nostalgie de l'école d'antan?
Aujourd'hui, les profs ne cessent de se plaindre de leur déficit d'autorité dans les classes et souffrent, particulièrement dans les coins sensibles, de cruels manques de respect de la part des élèves. Aujourd'hui, on est obligé de mettre des vigiles à l'entrée de certains établissements scolaires pour assurer la sécurité de tous. Aujourd'hui, les enquêtes et rapports stigmatisent la France pour le faible niveau de connaissance de ses élèves et pour la fragilité de leur maîtrise des langues étrangères comparativement aux autres pays de l'UE. Aujourd'hui on peut arriver en sixième sans savoir lire et passer le bac sans maîtriser les bases d'une langue étrangère. Mais aujourd'hui, 80% des élèves ont le bac, même si ce ne sont pas eux qui se sont élevés au niveau du bac, c'est bien le bac qui s'est abaissé à leur niveau, mais aujourd’hui tous les élèves passent en classe supérieur, mais aujourd’hui on allège les programmes (ces chers petits en savent déjà tant !) comme on a allégé le cartable et les devoirs à la maisons (les élèves aussi ont droit aux RTT, non ?... Tous ces constats sur les mutations de l'école sont devenus des lieux communs à force d'être répétés. Ils expliquent en partie cette nostalgie de la "vieille école", qui a fait le succès du film de Barratier Les Choristes, qui se retrouve dans Les Fautes d'orthographes, film actuellement à l'affiche, et qui a trouvé sont apogée dans les émissions de télé réalité (le pensionnat, la rigueur des profs de chant et des chorégraphes comme celle des maîtres d’autrefois, la discipline et la soumission à l'autorité). Pourtant, dans ce dernier cas, le retour aux "bonnes vieilles méthodes", a pour but la gloire - aussi futile qu'elle est fulgurante - de devenir une star et non plus la plaisir de la connaissance pour devenir un être cultivé.
Le patrimoine culturel français, de La Guerre des Boutons aux Choristes et de Gavroche à Bazin, baigne dans un esprit d'insoumission à l'autorité. Il est curieux qu'on cherche aujourd'hui à la réhabiliter. C'est un signe des temps sans doute: Le cycle de libération, qui avait permis à l'école de devenir un facteur d'intégration dans la société plus qu'un reproducteur des inégalités sociales, aux élèves de s'épanouir, de devenir plus entreprenants, d'élargir leurs centres d'intérêts en pratiquant théâtre, musique, dessin dans les établissements scolaires, ce cycle insufflé par le vent libérateur et si nécessaire de 68, connaît aujourd'hui ses limites. L'école reproduit bel et bien les inégalités sociales sans pour autant permettre aux élèves de s'épanouir, ni même d'apprendre. Selon toutes apparences, un nouveau cycle lui a donc succédé, le cycle du retour aux "bonnes vieilles méthodes".

jeudi, novembre 18, 2004

"Bas coût", "discount", les nouveaux credo du marketing

article: Avec iDTGV, la SNCF lance officiellement le train à bas tarif
Alors que d'aucuns ne cessent de se plaindre de l'inflation et de la baisse du pouvoir d'achat des ménages depuis l'apparition de l'Euro, il est très amusant de constater le succès de tout produit ou service estampillé "bas coût", low cost, ou encore discount. Si la préférence des consommateurs pour ce qui est bon marché est loin d'être surprenante, on peut s'étonner du développement relativement tardif de ce type d'offres de plus en plus populaires.
Depuis hier, la Sncf, qui doit faire face à la concurrence féroce des compagnies aériennes à bas coût justement, a ouvert sa première ligne de TGV discount (http://www.idtgv.com). L'iDTGV a pour objectif de relier en un temps réduit (à peine plus de trois heures) Paris et Marseille pour une fourchette de prix qui s'ouvre à 19€ le titre de transport. Ça, c'est le premier effet, l'effet prix, comme l'appellent les économistes. A cela s'ajoute une volonté d'améliorer le service en proposant la location d'un lecteur DVD portable et de films pour agrémenter le voyage (iDZAP), ou en fournissant aux voyageurs un "kit sommeil" afin de passer le voyage dans les meilleures conditions de calme possible (iDZEN). Ça c'est le second effet, l'effet qualité. Ces deux effets, bien connus des responsables marketing, ont pour objectif de gagner des parts de marché supplémentaires en permettant à des populations moins aisées d'accéder à leurs services.
L'apparition de ce genre de produits concerne aujourd'hui des secteurs d'activité toujours plus nombreux et divers. Le succès des supermarchés discount (Ed, Aldi, Liddle, ou Leader Price) n'est aujourd'hui un secret pour personne, et surtout pas pour ces grands groupes du type, Carrefour ou Casino-Guichard qui se sont empressés de développer leur activité dans ce marché (Ed appartenant au groupe Carrefour, Leader Price à Casino). Les compagnies de transport aérien à bas coût se sont multipliées partout en Europe, et cette tendance commence même à toucher l'automobile, avec l’arrivée prochaine en France du nouveau modèle bon marché de Renault, la Logan, dont le prix est fixé autour de 5000€ et qui vient concurrencer les constructeurs asiatiques déjà sur le marché (Daewoo, Kia, Lada, Suzuki ou Maruti).
Toutes ces nouveautés ne sont en fait que la mise en pratique de formules anciennes imaginées notamment par Ford, mais qu'Edouard Leclerc, en son temps, avait lui aussi appliquées dans ses grandes surfaces. L’idée principale est de jouer sur l'effet prix en réduisant au maximum les coûts de production et de transport : on propose donc des produits standardisés(un seul modèle d'avion utilisé au maximum, un seul modèle de voiture proposé et fabriqué à la chaîne), au confort minimum (sans option pour les voitures, en entrepos sans sachet plastique pour les supérettes, sans journaux ni services particuliers dans les avions), et on réduit les intermédiaires entre le producteur et l'acheteur(vente des billets sur Internet pour les avions et les trains).
Si les « Trente glorieuses » et le progrès technique avaient mis fin à la Ford T, serions nous en train d'y retourner? N'exagérons pourtant pas le trait. La quasi totalité des produits ne sont pas concernés par cette tendance et la majorité de la population, surtout quand elle peut se le permettre, préfère limiter les contraintes, quitte à dépenser un petit peu plus... Ces produits restent donc une aubaine et un progrès, pour les populations qui n'y avaient pas accès jusque là et en particuliers... pour les étudiants!

