lundi, décembre 20, 2004

En Europe la Recherche, comme les individus, n'a pas le moral

article: La France peine à attirer les savoir-faire étrangers
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-391425,0.html

Comment ne pas s'alarmer de ces chiffres et de ces rapports qui se rejoignent sur les mêmes conclusions : la France est en mal d'innovation, la recherche et développement (R&D) est en panne.
Au lieu d'être un pôle de croissance, l'Europe économique que l'on s'efforce de construire depuis près de 60 ans semble regrouper une équipe de bras cassés chez qui la croissance est en panne durable, le chômage constant, la consommation en berne, les déficits en hausse, l'innovation quasi inexistante relativement à ce qu'on trouve ailleurs. Remuez tout ça et vous obtenez un mélange explosif de faible moral des entreprises et des ménages, de malaises sociaux et d'exclusion, de montée des idées extrémistes xénophobes et révolutionnaires... Un grand mix de chaos économique et social en somme. C'est vrai que quand on regarde autour de soi on a pas le moral. Dans les grandes villes on manque à chaque pas de marcher sur un être HUMAIN couché sur une bouche de métro, on a même plus la force de s'apitoyer. Dans son entourage un peu élargi on connaît inévitablement un ou plusieurs chômeurs de longue durée, un ou plusieurs dépressifs aux idées noires et au moral faiblard, une ou plusieurs familles en crise,... Dans les journaux on ne manque pas de constater les horreurs des faits divers : ici une boucherie dans un hôpital psychiatrique, là un pédophile, là-bas un viol, que sais-je encore... c'est devenu tellement courant un suicide, un viol, une disparition que la presse ne s'en émeut même plus!
Et puis on tombe sur ces rapports remis au gouvernement, sur ces sondages du moral économique du pays et du moral tout court des gens. Et alors on se dit que ce n’est pas brillant! Toute l'année dernière on nous a promis une "forte" croissance pour 2004, on ne l’a pas vu passer. Et dire que 2005 est censée être pire! Quelle agence de voyage propose un suicide collectif pour la nuit de la St Sylvestre?
Au total, cette Europe, elle ne serait pas bien belle à regarder si on occultait son extraordinaire réussite dans la réconciliation des peuples, dans l'installation durable de la paix et de la bonne entente. Cette Europe est si populaire en dehors de ses murs que tout le monde frappe à sa porte:"Eh, nous aussi on veut en profiter! Faites nous donc une petite place autour de votre cheminée commune!"
Ces succès indéniables doivent pouvoir se perpétuer. Pour cela l'économique doit fonctionner et rester attractif! L'Europe doit être un pôle concurrent à l'égal des Etats-Unis, un pôle qui attire les intellectuels, les investissements, les grandes entreprises pour pouvoir attirer des touristes et doper sa croissance. Il ne faut pas se voiler la face, l'explication économique des malaises sociaux n'est pas suffisante, mais la croissance guérirait bien des bobos de la société française.
La clé est dans une cohésion toujours plus prononcée des Etats membre de l'UE, mais aussi dans l'investissement massif de ces Etats dans la R&D. L'innovation est source de croissance et d'attractivité, elle est le fruit de la Recherche et de l'investissement. Et c'est bien par là que le bas blesse! Quand est-ce que les gouvernements et les grandes entreprises auront compris que c'est en investissant dans la recherche et non en réduisant ses coûts qu'on produira de la croissance pour l'avenir. Cessons de sacrifier la croissance et la production à venir par des aménagements à la marge, des réformettes, des économies de bouts de chandelle pour préserver quelques secteurs inévitablement en crise! Investir dans la recherche, dans la formation, dans l'éducation implique de faire des choix, de prendre l'argent ailleurs. A nos dirigeant de faire ces choix, à nous, citoyens-électeurs de les évaluer!

jeudi, décembre 16, 2004

Le cyberpillage doit-il être puni par la justice?

article : Un internaute jugé pour avoir téléchargé de la musique illégalement
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-391056,0.html

