mardi, novembre 23, 2004

Le prix de l'audace

article: A peine élu président de l'UMP, Nicolas Sarkozy reçoit déjà les mises en garde des chiraquiens
L'actualité politique est particulièrement chargée ces temps-ci : les ténors de la vie politique française ne cessent d'aller de studios de radios en plateaux de télévision et de meetings en conférences de presse. C'est que, malgré l'absence d'échéance sanctionnée par un scrutin universel, la vie des principaux partis bouillonne actuellement. On a l'impression, alors que les grandes tendances relayées par les médias affirment le contraire, que les partis politiques ont conservé un poids considérable dans la société. On se rappelle les primaires démocrates aux Etats-Unis : le vote des militants d'un parti étranger pour choisir leur candidat à l'élection présidentielle a captivé les médias internationaux, alors que ce n'étaient que des primaires qui ne préjugeaient en rien, on l'a vu, du résultat final de ce scrutin.
Il faut dire d'une part qu'on est à une période charnière de la vie politique française (à mi-mandat de la législature en cours), et d'autre part que se posent aujourd'hui des questions cruciales quant à l'avenir de la société française (ex. mariage homosexuel, respect de la laïcité) et quant à la poursuite de l'aventure européenne (Constitution, Turquie). Très clairement indépendants l'un de l'autre - la période "charnière" où se préfigure l'identité des futurs leaders amenés à conduire les partis à l'élection présidentielle aurait pu être dénuée de ces grands thèmes qui ont la particularité de diviser nettement l'opinion publique et les partis eux-mêmes, et l'avènement de ces sujets polémiques, surtout les sujets européens, aurait pu avoir lieu dans un autre contexte politique, la France n'étant évidemment pas seul maître de l'agenda politique européen - ces deux aspects ont pourtant fortement tendance à s'entremêler pour donner des résultats parfois explosifs et inattendus. Sur la question du mariage homo, c'était à qui donnerait son avis favorable en premier au PS. Sans aucune discussion avec ses camarade, DSK s'est tout de suite déclaré favorable, très vite suivi par M. Fabius qui ne voulait pas demeurer en reste sur un sujet aussi in, alors que Jospin, Hollande, comme Delanoë faisaient preuve d'une réserve certaine sur le sujet. Sur la laïcité Sarko écoute, regarde, analyse l'exemple américain et finit, lui aussi tout seul, par déclarer son souhait "d'adapter" la loi de 1905 quand le reste de son parti reste de marbre sur le sujet. Sur la Turquie Chirac serre des mains, s'engage, s'enflamme... puis regarde derrière lui... personne à droite ne le suit, ni même le "meilleur d'entre nous", Alain Juppé qui se déclare réticent.
Et pis v'la la Constitution européenne sur tout ça! Et hop Fabius veut tirer son épingle du jeu face à la concurrence d'un Hollande qui a connu la gloire des élections du printemps, et d'un DSK toujours sur les starting-blocks, à l'affût de sujets fédérateurs. L'ancien premier ministre, fait des allusions, laisse planer le doute, fixe un rendez-vous avec les médias et avec l'opinion, commence par dire "oui, mais..." puis, face à ses propres contradictions, annonce finalement un "non" clair et net, qui fait d'ailleurs oublier que MM. Montebourg, Emmanuelli et alii avait déjà pris une position similaire.
Voilà l'audace, l'engagement politique, déjouer les pronostics, briser les stéréotypes tout cela contribue à faire naître le débat. Ancien disciple de Chirac, ancien balladurien, Sarkozy se démarque, annonce un programme "de combat", s'engage parfois ( souvent?) contre ses ex-mentors et collectionne les Unes de la presse comme les soutiens de personnalités et de militants. Ancien premier ministre de Mitterrand, ancien ministre de l'économie supposé blairiste à la droite du PS, ancien adepte du "mieux à gauche" par opposition au "plus à gauche" proposé le 21 avril 2002 au soir par une frange du parti, Laurent Fabius s'est rapproché de cette gauche de la gauche, des Emmanuelli et Montebourg en s'opposant aux autres "éléphants" favorables au "oui" et en espérant se rapprocher à la fois des militants et des citoyens-électeurs. Du coup il collectionne lui aussi les unes et les interviews. Décidément, l'audace est risquée - l'avenir nous le dira dans les deux camps - mais, au point de vue médiatique, nul doute qu'elle paie!