mercredi, novembre 17, 2004

Une identité, pas des identitaires!

article : D'anciens militants d'extrême droite se recyclent dans une association familiale laïque
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-387244,0.html

Les voilà ces communautés d'opposition au "progrès social" dont je parlais dans le post précédent (http://emyle.blogspot.com/2004/11/le-progrs-social-une-locomotive-sans.html). Au delà des groupes qui se réunissent autour de pratiques et de croyances religieuses (musulmans, juifs, chrétiens,...), il y a ces communautés d'extrémistes, ces groupuscules néo-fascistes dont l'activité principale est la provocation de mauvais goût (discours et écrits racistes et xénophobes), et souvent très lâche comme celle qui consiste à s'en prendre à des minorités faibles par définition, voire à des morts. Ces groupes de marginaux aux réflexes antisociaux affichés ne sont pas forcément très nombreux, mais suffisamment efficaces pour que les medias puissent relater chaque jour un nouvel évènement à caractère raciste ou antisémite (profanation de cimetière juif, insultes racistes ou homophobes, agression, manifestation violente...) Ce qui est frappant c'est qu'à chaque fois, il s'agit de jeunes hommes parfois à peine en âge de voter. "L'action violente c'est une erreur de jeunesse", dirait sans doute M. Battisti que je ne veux pas ranger parmi ces gens là, même si, à l'autre bout du spectre des idées dans son pays, il fut aussi un extrémiste à sa façon.
Mais ce n'est pas tout. La médiatisation de ces actions de jeunes "identitaires" comme ils aiment à se nommer, leur goût pour la provocation, pour les opérations "commandos", est souvent associée, dans certaines banlieues, à la perte des repères traditionnels. Trop souvent, c'est là que se développent d'un côté l'extrémisme islamique, et de l'autre l'extrémisme xénophobe qui attire vers ces groupuscules une clientèle jeune au cerveau disponible et facilement malléable, surtout par des idées "coup de poing", manichéennes et réductrices. Pas de place au débat: il y a des maux, il y a des responsables de ses maux, il y a UNE façon de les résoudre. Mais attention, je ne suis pas en train de parler de l'administration américaine renouvelée, ne nous méprenons pas...
C'est bien ces groupuscules de réaction qui sont aujourd'hui l'objet de mon propos, ces factions d'extrémistes qui se prennent en photo en train de déféquer sur une sépulture, qui veulent laisser une trace colorée et haineuse de leur passage dans les cimetières juifs, qui aiment à mener des actions violentes lors de manifestations aux thèmes fédérateurs comme ce "non à la Turquie!" dans une Europe à laquelle ils ne croient pourtant pas, ces groupuscules d’animaux au crâne rasé qui balancent dans la Seine un homme au prétexte qu'il est magrébin et qu'il était là au mauvais moment, ces fachos qui, aujourd’hui semblent vouloir noyauter les communautés et les groupes sociaux existants (on en retrouve dans les banlieues, mais aussi au sein de l’Association familiale laïque, de l’armée, de l’Eglise catholique, parmi les intermittents du spectacle, dans certains partis politiques, certains syndicats, certaines entreprises). Ces jeunes fanatiques ont sans doute oublié que le NAP (Noyautage des Administrations Publiques) était un réseau de résistants à l’Allemagne nazie, qui a tenté d’empêcher la déportation des juifs… Les provocations constatées à l’égard des juifs constituent une insulte à la mémoire de ces résistants qui était tout aussi, voire bien plus soucieux de défendre les valeurs de la France.
Et toutes ces provocations pour quoi? Pour défendre l'identité française! Les "Jeunesses identitaires", "Unité radicale", tous ces groupes à l'extrême droite de l'extrême droite politique entendent défendre cet "ensemble d'éléments qui permettent de reconnaître un individu ou une population donnée" (selon une définition trouvée sur le net), qui nous caractérise.
A l'heure où l'on s'apprête à voter pour la Constitution européenne, à l'heure où une bonne partie des étudiants partent faire leurs études à l'étranger, à l'heure où l'on tisse à pas de fourmi la trame de l'identité européenne, ces nouveaux skin-heads ne sauraient défendre l'identité française, c'est leur identité de marginaux provocateurs et imbéciles qu'ils défendent. Il est à remarquer pour finir que la présence de femmes dans ce genre de commandos est rarissime, la finesse et l'ouverture d'esprit de ces mâles sûrs de leur virilité doit quelque peu les intimider.

mardi, novembre 16, 2004

Le "progrès social" une locomotive sans frein?

article : Les débats sur le mariage gay et l'homoparentalité ont modifié l'image du pacs, créé il y a cinq ans
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-387106,0.html