Les maisons de disque doivent éprouver une satisfaction certaine à voir étalés dans la presse les déboires judiciaires d'Alexis, cet enseignant en Lettres de 28 ans poursuivi pour avoir partagé des fichiers musicaux sur Internet. Les sondages effectués par le CSA montrent au contraire qu'une majorité de français se prononce contre les sanctions à l’encontre des individus reconnus coupables de piratage. Dans la tranche 18/24 ans, c'est même plus des 3/4 des personnes interrogées qui y sont opposées. Que celui qui n'a jamais téléchargé lui jette la première pierre! semblent bien se dire les personnes sondées.
Comment analyser les résultats d'un tel sondage qui, si la justice émanait réellement du peuple, acquitteraient largement les auteurs de piratage? La première explication vient sans aucun doute du fait que beaucoup se sentent concernés par de tels procès. Soyons raisonnables, à quoi est donc dû le succès d'Internet à Très au débit? Quel est son avantage sinon d'accélérer les téléchargements? Qui veut croire que ce sont les téléchargements payants qui expliquent le succès de l'Adsl? Comment expliquer par ailleurs les records de vente des graveurs de CD, de DVD et de supports vierges? C’est de la copie d'oeuvres achetées individuellement?... Quelle langue de bois, quel mensonge, personne n’y croit!
Les explications fournies par les sondés eux mêmes ressemblent plutôt à du "politiquement correct" pour masquer cette première explication. On trouve en bataille: le prix trop élevé des CD et DVD (pourtant il a bien baissé), le coût trop élevé des téléchargements payants (mais c'est vrai que par rapport au gratis, le quasi gratuit c'est toujours trop cher!), l'accès parfois difficile à certaines oeuvres, l'égalité d'accès à l'art (subtile explication: il n'y a pas de raison que les seuls personnes qui ont les moyens d'acheter des CD puissent en profiter, la Mule serait donc un animal révolutionnaire, le Robin des bois de la musique!), et puis comme se dit sans aucun doute n’importe quel Barbe noire du Net, ces gens du show Biz ont déjà bien assez d'argent comme ça!
Bref, plein de raisons différentes pour expliquer qu'on préfèrera toujours le gratuit au payant, même si c'est illégal, tant qu'on ne court pas trop de danger et que notre anonymat est préservé!
Voilà une attitude que cherchent à combattre les maisons de disques et les artistes. Ils ont raison, leur travail, surtout quand il est de qualité, mérite salaire. Mais le bon choix n'est pas de punir au hasard, de faire des procès pour l'exemple qui sont injustes même si partiellement efficace. Pourquoi se pauvre prof. - qui verra sans doute sa légitimité et son autorité contestées pour l'exercice de ses fonctions - paierait pour tous? Surtout une telle peine ! La confiscation du matériel informatique et l’interdiction d’accès à Internet sembleraient une peine suffisante.
Bon d'accord les procès ça fait peur, mais il y a d'autres solutions. On se bouge pour accroître et diminuer le coût du téléchargement payant, c'est bien, on se paie sur la vente des graveurs et des supports vierges, nickel. Mais il faut que celui qui télécharge gratuitement sente qu'il perd quelque chose, le payant doit être meilleur que le gratuit. Pour choisir de payer, le consommateur doit y trouver des avantages (rapidité et sûreté du téléchargement, qualité du son XXL, avant premières, fidélisation,...). Nourrir les logiciels P2P de fausses références (fake) est de bonne guerre, écoeuré par le téléchargement successif de fake, l'internaute finira peut-être par préférer débourser 50cts pour acheter une version de très bonne qualité.
La technologie devrait rendre possible beaucoup d'autres alternatives qui doivent être préférées à ce genre de procès injustes qui suscitent la crainte (on sait combien la peur du gendarme est efficace) mais n'ont pas l'appui des citoyens, ni même souvent celui des artistes eux-mêmes. Combattre le piratage pourquoi pas, mais alors en le faisant devenir un "pire ratage", en le décourageant par la technique et l'innovation. Pourquoi la fraude serait toujours la plus habile?

mercredi, décembre 15, 2004

La question turque : l'Europe de tous les défis!

article : L'Europe est prête à ouvrir ses portes à la Turquie
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-390835,0.html

