lundi, janvier 10, 2005

Une fenêtre d'opportunité

article : La victoire de Mahmoud Abbas à la présidentielle palestinienne suscite l'espoir
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3218,36-393581,0.html

Élections démocratiques en Afghanistan, en Ukraine, en Palestine et, espérons-le en Irak ont "nourri" l'Histoire en faisant l'actualité de ces dernières années. La "fin de l'histoire" analysée par Francis Fukuyama serait-elle proche? Pour le philosophe américain, l’Histoire serait en voie de connaître son terme avec l'avènement de la Paix mondiale par la généralisation de la démocratie libérale et de l'économie de marché et la défaite de l'idéologie marxiste et des systèmes totalitaires. Cette thèse controversée devenait logiquement caduque après le 11-septembre, l'Histoire connaissant un sursaut à travers la nouvelle donne du "choc des civilisations", selon une hypothèse non moins célèbre émise par l'américain Samuel Hunttington. Les conflits qui faisaient "avancer" l'Histoire n'étant plus interétatiques, mais bien interreligieux, interculturels, interethniques. Ce n'est plus le bloc de l'Est contre le bloc de l'Ouest, c'est désormais le bloc arabo-musulman contre le bloc Americano-judeochrétien. Le Bloc des démocraties occidentales, des pays développés, contre le bloc des républiques islamiques et des pays qui les soutiennent. "Le Bien contre le Mal" selon la philosophie d'un grand penseur contemporain, les droits de l'homme contre la Charia, la démocratie libérale contre l'autoritarisme politique et religieux, la paix contre le terrorisme intégriste. Et la nouveauté de ce genre de conflits, c'est qu'il s'affiche non seulement à l'échelle des relations internationales et géostratégiques, mais aussi, de façon plus perverse, au sein des démocraties occidentales elles-mêmes.
La "résurrection de l'Histoire" qui se rend visible par cette nouvelle forme de guerre froide, la guerre froide du 21ème siècle, a pris pour symbole deux peuples, une région, et un territoire. Les relations tantôt glacées tantôt détendues entre États-unis et pays arabes semblent bien êtres soumises aux variations de température du thermomètre israélo-palestinien. Se cherchant des alliés, voulant flatter ses amis, Sadam le laïc n'a t'il pas fait preuve d'un soutien opportun à l'autorité palestinienne dénonçant les frustrations qui y étaient infligées par la coalition israélo-occidentale? Ne retrouve- t-on pas des propos similaires dans les messages diffusés par le groupe terroriste Al-Quaeda, ou bien dans les communiqués tchétchènes?
L'opposition israélo-palestinienne est une plaie qui saigne dans la plupart des sociétés occidentales où, comme en France, les actes antisémites se sont multipliés quand les discours d'islamistes radicaux ont su trouver un public attentif et dévoué.
Le succès de Mahmoud Abbas, un "modéré en costume civil", qui a gagné la bienveillance occidentale, vient juste après la composition en Israël d'un gouvernement d'union nationale incluant des ministres travaillistes - dont le prix Nobel de la paix Shimon Pères - et la décision de décoloniser la Bande de Gaza. Malgré toutes les réticences qu'inspirent les héritages, les habitudes prises, les positions tranchées dans les deux camps, il faut espérer que la fenêtre d'opportunité qui s'ouvre aujourd'hui au Moyen-Orient saura être mise à profit au nom de la paix. Le succès de ces élections en terme de participation et de sérénité du vote est de très bon augure. Pour Fukuyama, appuyé par des statistiques évidentes, la guerre est impossible entre deux démocraties libérales animées par une économie de marché, on se permet donc d’espérer…