Séparation de l'Eglise et de l'Etat, école publique/école privée, congés payés, réduction du temps de travail, contraception, avortement, pacs... Tous ces sujets de société et bien d'autres ont cristallisé en leur temps les oppositions droite-gauche en France et monté, parfois violemment, une partie de la société contre l'autre. Tous ces acquis du droit français font aujourd'hui la quasi unanimité dans la classe politique (à part peut-être madame Boutin) à tel point qu'on peut facilement dire à droite : "il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis" ou encore "ce qui était mauvais hier, est bon pour aujourd'hui". Ainsi, même si les convictions religieuses, les valeurs traditionnelles demeurent parfois, elles sont cantonnées, la plupart du temps, à la sphère privée : aucun homme politique, ni aucune femme politique (A part bien sur madame Boutin) catholique – et donc a priori opposé à l'avortement par conviction religieuse – n’oserait aujourd'hui remettre en cause cet acquis des femmes françaises.
Ce constat met en lumière deux perspectives intéressantes. La première est évidente, presque naïve. La gauche semble avoir toujours été à la pointe du progrès social face à une droite toujours très réticente au départ. En disant cela, je n'oublie pas que c'est un gouvernement de droite et une ministre de droite qui ont fait adopter la loi sur l'avortement qui fête cette année ses 30 ans, mais je ne veux pas ignorer non plus que madame Veil a subi plus d'insultes à droite de l'hémicycle et connu un plus grand soutien à gauche. C'était une époque où le pouvoir était sans partage à droite depuis près de 20ans et où les réformes "progressistes" devaient s'imposer plus par pression sociale, par nécessité que par réel enthousiasme politique.
La gauche serait donc cette force de progrès, très saine et nécessaire à notre démocratie. Néanmoins, ses échecs électoraux, l'alternance politique et les victoires de la droite montrent d'une part que les gens ont besoin de conserver des repères traditionnels et n'aiment pas voir la société bouger trop vite, et d'autre part que la droite a su, de son côté, évoluer face aux demandes des électeurs: on y trouve des défenseurs des droits des homos (Bachelot, Romero), des fervents défenseurs de la laïcité à la française (cf. le débat Chirac, Raffarin, Borloo vs Sarkozy), et même aujourd'hui des partisans d'une amélioration du Pacs, honni il y a 5ans!
La deuxième perspective est moins réjouissante. Sans être un vieux réactionnaire patenté, on peut se demander aujourd'hui vers quelle société on se dirige et quelles sont aujourd'hui les forces de pression d'une part, et les forces d'opposition d'autre part aux projets libéraux tant sociaux qu'économiques... Si ce qui était mauvais pour une importante partie de la classe politique il y a quelques années est aujourd'hui une vérité générale, c'est que rien ne freine plus le "progrès" social. On se rappelle plus ou moins le malaise de la gauche à l'époque du Pacs (Jospin n'y était, au départ, pas personnellement favorable et l'adoption du texte a été très longue car l'hémicycle, pourtant assez largement acquis à la Gauche plurielle de l'époque, avait été déserté en première lecture, chacun ayant sans doute mieux à faire qu'à se "mouiller" devant ses électeurs ), qui est ensuite devenu, avec les 35h (mais là aussi, malaise il y avait eu), un progrès symbolique du bilan du candidat Jospin. En tout cas on se souvient très bien de l'opposition en bloc de la droite (hormis Mme Bachelot) qui défend aujourd'hui becs et ongles ce pacs face à la perspective du mariage homo.
Ce constat sur l'évolution de la société nous invite clairement à penser aujourd'hui que, malgré les oppositions actuelles dans les deux camps (et parmi les ténors évidemment), le mariage homo et l'homoparentalité seront entrés dans les moeurs d'ici quelques (courtes) années et chacun aura oublié qu'il y avait été opposé. M. Mamère sera – et c’est sans doute ce dont il rêve secrètement – le Simone Veil du mariage homo et on fera un dossier mettant en valeur son courage et sa ténacité malgré les insultes personnelles et l’absence de soutien politique.
Il me semble du coup que les réactions, les oppositions, les freins à ces "avancées" sociales, trouvent leur place et leur efficacité non plus au sein de la classe politique et de la société tout entière, mais au sein des "communautés" dont on parle tant aujourd’hui : de la communauté musulmane opposée à l'avortement, à l'union homosexuelle, d'autres communautés religieuses moins visibles mais présentes dans l'intimité des familles et des églises (catholiques, protestants, juifs, orthodoxes...), … mais c'est un autre débat.
L'économie comme la société semblent donc évoluer en parallèle, sans réel frein durable à long terme, vers toujours plus de libéralisme. Est-ce le progrès, est-ce vraiment un bien?
J'ajoute un dernier point pour clore mon propos. Il est intéressant de noter que la quasi totalité des thèmes cités en introduction ont pris de l'importance dans l'Amérique puritaine au cours de la campagne présidentielle et que c'est sur la croyance dans ces valeurs (d'un autre temps pour beaucoup de français) que le président Bush a été réélu face à un John Kerry qui souhaitait les remettre en cause. Alors: erreur d'aujourd'hui, vérité de demain? Erreur outre Atlantique, vérité en France?