Le débat sur l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne divise largement l'opinion publique des Etats-membres. Mais un tel débat est-il encore légitime aujourd'hui? Nos dirigeants ne se sont-ils pas liés les mains en promettant toujours plus à chaque fois qu'ils repoussaient l’ouverture de négociations d’adhésion avec la Turquie? Un refus est-il encore possible, est-ce réaliste de l'envisager?
Malgré les propos qui se veulent rassurant de la part de la classe politique, malgré ce que voudra bien nous faire croire le président de la République, malgré l'opposition d'une majorité de la population et de la classe politique en France, il est aujourd'hui difficile d'imaginer un refus à l'adhésion de la Turquie.
Pourquoi? Parce que du temps - beaucoup trop - a passé depuis la première promesse faite à la Turquie en 1963 et plusieurs fois réitérée depuis. Parce que des exigences toujours plus nombreuses en ce qui concerne les droits de l'homme, la stabilité du pouvoir politique et les performances économiques ont été posées par l'UE comme des conditions sine qua non à l'ouverture de négociations d'adhésion et que ces exigences ont toutes fait l'objet d'efforts sensibles de la part de la Turquie. Parce que la loyauté diplomatique, les intérêts géostratégiques et économiques dans la région plaident en faveur d'une très bonne entente avec la Turquie qu'un non refroidirait à notre égard et rapprocherait des Etats-Unis. Enfin tout simplement parce que la quasi totalité des dirigeants européens sont favorables à cette adhésion - même la Grèce - que l'on aurait pu supposer hostile, et qu'aucun n'envisage d'utiliser son veto sur le sujet.
Le débat est sain, bien beau, et utile pour l'expression de toutes les opinions, mais il n'aura aucun impact sur le processus d'amarrage de la Turquie à l'Union, qui aboutira inévitablement à son adhésion. Ce débat, ouvert depuis quelques temps déjà, n'est pas dépourvu de relents polémiques. S’il est difficile d’imaginer qu’il aura des conséquences sur le processus en cours, il pourrait en revanche avoir des effets pervers sur le référendum constitutionnel du printemps 2005. Le non à la Constitution pouvant éventuellement rassembler un non à l'Europe en général, un non à l'ultralibéralisme et aux délocalisations, un non à Chiraffarin, mais aussi, et plus largement peut-être, un non à la Turquie.
Ce "non" à la Turquie se fonde sur plusieurs craintes : celle de l'afflux d'une population nombreuse en quête de travail, celle de la montée de l'islam en Europe et des « chocs de civilisation » que ce la peut entraîner, celle de la diminution des aides en faveur de ceux qui en bénéficient aujourd'hui pour alimenter le "gouffre turc", celle de l'explosion institutionnelle de l'UE et de sa transformation en simple zone de libre-échange, celle de la proximité des zones à conflit, Irak, Syrie,... Ces craintes, elles sont agitées aujourd'hui par des politiciens qui, de le Pen à Fabius, se placent en partisans d'un non, plus que jamais hypothétique aujourd'hui.
Ces idées, largement répandues dans l'imaginaire des populations européennes, ne sont pas sans fondement. Pourtant si l'Europe depuis 45 a fait face à de nombreux défis, pourquoi ne relèverait-elle pas celui-ci?
C'est un défi économique aussi important que l'élargissement à l'Est dans son intégralité (ce qui suppose que l'on laisse à l'Union le temps de souffler un peu). C'est un défi institutionnel certain(vu la taille de sa population, la Turquie aurait, dans le système actuel le plus grand nombre de députés au parlement de Strasbourg et cela impliquerait d'autre part de réformer les Fonds structurels). C'est un défi politique sans précédent depuis 1951(celui d'intégrer une forte population musulmane dans un ensemble aux racines chrétiennes mais où la population musulmane est toutefois nombreuse). C'est enfin un défi stratégique très clair (celui de repousser les frontières de l'Europe pour venir les amener au corps du moyen orient). Ce dernier défi est un argument de poids, peut-être même le plus fort en faveur d'une adhésion de la Turquie. Rapprochons nous du monde musulman par un geste fort. En ingérant les tensions, l'Union a le don de les effacer. N'était-ce pas là son principal objectif en 1951 quand il s'agissait de rendre impossible toute guerre entre l'Allemagne et la France? Hier les Allemands étaient des monstres, trop différents de nous. Ils avaient décimé et torturé une partie de notre population, occupé nos villes, violés nos femmes,... Aujourd'hui ce sont des frères, et même des frères jumeaux, quasi siamois! Ça a dû être dur à accepter pour les victimes de la guerre en 1951... Serait-ce un pas plus difficile à faire aujourd'hui envers un peuple contre qui on a aucun grief en particulier, envers un pays où l'on va en touriste, et avec qui l'on traite en ami?

mardi, décembre 14, 2004

Le plus haut du monde!

article : Le viaduc de Millau, l'ouvrage d'art de tous les records
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3228,36-390720,0.html

