vendredi, novembre 19, 2004

Les "bonnes vieilles méthodes"

article : François Fillon a présenté une nouvelle réforme de l'éducation nationale au financement incertain
Claude Allègre et Luc Ferry sont bien placés pour le savoir, réformer l'Education nationale est un métier à risque, surtout pour un ministre peu initié aux bases de la rhétorique et du dialogue politique. Ainsi, des grondements du mammouth à l'autodafé du livre-programme de Luc Ferry devant les rectorats, on aura compris que les profs sont très chatouilleux en ce qui concerne leur "vocation" (car pour certains c’est bien plus qu’un métier). S'il avait fallu toute la diplomatie - la démagogie? - et la popularité d'un Jack Lang (mais aussi quelques compromis notamment budgétaires) pour éteindre le feu de la colère des enseignants, il faudra bien toute l’expérience et les qualités de négociateur de M. Fillon pour faire oublier les tensions exacerbées sous l'ère Ferry à l'encontre d'un gouvernement réformateur et, qui plus est, de droite.
Cela, l'actuel ministre de l'éducation semble en avoir pris la mesure. Conscient qu'il faut d'abord donner d'une main, pour pouvoir ensuite réclamer de l'autre, M. Fillon a tout d'abord écarté les propositions les plus explosives du rapport remis par la commission Thélot ( augmentation de la durée de présence des profs dans l'établissement, par exemple), promis le recrutement de 150 000 enseignants supplémentaires, garanti la présence d'une infirmière par établissement (création de 1500 postes), et réclamé une allonge budgétaire de 2 milliards d'€ pour le ministère de l'Education nationale. Il a ensuite répondu aux revendications de la majorité des enseignants (sauf peut-être les nostalgiques de 68, les admirateurs de Rousseau, et une partie de la nouvelle génération) en montrant son attachement aux "bonnes vieilles méthodes" qui font partie de la tradition de l'école républicaine : l’apprentissage du minimum nécessaire : le socle commun (lire, écrire, compter), le retour en grâce de la dictée (qui n’avait pas pourtant pas disparu), de la récitation, de la punition collective, ou encore la réhabilitation du redoublement. Apparemment, il pouvait donc se permettre d'exiger le remplacement systématique des professeurs absents par des collègues, de réformer le bac et le brevet et de modifier la formation des maîtres.
Comme toute proposition de réforme, celle-ci ne saura accueillir un accueil globalement favorable. Avant même d'avoir entendu toutes les propositions du ministre, les syndicats avaient appelé à la grève, une autre bonne vieille méthode, bien connue pour permettre de faire bouger les choses. Mais là n'est pas mon propos.
Que dire de cette tendance à la nostalgie de l'école d'antan?
Aujourd'hui, les profs ne cessent de se plaindre de leur déficit d'autorité dans les classes et souffrent, particulièrement dans les coins sensibles, de cruels manques de respect de la part des élèves. Aujourd'hui, on est obligé de mettre des vigiles à l'entrée de certains établissements scolaires pour assurer la sécurité de tous. Aujourd'hui, les enquêtes et rapports stigmatisent la France pour le faible niveau de connaissance de ses élèves et pour la fragilité de leur maîtrise des langues étrangères comparativement aux autres pays de l'UE. Aujourd'hui on peut arriver en sixième sans savoir lire et passer le bac sans maîtriser les bases d'une langue étrangère. Mais aujourd'hui, 80% des élèves ont le bac, même si ce ne sont pas eux qui se sont élevés au niveau du bac, c'est bien le bac qui s'est abaissé à leur niveau, mais aujourd’hui tous les élèves passent en classe supérieur, mais aujourd’hui on allège les programmes (ces chers petits en savent déjà tant !) comme on a allégé le cartable et les devoirs à la maisons (les élèves aussi ont droit aux RTT, non ?... Tous ces constats sur les mutations de l'école sont devenus des lieux communs à force d'être répétés. Ils expliquent en partie cette nostalgie de la "vieille école", qui a fait le succès du film de Barratier Les Choristes, qui se retrouve dans Les Fautes d'orthographes, film actuellement à l'affiche, et qui a trouvé sont apogée dans les émissions de télé réalité (le pensionnat, la rigueur des profs de chant et des chorégraphes comme celle des maîtres d’autrefois, la discipline et la soumission à l'autorité). Pourtant, dans ce dernier cas, le retour aux "bonnes vieilles méthodes", a pour but la gloire - aussi futile qu'elle est fulgurante - de devenir une star et non plus la plaisir de la connaissance pour devenir un être cultivé.
Le patrimoine culturel français, de La Guerre des Boutons aux Choristes et de Gavroche à Bazin, baigne dans un esprit d'insoumission à l'autorité. Il est curieux qu'on cherche aujourd'hui à la réhabiliter. C'est un signe des temps sans doute: Le cycle de libération, qui avait permis à l'école de devenir un facteur d'intégration dans la société plus qu'un reproducteur des inégalités sociales, aux élèves de s'épanouir, de devenir plus entreprenants, d'élargir leurs centres d'intérêts en pratiquant théâtre, musique, dessin dans les établissements scolaires, ce cycle insufflé par le vent libérateur et si nécessaire de 68, connaît aujourd'hui ses limites. L'école reproduit bel et bien les inégalités sociales sans pour autant permettre aux élèves de s'épanouir, ni même d'apprendre. Selon toutes apparences, un nouveau cycle lui a donc succédé, le cycle du retour aux "bonnes vieilles méthodes".

2 Comments:

At 11:37 PM, Anonymous Anonyme said...

Je pense qu'on a raison de s'alarmer. L'Ecole devient plus un lieu de vie qu'un lieu d'apprentissage et il est tant de réagir. Les élèves pré-68 n'avaient pas le choix, ils étaient mis devant le fait accompli, leur bouquins, leurs profs, et se devaient d'apprendre les "bases". Maintenant, c'est un peu du chaqun pour soi, une sorte de sauve qui peut, où, face à un manque d'encadrement, seuls se mettent réellement dans le bain ceux qui ont été éduqués de cette façon. Ou met en cause le surplus d'effectif, c'est oublier que les classes de nos prédecesseurs frôlaient la cinquantaine. La seule autorité des professeurs aujourd'hui est relative aux méthodes dont l'efficacité me laisse sceptique...heure de colle, avertissement, "-1" dans la moyenne...est-ce que tout ça a vraiment un sens pour l'élève actuel? est-ce qu'il faut chercher un sens à sa scolarisation? De tous mes professeurs, je me souviens de deux, qui me laissaient perplexe sur le coup, j'avais même fait signer des pétitions à leur encontre (qui se sont malheuresement avérées efficaces..), des professeurs qui imposent une méthode de travail stricte et rigoureuse, absurde parfois, qui forcent le respect et le silence, la peur aussi souvent. En fait, c'est bien à leurs cours que le taux d'absentéisme est le plus faible, et les résultats les plus probants.

 
At 11:29 AM, Blogger emyle said...

La rigueur a prouvé son efficacité plus d'une fois et mon expérience m'a prouvé que c'étaient les profs les plus rigoureux envers eux-mêmes qui exigeaient le plus de rigueur de leurs élèves. Ce sont aussi ceux qui m'ont le plus marqué, ceux qui m'ont sans doute le plus apporté, ceux qui m'ont fait aimer des matières parfois totalement rebutantes pour moi. Je dois être de la vieille école...tout le monde, loin de là, n'est pas dans mon cas. Entre apprentissage et intégration, l'école ne doit pas choisir, son rôle est bien de réussir sur les deux tableaux!

 

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