lundi, novembre 15, 2004

Réforme de l'Etat : la méthode scandinave et l'incroyable confiance des citoyens

article : En visite en Suède, un ministre s'émerveille de "la confiance des citoyens dans l'Etat"
En déplacement officiel en Suède afin d'y observer le fonctionnement de l'administration et son incroyable capacité à se réformer, le très méconnu secrétaire d'Etat Eric Woerth s'est donc émerveillé de "la confiance des citoyens dans l'Etat" et de la modernité du système administratif suédois.
Malgré les beaux discours et les grands programmes annoncés en période d'élections par les gouvernements, la méconnaissance de cet ancien élève d'HEC, ex-consultant d'Arthur Andersen("un ministre" nous annonce-t-on dans le titre de l'article), mais surtout du poste qu'il occupe, le secrétariat d'Etat à la réforme de l'Etat, montre bien la faiblesse du poste qu'il occupe au sein de l'activité gouvernementale. Michel Camdessus a du soucis à se faire, lui qui, dans son rapport remis au ministre de l’Economie, ne voyait pas de salut pour la France sans une réforme de grande ampleur du gouvernement où le ministre en charge de la réforme de l'Etat jouerait un rôle de premier plan. Aujourd'hui méconnu des français, généralement oublié par les médias, ce ministère a pourtant un travail titanesque devant lui s'il veut que l'administration française atteigne le niveau de modernité et d'efficacité du système suédois!
Mais au delà de ce premier constat, un second point plus important mérite d'être commenté. Il est quand même incroyable d'entendre le ministre d'un pays démocratique et républicain s'émerveiller de la confiance dans leur Etat des citoyens d'un autre pays. Sous-entendu : en Suède vous avez de la chance, vous pouvez réformer, vous bénéficiez du soutien et de la confiance de vos concitoyens, alors que nous en France...
Eh oui! Voilà le problème nous en France... on a en ce moment le procès Juppé, les frégates de Taiwan, les histoires de Tapie avec le Crédit Lyonnais, les écoutes téléphoniques de l'Elysée,... voilà qui allèche bien plus les mass media que les éventuelles SMR, les "stratégies ministérielles de réforme" dont personne n'a entendu parler! Mais on est peut-être pas les plus gâtés. Quand on voit le procès Berlusconi en Italie, la corruption des juges, le chevauchement d'intérêts économiques et d'ambitions politiques... Et encore, malgré le mot de Louis XIV, l'Etat ce n'est pas seulement ça, ce n’est pas seulement les personnalités au sommet de la hiérarchie politique. L'Etat c'est aussi son administration, et on connaît en France les réticences naturelles des citoyens envers une administration accusée d'être coûteuse, procédurière, pétrie de privilèges, tissée de réseaux d'influence à la transparence douteuse, souvent lente et partiellement inefficace. Devant ces réticences, on comprend que pour M. Woerth, la Suède ne soit pas un exemple à suivre en matière de prélèvements obligatoires (52 % du PIB : le niveau le plus élevé de l'OCDE, mais en même temps des comptes publics sains, ce qui n'est pas négligeable)... si en plus il fallait demander au contribuable de payer plus!
La confiance dans l'Etat ne serait donc qu'un concept scandinave? C'est à prouver. Le fait est, au moins, que la confiance facilite la réforme. La Suède a divisé par deux le nombre de ses fonctionnaires, le gouvernement s'appuie sur 13 ministères qui dirigent une administration très resserrée pour être efficace et un personnel au statut identique à celui des employés du secteur privé. Enfin en Suède, le soucis de transparence est palpable: la performance des administrations étant évaluée et rendue publique chaque année par une agence nationale de la gestion publique.
Substituer une culture de programmes, d'objectifs et de résultats à une simple approche en terme de moyen, voilà un des axes choisis pour accélérer la réforme de l'Etat en France. Il faudra avant tout gagner à nouveau la confiance des français. Une réforme à la suédoise n'est-elle qu'un rêve irréalisable en France?

mercredi, novembre 10, 2004

Abidjan: le Bagdad français?

article:Tentative de médiation africaine en Côte d'Ivoire où les violences continuent
source: http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3212,36-386475,0.html

Depuis une semaine, les relations franco-ivoiriennes se sont fortement dégradées. En réponse aux frappes aériennes des troupes gouvernementales du président Gbagbo, qui ont fait 10 morts dont neuf soldats français samedi dernier, l'armée française a détruit une partie de la flotte aérienne ivoirienne et placé des barrages à plusieurs endroits du pays. Cette situation conflictuelle provoque de nombreuses polémiques à l'étranger où se pose, comme en France d’ailleurs, la question de la légitimité de l'intervention française. A l'ONU, l'ambassadeur ivoirien accuse la France de mener une politique néocoloniale en Côte d'ivoire et d’avoir "humilié" son pays en s'attaquant à son arsenal aérien. Prenant acte de l'échec de la diplomatie française, l’Afrique du sud s'apprête à intervenir pour tenter de remettre les belligérants autour de la table des négociations. Aux Etats-Unis, la presse à scandale se gausse des difficultés de la France en Côte d'ivoire, stigmatisant l'impuissance et l'illégitimité de l'intervention en Afrique de ce pays si prompt à donner des leçons sur la politique américaine en Irak.
Pourtant rien ne permet d'affirmer qu'Abidjan est le Bagdad français. Preuve primordiale s'il en est, c'est sous mandat de l'ONU et avec la "bénédiction" de la quasi totalité des pays qui y sont représentés que la France est intervenue en Côte d'ivoire. Sa mission est bel et bien d'assurer le maintien de la paix, de limiter les dégâts de la guerre civile entre forces gouvernementales et rebelles, et de protéger les populations civiles. Ces mêmes populations qui brûlent aujourd'hui le drapeau français, incendient les écoles françaises, et dénoncent une attitude néocoloniale de la France, conduisant les expatriés à fuir le pays après y avoir participé activement à la vie économique en créant des entreprises, en investissant des fonds, en tissant des partenariats.
Certes, cette attitude de l'ancienne métropole envers son ex colonie n'est pas neutre ni purement philanthropique. Il s'agit bien sûr de protéger les intérêts économiques français dans cette région francophone de l'Afrique où la France a toujours conservé une certaine influence. Mais, depuis la décolonisation des années 1960, la France y exerce plus ou moins un rôle de gendarme sous mandat de l'ONU qui a permis de limiter sensiblement le nombre de conflits et de morts dans cette partie du monde (exception faite du Rwanda où cette "protection" a montré ses limites).
Les enjeux humanitaires mis en avant par les responsables de l'intervention française sont touchants, ils ne parviennent pourtant pas à masquer l'intérêt stratégique (bien plus qu'économique dans un pays où les multinationales anglo-saxonnes sont parvenues peu à peu à effacer partiellement la présence des capitaux français - il en reste néanmoins quelques uns...) du maintien de l'influence française. Afin de conserver une certaine légitimité et un certain poids dans la région, elle doit pouvoir limiter les guerres civiles et éviter de se brouiller avec le principal acteur économique de l'Afrique occidentale. Car en effet, comme l'affirme le journaliste du Monde, l'époque où plus de 50 000 expatriés faisaient "tourner" l'économie ivoirienne et, le dimanche, du ski nautique sur la lagune d'Abidjan - l'époque où des maisons de négoce françaises exportaient le gros du café et du cacao - est révolue depuis... une génération.