Cocorico! Voilà ce qu'on peut lire dans la presse ce matin. Non, on n’a pas gagné une nouvelle coupe du monde, Zidane est plus là, et de toute façon les Bleus ne marquent plus.
Non, cocorico! C’est le cri rieur du coq gaulois qui s'extasie de son nouveau bébé: un géant de 343 mètres et de 242 000 tonnes qui, après 39 mois de gestation, va pousser son premier cri aujourd'hui à Millau. Cocorico parce quand on voit ce qu'on voit et quand on entend ce qu'on entend sur le déclin français (pas seulement en football), sur les mauvaises performances de l'économie nationale, sur les échecs de la diplomatie, sur le manque d'innovation,... on se prend parfois à croire qu'on a raison de penser ce qu'on pense, c'est à dire d'imaginer qu'on vit dans un pays croulant de la vieille Europe. Dans une France qui serait comme une vieille grand-mère pétrie de bonnes manières et de valeurs, mais incapable d’appréhender la modernité, ni d'avoir la moindre autorité. Au mieux inspire-t-elle du respect, quand ce n'est pas plutôt de la compassion...
Mais aujourd'hui, le cocorico, c'est un cri de réveil. Hormis les prouesses technologiques dont il est le fruit, ce viaduc, qui concentre tous les superlatifs, a la caractéristique rare d'être né quasi uniquement de fonds privés. Comme quoi l'entreprise a la capacité de prendre utilement le relais de l'Etat pour le financement et la réalisation d'ouvrages d'intérêt public. D'autant que cet ouvrage d'art a réussi à gagner l'assentiment voire l'admiration des riverains (et quels riverains!), et des associations écologistes qui n'ont apparemment pas bronché devant ce projet pharaonique. Mais c'est peut-être parce que pour l'architecte anglais lord Norman Foster qui a conçu ce pont « l'oeuvre de l'homme doit fusionner avec la nature». A l'entendre, on se demande d'ailleurs s'il n'aurait pas été utile d'imaginer une « aire de spiritualité » au milieu du pont. En effet, selon lui, en dehors de l'aspect pratique de l'infrastructure, « il y a aussi des besoins qu'on ne peut mesurer, plus "spirituels". Idéalement, passer sur le pont doit vous permettre de vous "élever", le regarder doit provoquer une émotion ». En plus des millions d'aoûtiens, des milliers de touristes curieux, de la centaine d'employés occupés à sa sécurité, on risque donc de retrouver bientôt une dizaine de bouddhistes en pleine lévitation sur la bande d'arrêt d'urgence!
Cocorico! Soyons donc fiers de notre dernière prouesse bien française. Après le roquefort, après nos verts pâturages, après nos combats contre la malbouffe, nos opérations anti-OGM et anti-MacDo, si propres à l'exception française, cet objet d'art va amener le monde à penser que les racines de la culture françaises sont plongées au coeur du plateau de Millevaches, qu'Astérix n'est pas un gaulois armoricain, mais un paysan sur un tracteur qui démonte des MacDo et vit sous un pont, et que Gustave Eiffel est le saint patron de l’Hexagone!
Mais enfin, au delà de la gloire nationale, c'est toute une région - le massif central - que dis-je c'est toute une ville -Millau - qui doit être fière. Après les paysans français, après les consommateurs de la Bonnbouffe, après les palestiniens, après les paysans sans terre d'Amérique latine, après tant d’autres miséreux, la voilà qui se met à la place d'une des plus fortes minorités opprimées du monde, celle qui vit sous les ponts!

vendredi, décembre 10, 2004

Le Contraffarin 2005

article : Le plan Raffarin pour revenir sur les 35 heures
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-390188,0.html

