lundi, novembre 15, 2004

Réforme de l'Etat : la méthode scandinave et l'incroyable confiance des citoyens

article : En visite en Suède, un ministre s'émerveille de "la confiance des citoyens dans l'Etat"
En déplacement officiel en Suède afin d'y observer le fonctionnement de l'administration et son incroyable capacité à se réformer, le très méconnu secrétaire d'Etat Eric Woerth s'est donc émerveillé de "la confiance des citoyens dans l'Etat" et de la modernité du système administratif suédois.
Malgré les beaux discours et les grands programmes annoncés en période d'élections par les gouvernements, la méconnaissance de cet ancien élève d'HEC, ex-consultant d'Arthur Andersen("un ministre" nous annonce-t-on dans le titre de l'article), mais surtout du poste qu'il occupe, le secrétariat d'Etat à la réforme de l'Etat, montre bien la faiblesse du poste qu'il occupe au sein de l'activité gouvernementale. Michel Camdessus a du soucis à se faire, lui qui, dans son rapport remis au ministre de l’Economie, ne voyait pas de salut pour la France sans une réforme de grande ampleur du gouvernement où le ministre en charge de la réforme de l'Etat jouerait un rôle de premier plan. Aujourd'hui méconnu des français, généralement oublié par les médias, ce ministère a pourtant un travail titanesque devant lui s'il veut que l'administration française atteigne le niveau de modernité et d'efficacité du système suédois!
Mais au delà de ce premier constat, un second point plus important mérite d'être commenté. Il est quand même incroyable d'entendre le ministre d'un pays démocratique et républicain s'émerveiller de la confiance dans leur Etat des citoyens d'un autre pays. Sous-entendu : en Suède vous avez de la chance, vous pouvez réformer, vous bénéficiez du soutien et de la confiance de vos concitoyens, alors que nous en France...
Eh oui! Voilà le problème nous en France... on a en ce moment le procès Juppé, les frégates de Taiwan, les histoires de Tapie avec le Crédit Lyonnais, les écoutes téléphoniques de l'Elysée,... voilà qui allèche bien plus les mass media que les éventuelles SMR, les "stratégies ministérielles de réforme" dont personne n'a entendu parler! Mais on est peut-être pas les plus gâtés. Quand on voit le procès Berlusconi en Italie, la corruption des juges, le chevauchement d'intérêts économiques et d'ambitions politiques... Et encore, malgré le mot de Louis XIV, l'Etat ce n'est pas seulement ça, ce n’est pas seulement les personnalités au sommet de la hiérarchie politique. L'Etat c'est aussi son administration, et on connaît en France les réticences naturelles des citoyens envers une administration accusée d'être coûteuse, procédurière, pétrie de privilèges, tissée de réseaux d'influence à la transparence douteuse, souvent lente et partiellement inefficace. Devant ces réticences, on comprend que pour M. Woerth, la Suède ne soit pas un exemple à suivre en matière de prélèvements obligatoires (52 % du PIB : le niveau le plus élevé de l'OCDE, mais en même temps des comptes publics sains, ce qui n'est pas négligeable)... si en plus il fallait demander au contribuable de payer plus!
La confiance dans l'Etat ne serait donc qu'un concept scandinave? C'est à prouver. Le fait est, au moins, que la confiance facilite la réforme. La Suède a divisé par deux le nombre de ses fonctionnaires, le gouvernement s'appuie sur 13 ministères qui dirigent une administration très resserrée pour être efficace et un personnel au statut identique à celui des employés du secteur privé. Enfin en Suède, le soucis de transparence est palpable: la performance des administrations étant évaluée et rendue publique chaque année par une agence nationale de la gestion publique.
Substituer une culture de programmes, d'objectifs et de résultats à une simple approche en terme de moyen, voilà un des axes choisis pour accélérer la réforme de l'Etat en France. Il faudra avant tout gagner à nouveau la confiance des français. Une réforme à la suédoise n'est-elle qu'un rêve irréalisable en France?