mardi, novembre 09, 2004

Euro fort - Europe faible

article: Les déficits américains poussent l'euro vers de nouveaux records historiques
Comme au début de l'année 2004, experts et politiciens s'inquiètent de l'appréciation de la monnaie européenne pour la croissance économique de la zone euro. Il est vrai que cette année, l'Euro a dépassé à plusieurs reprises les "records historiques" de sa cotation par rapport au dollars en s'approchant des 1,30$. Au lancement de l'Euro, en 1999 et en 2000, sa valeur était descendue jusqu'à 0,82$ pour une unité, c'est dire si aujourd'hui la situation est complètement inversée.
Sans être spécialiste des politiques économiques, on en comprend facilement les enjeux. L'appréciation de l'Euro peut s'avérer nocive pour la croissance économique, qui repart timidement en Europe alors qu'elle demeure conséquente aux Etats-Unis. En effet, en rendant les produits européens plus coûteux comparativement aux produits américains, cette hausse de l'Euro constitue un réel frein aux exportations et peut entraîner un déficit de la balance du commerce extérieur (différence entre les exportations et les importations sur une année) en Europe alors que l'économie américaine pourra profiter d'une hausse des exportations de ses produits rendus plus attractifs.
La Banque centrale européenne peut juguler cette appréciation de l'Euro en abaissant ses taux d'intérêt pourtant déjà peu élevés (ce qui rendrait la monnaie européenne moins attractive aux investisseurs), mais ses statuts l'engagent moins à assurer la croissance économique et le progrès social de la zone euro, qu'à limiter l'inflation. D'autant plus que la hausse du prix du pétrole constitue une réelle menace pour cette dernière… Un euro fort permet en effet de limiter les conséquences de la hausse du prix du pétrole exprimé en dollars.
C'est bien l'injustice des lois économiques et l'irrationalité des lois du marché qui apparaissent aujourd'hui dans ces chiffres. Ne cessant d'affirmer qu'ils suivent une politique de dollar fort, les Etats-Unis laissent filer la valeur de leur devise nationale dans leur intérêt national: cela favorise leur croissance économique et éponge en partie le gigantesque déficit de la balance extérieure qu'ils se traînent.
Au delà de ces propos contradictoires, il est scandaleux de constater que c'est l'Europe qui fait les frais de la politique économique laxiste de l'administration Bush. Les "déficits jumeaux" (déficit budgétaire et déficit de la balance extérieure) américains atteignent des sommets et cela inquiète les investisseurs qui "réfugient" leurs capitaux dans la zone euro et au japon. Mais le plus injuste dans tout ça, c'est que l'Europe ne pourrait pas se permettre de dépenser comme le fait le gouvernement fédéral américain. En effet, tout est une question de confiance: le dollars et l'économie américaine bénéficient de la confiance aveugle des nouveaux investisseurs (notamment asiatiques, c'est-à-dire chinois). Ceux-ci n'arrêteront pas de prêter même à des conditions pas forcément avantageuses parce qu'ils ont confiance en la puissance américaine.
A l'Europe et à l'Euro de gagner la confiance en coordonnant les politiques économiques, en faisant tomber ces "murs de Berlin" qui entravent la parfaite coopération économique en Europe et laissent trop souvent planer la méfiance et les accusations mutuelles (cf. politique fiscale et monnaie unique avec le Royaume-Uni, déficit budgétaire et pacte de stabilité avec la France et l'Allemagne, mésententes avec la BCE...).

lundi, novembre 08, 2004

Arafat n'en finit pas de mourrir

article:La direction palestinienne renoncerait à venir à Paris voir Arafat
L'éventuelle future veuve de M. Arafat a donc refusé que futur feu son mari reçoive la visite de ses successeurs éventuels à la tête de l'Organisation de libération de la Palestine. "Ils vont l'enterrer vivant!" s'est-elle indignée. Malgré ces propos accusateurs tenus à l’occasion d’une interview donnée à la chaîne arabe Al-jazeera, la visite officielle des principaux adjoints d'Arafat, qui devait être annulée, sera finalement maintenue.
Décidément, ce pauvre Arafat, tout le monde le voit mort ces temps-ci! N'a t'il pas droit au respect et à la compassion normale pour un malade à l'état clinique très critique? Apparemment non. Mais c’est que ce malade n'est pas n'importe qui («il n'est pas seulement un père ou un mari" affirmait une parlementaire palestinienne à destination de Mme Arafat accusée de monopoliser les informations sur la santé de son mari). L’état de santé du leader palestinien a bel et bien un intérêt politico-stratégique et c’est pourquoi il est suivi de très près.
Il n'est pas surprenant non plus de voir l'ébullition que provoque au Moyen-orient la mort annoncée de Yasser Arafat. Dans son propre camp comme chez ses ennemis invétérés, l'empirement soudain de son état de santé a suscité de nombreuses interrogations, des craintes, mais aussi des lueurs d'espoir. Où sera t’il enterré? Première question qui s'est imposée aux israéliens. Sur l'esplanade des mosquées? Jamais de la vie, cela serait une dernière victoire symbolique du leader palestinien et cela supposerait une affluence considérable de palestiniens dans cette zone contrôlée par les forces de Tsahal. On penche plus aujourd'hui vers l'option de la bande de Gaza que les israéliens sont appelés à quitter progressivement à la suite de la décision de M. Sharon. Qui lui succèdera? Cette question se pose dans les deux camps en termes différents: d'un côté on espère un leader plus "modéré", capable de tenir une "feuille de route" vers la pacification des rapports et la condamnation claire et active du terrorisme. De l'autre, il s'agit d'organiser l'après-Arafat. En effet, le Raïs n'a aucun successeur désigné et l'OLP risque fort d'être tiraillée au moment de la passation de pouvoir (y aura t’il élection comme en 1996 afin d'affirmer la légitimité du nouveau chef?). Le secrétaire général du comité exécutif de l'OLP et ex-premier ministre Mahmoud Abbas est le principal favori à l'heure actuelle. Il y a quelques années, il avait gagné la confiance d'Israël et des Etats-Unis en se prononçant contre les violences de l'Intifada.
Mais pour que la bataille pour la succession soit ouverte et que ces questions trouvent une réponse, il faut que la place (physique et symbolique) du leader soit libre. Et pour l'instant... Arafat n'en finit pas de ne pas mourir!

vendredi, novembre 05, 2004

L'Europe à la rescousse

article: Face à l'Amérique de Bush, les responsables politiques misent sur l'Europe
source: http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-385735,0.html

Laissons de côté le cas Arafat pour le moment. Il semble en effet que le sujet soit un peu trop brûlant et les informations trop contradictoires pour s'y attaquer aujourd'hui.
Le titre de l'article cité en source était déjà évocateur: alors comme ça les responsables politiques croiraient en l'Europe!? Telle absurdité au vu de la situation européenne actuelle méritait de lire le papier en profondeur. On y apprend que, face au succès républicain aux Etats-Unis contre les préférences de la majorité des européens, les hommes politiques français ont exprimé leur "besoin d'Europe", leur foi en la force de l'Union face au concurrent américain. Les américains sont donc si différents de nous (ils élisent un président qui soutien la peine de mort, qui s'oppose, entre autres, à l'avortement et à l'union homosexuelle...) constatent ces responsables politiques, cela mérite qu'on se rassemble autour du projet européen... voilà en quelques mots l'essentiel des réactions de la classe politique française au lendemain de la victoire de M. Bush.
Les mauvaises langues diront que c'était un prétexte supplémentaire pour que MM. Fabius et Emmanuelli fassent entendre leur différence : L’ultralibéralisme de Bush est mauvais, donc il nous faut une Europe forte, donc pas libérale, donc sans cette maudite constitution! Tout évènement est bon pour faire entendre sa voix dans les médias, bientôt on va nous dire que M. Arafat agonise parce que la future constitution européenne favorise les délocalisations!!!
Mais là n'est pas le plus surprenant! Quel plaisir pour un européen convaincu d'entendre tant de bien du projet européen commun, quelle joie de voir la classe politique animée par sa foi dans l'Union! Pour une fois.... Pour une fois que l'Europe n'est pas réduite à la méchante Commission de Bruxelles qui veut réduire les subventions aux agriculteurs français, ou empêcher l'Etat d'aider telle ou telle entreprise nationale à surmonter la crise. Pour une fois que l'Europe n'est pas assimilée à ces technocrates de Bruxelles qui nous obligent à privatiser nos entreprises publiques, et à augmenter l'âge de départ à la retraite. Pour une fois que l'Europe n'est pas décrite comme cette administration gourmande qui nous oblige à serrer la ceinture pour pouvoir traiter avec nos partenaires économiques et aider les nouveaux adhérents. Pour une fois que l'Europe n'est pas seulement un multiplicateur des délocalisations, la cause du chômage, du ralentissement économique, de la pluie ou de mon mal de dents... Pour une fois que l'Europe n'est pas seulement la Turquie! On peut se réjouir. Alors c'est bien vrai, ce n'est pas uniquement pendant la campagne électorale pour les élections européennes que les politiciens français aiment l'Europe?
Ce contrepoids européen que les parlementaires appellent de leurs voeux doit passer par un renforcement de l'union au sein de l'Europe. Cette union ne pourra exister qu'avec le soutien de l'opinion publique. Or, dans la majorité des Etats membres, on a trop tendance à accuser l'Europe de tous les maux à en faire un bouc émissaire pour mieux dissimuler ses mauvais choix. Et après on s'étonne du faible engouement des populations pour le projet européen! Pour formaliser cette union, rien de mieux qu'une constitution. Faisons fi des intérêts personnels, des prises de positions tacticiennes et votons donc ce projet, certes très perfectible, mais nécessaire aujourd'hui pour relancer l'élan européen. Si au moins les élections américaines pouvaient être un déclic, ce serait au moins un point positif...


jeudi, novembre 04, 2004

Internet, média, associations: l'engagement pour une campagne

article: Le combat médiatique entre les deux candidats a été sans merci
Et maintenant l'union! Voilà en résumé l'idée principale développée par le candidat malheureux à l'élection présidentielle américaine dans son discours d'adieu.
Facile à dire après l'acharnement de chacun des candidats à stigmatiser les faiblesses et les "formidables erreurs de jugement " de l'adversaire à l'occasion de débats très médiatiques, à coup de communiqués assassins et de discours combattants.
Facile à dire après l'usage massif de la moquerie et des stéréotypes réducteurs, après la dénégation de l'autre et de ses idées, après la diffusion de clips plus ou moins truqués clamant les performances et la gloire de l'un ou crachant le mépris des idées adverses.
Facile à dire après des dépenses de campagnes abracadabrantesques, destinées à monter une Amérique contre l'autre (cf. le titre choisi par C. Ockrent: Bush - Kerry, les deux Amérique), après la constitution de nombreuses associations aux manifestations souvent plus proches des clubs de supporters que des groupes de réflexion politique.
Facile à dire enfin, après la multiplication des émissions de télé à l'élévation intellectuelle proche du néant, où les candidats ont dû chanter de la variétoche, rire à des sketchs bidons ou raconter la dernière histoire de Toto (ou son équivalent américain), après tous ces articles sur la jeunesse alcoolique de l'un et l'engagement au Vietnam de l'autre, après l'explosion du nombre de sites web et de blogs sur lesquels - contrairement à la presse en général - "tout est permis", y compris l'annonce précoce de faux résultats, la diffusion de rumeurs aussi fausses que dégradantes, la pratique de la calomnie...
Et maintenant l'union donc! Rassemblons dans ces Etats UNIS tous ces citoyens qui se sont opposés et insultés pendant plusieurs mois d'une campagne aussi éprouvante que féroce pour les deux candidats. Rassemblons derrière le nouveau président tous ces citoyens qui pensent que cet ancien alcoolique illuminé par une Révélation, fortement soutenu par les milieux réactionnaires, la National Rifle Association, les milieux économiques (Halliburton!), est tout à fait incapable de mettre fin à la guerre en Irak, d'assurer la croissance économique du pays et de sauvegarder sa protection sociale déjà si faible face à la hausse du chômage.
La virulence de la campagne américaine a assuré un suspense haletant jusqu'au dernier jour et une belle publicité pour le droit de vote. Kerry, largement distancé dans les sondages en septembre après la convention républicaine, a décidé ensuite de rendre coup pour coup, de se rapprocher de l'américain moyen. Cela a redonné du piment et de l'enjeu à l'élection du 2 novembre et on peut penser que ce suspense a incité les citoyens à exprimer leur point de vue en se rendant aux urnes malgré les files d'attentes devant certains bureaux de vote.
L'impact médiatique de cette élection est aussi dû en grande partie à l'investissement personnel et collectif des citoyens des deux camps. Les premiers bilans de la campagne américaine soulignent le rôle joué par Internet (avec ses blogs, ses médias en ligne, ses forums de discussion...) dans cette campagne. Par ce biais, chacun pouvait exprimer son opinion, ses attentes, ses revendications et ses déceptions à l'attention de tous. Certains blogs ont atteint une audience de plus de 500 000 visites! Mais l'investissement a aussi (et surtout) été financier: entre 1,2 et 1,6 milliards de dollars auraient été dépensés, soit le double des frais occasionnés par la campagne de 2000.
Le quart de cette somme aurait déjà été considéré comme du gaspillage en Afghanistan à l'occasion des élections présidentielles. La victoire officielle de M. Karzai a fait moins de bruit que celle de M. Bush mais elle a son importance. Comme le précisait ce matin Bayrou à la radio: s'il y avait une décision de la première législature de GWB à retenir, c'est bien l'invasion coordonnée de l'Afghanistan en réponse aux attentats de 2001. Les Talibans et leur dictature se sont évanouis dans les montagnes, Ben Laden se cache dans une grotte, la musique et la télévision ont refait leur apparition et l'Afghanistan vient d'élire démocratiquement son premier président dont le succès a été validé par les observateurs de l'ONU.
Que souhaiter d'autre au président américain, sinon de parvenir à réussir en Irak ce qui a fait le succès de l'intervention en Afghanistan. Mais il est vrai que pour cette dernière, l'engagement des forces était coordonné et parrainé par l'ONU et l'OTAN. De l'entente et de la coordination donc, d'unilatéralisme point.

mercredi, novembre 03, 2004

De la démocratie en Amérique

article: Le spectre de l'imbroglio de 2000 resurgit
source: http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3484,36-385547,0.html

Comment écrire un post ce matin sans évoquer l'élection présidentielle américaine? Pour une fois, je vais déroger à la règle: il n'est pas possible de parler d'un seul article en particulier, mais bien d'une multitude de brèves, d'analyses et de statistiques qui fleurissent sur lemonde.fr comme sur tous les sites d'information.
Si aucun article en particulier n'a attiré mon attention, c'est qu'ils expriment tous les mêmes symptômes, les mêmes craintes, les mêmes limites de cette élection si intensément suivie aux quatre coins de la planète (on apprend par exemple qu'un acupuncteur britannique résidant au Japon est prêt à prodiguer ses soins gratuitement pendant une journée en cas de défaite de Bush. Il aurait même invité le président américain à venir en profiter!). Le "spectre de 2000", "l'Ohio, la Floride de 2004", "l'imbroglio se répète",... les titres évocateurs ne manquent pas devant les problèmes - annoncés depuis plusieurs semaines - liés au décompte des voix lorsque les écarts sont très minces entre les candidats. La démocratie américaine que Tocqueville citait en exemple, et l'Ohio en particulier, sont à la pointe de la technologie en matière de droit électoral: le vote peut être échelonné sur plusieurs semaines, des machines perfectionnées sont censées favoriser le décompte des voix et faire des économies de papier et les électeurs distraits qui n'ont pas pensé à se faire inscrire sur les listes (où les électeurs ne sont pas automatiquement inscrits comme en France) peuvent voter quand même, leur suffrage étant placé dans le lot des "votes provisoires" en attente de vérifications juridiques. C'est sur ces mêmes votes (environ 200 000) que sont fondés à cette heure les derniers espoirs du camp démocrate dont le sort semble malgré tout scellé.
Ces avancées techniques de la démocratie américaine ne sont pas prêtes de nous faire abandonner notre bon vieux système traditionnel français qui permet de connaître les résultats électoraux au soir du vote, même si des expérimentations de vote électronique ont d'ores et déjà été effectuées à l'occasions des dernières consultations. Craintes et soupçons de fraudes électorales, double inscriptions d'électeurs, perte de bulletins de vote et d'archives, défaillance des machines, ... rien de très appétissant vu de chez nous!
Attendons donc ces résultats patiemment, bien conscients de leurs part d'erreur. Grâce au système fédéral fondé sur le vote des "grands électeurs", G.W. Bush avait été élu avec 500 000 voix de moins que son challenger. Aujourd'hui, avec 3,7 millions de voix d'avance, il est largement en tête au niveau des suffrages exprimés mais son élection, bien que très probable, n'est toujours pas assurée. Ces élections 2004 reflètent bel et bien la crise du système électoral américain, qui avait émergé en 2000. Ce qui avait été considéré comme un cas anecdotique à caractère exceptionnel semble bien se renouveler, rendant plus nécessaire que jamais une réforme de grande ampleur (qu’on annonce depuis les années 1970).
La démocratie américaine est en passe de devenir une démocrazy où rien ne va plus. A cette notoire exception près: les Etats-Unis dont le taux d'abstention est traditionnellement le plus élevé des pays démocratiques, ont vu la participation électorale retrouver un niveau perdu depuis 1960.
Même le plus noir nuage a toujours sa frange d'or. (spéciale dédicace)

mardi, novembre 02, 2004

Élections américaines, suffrage planétaire

article: La presse européenne est plutôt favorable à l'arrivée de John Kerry à la Maison Blanche
En parcourant les posts de ces derniers jours, deux choses m'ont sauté aux yeux : les articles choisis concernent presque exclusivement la France et il n'est fait aucune allusion à un sujet qui ne cesse de "faire la une" des journaux depuis plusieurs semaines, les élections américaines. Il ne faudrait pas penser que ce sujet ne m'intéresse pas, au contraire. Pour pallier ce manque, en ce jour d'élection aux Etats-Unis, rien de tel qu'un petit commentaire perso.
Plus serrées que jamais, les élections américaines tiennent en haleine une fraction importante de la presse et donc de l'opinion publique européenne. Tel intérêt pour un évènement, dont la publicité est dite comparable à celle d'une coupe du monde de football en Espagne, n'est pas coutume pour une élection étrangère, fusse t’elle américaine. Mais, au-delà du suspense, si la presse s'intéresse tant à ce suffrage, si les hommes politiques ne cachent pas leur favori et si autant d'ouvrages sur Kerry, Bush ou sur le système politique étasunien garnissent les rayons des librairies, c'est que cette élection soulève des enjeux primordiaux.
Depuis le 11 septembre 2001 l'Amérique a changé, entraînant avec elle et contre elle une partie du monde. La réaction de Bush s'est faite dure, conservatrice, impérialiste et, prenant clairement parti dans un monde divisé entre le Bien et le Mal, a cristallisé les opinions entre une adhésion claire et un refus total. L'impopularité de la guerre en Irak, les discours revanchards contre "la vieille Europe" ont discrédité le président Bush, et avec lui toute l'Amérique aux yeux de l'opinion européenne. L'opinion s'est mobilisée lors de manifestations, un succès a été réservé à certains films et documentaires engagés sur les Etats-Unis, et la campagne américaine a connu une importante publicité en Europe. Finalement, chacun s'est plus ou moins senti concerné par les enjeux américains, se prononçant personnellement pour l'un ou surtout pour l'autre, celui qui parle français couramment et qui a la même grand-mère que Brice Lalonde.
Ces élections soulèvent des enjeux majeurs : d'une part la situation en Irak, l'attitude face à Ben Laden, le conflit israélo-palestinien et les relations diplomatiques avec l'Europe, sur le plan extérieur, et d'autre part la politique économique et sociale, qui concerne la politique interne mais a aussi une influence sur les échanges mondiaux (déficits, investissements...). Au delà de ces enjeux, les européens ont pu découvrir un système démocratique peu enviable qui nécessiterait l'envoi d'observateurs internationaux: Al Gore semblait floué en 2000, Bush sera t’il à nouveau choisi par décision de justice grâce aux pressions des avocats?
La légitimité du futur président en dépend...