Le premier ministre a présenté hier les grandes lignes de l'action que le gouvernement envisage d'entreprendre en 2005. Il a donné à ce projet le nom très à la mode de "contrat" et lui a offert un écrin médiatique assez élaboré, donnant à sa conférence de presse l'allure d'une renaissance, d'un nouveau départ pour lui-même et pour toute son équipe.
Dans la bouche du premier ministre, le mot "contrat" a indéniablement une fonction de communication raffarinienne aujourd'hui bien connue. Mais il ne faut pas négliger sa valeur symbolique, très forte de sens dans la société actuelle.
Aujourd'hui tout passe par le contrat : le contrat de travail, le contrat de bail, le contrat de mariage, le contrat pédagogique, le contrat de plan, ou tout simplement, le contrat entre deux entreprises, entre un vendeur et un acheteur... notre vie s'organise autour du contrat.
Pour savoir, si M. Raffarin pouvait légitimement parler de contrat pour son plan d'action 2005, je me suis rapidement documenté sur les différentes acceptions et utilisation de ce terme aujourd’hui populaire.
Au sens de la philosophie politique, on ne peut éviter de citer Rousseau et son Contrat social de 1762, si fondamental dans notre culture politique. Pour Rousseau, dans une société constituée, le contrat est la forme normale du lien entre les individus ; sa concrétisation passe par l'élaboration, l'acceptation et le respect du Droit. Pour lui le contrat doit répondre à trois conditions :
- la libre volonté des contractants : « nul ne peut s'engager que librement, nul ne peut, par son engagement, renoncer à sa liberté » (livre 1, chap. IV)
Dans le cas du "contrat" proposé par le PM, la libre volonté de ce dernier n'est pas à mettre en cause (malgré son obéissance fidèle et soumise au chef de l'Etat), quant à la notre, en tant que citoyens français et donc co-contractants, notre libre volonté est supposée par l'élection de représentants censés parler en notre nom.
- « l'obligation, à laquelle les contractants sont tenus, de respecter leur engagement, sans quoi aucun lien effectif ne serait formé, et le contrat serait un vain formulaire » (livre 1, chap. VII).
Bien qu'en tant que français moyen on se méfie - parfois légitimement - des promesses et des engagements politiques, on ne peut encore se prononcer sur le respect de cette clause. Mais faut-il que le PM respecte de tels engagements? Les réponses, on le sait bien, sont opposées suivant l'orientation politique.
- « la nécessité de passer devant une instance qui le garantit et sanctionne le respect de l'obligation» (ibid.)
L'instance en question aujourd'hui quelle est-elle? L'Assemblée nationale qui dit toujours "oui" grâce à la force numéraire de la majorité? Les médias devant lesquels le PM a choisi de présenter son projet et qui constituent le principal relais entre les gouvernants et les gouvernés? Ou encore le peuple en général, capable de sanctionner par son vote le respect des engagements pris (en supposant qu'il dispose de la capacité de juger et de l'information suffisante pour déterminer son choix)...
Pour le droit, le problème se pose de manière différente : il s'agit de réglementer toute activité d'échange entre les hommes. Tout contrat étant soumis à engagement volontaire et négociation préalable est supposé représenter un gain pour chaque contractant et chaque partenaire est censé adhérer entièrement à chacune des clauses du contrat qu'il s'engage à respecter.
En ce sens, la proposition Raffarin, a été soi-disant précédée de négociations avec les représentants du peuple (mais face aux réactions de toute la gauche et des syndicats, si négociations il y a eu, soit elles ont tourné court, soit elles ont eu lieu avec une seule partie des représentants de la société). Le moins que l'on puisse dire aujourd'hui c'est que l'ensemble de la société n'adhère pas entièrement à chacune des clauses du contrat, même s'il est encore trop tôt pour se prononcer sur les éventuels gains réciproques. Pour JPR, ce sera peut-être de garder son fauteuil, pour la société ce sera éventuellement de voir sa croissance repartir, quoique...

jeudi, décembre 09, 2004

Moins de métro, moins de boulot, plus de dodo!

article : Le manque de sommeil augmente le risque d'obésité
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3244,36-390111,0.html

Cela fait déjà longtemps que les scientifiques tirent la sonnette d'alarme et dénoncent, statistiques à l'appui, l'augmentation de l'obésité dans les sociétés occidentales. En effet, si en 1960 1 adulte américain sur 9 était obèse, aujourd'hui le rapport est de 1 pour trois et comme on sait que l’Amérique d’aujourd’hui c’est la France de demain, ... Cette tendance se retrouve dans la plupart des pays développés, elle a le don d'une part d'enrichir les diététiciens, les magazines féminins et les charlatans toujours prompts à proposer de nouvelles recettes-miracle pour maigrir, et d'autre part d'inquiéter les agences sanitaires et les pouvoirs publics qui prennent peu à peu conscience des conséquences désastreuses de cette évolution. Car bizarrement, si le dieu mode enjoint ses fidèles à être toujours plus minces pour entrer dans ce petit top sympa, dans un pantalon 36 et dans le cercle restreint des "canons", la tendance (au passage, c'est l'autre nom donné à la mode) est plutôt à l'accroissement de l'obésité surtout parmi les enfants. Et ce constat n'est pas réservé aux spécialistes qui analysent des tableaux de chiffres. Ce constat, tout le monde peu le faire, soit en regardant son nombril, soit dans sa famille et ses relations, ou plus simplement encore en regardant autour de lui, dans la rue, sur la plage, ... comment ne pas être atterré par le nombre d'enfants qui souffrent visiblement de surcharge pondérale!
Bon alors d'habitude, quand se constat se porte sur nous même (ou éventuellement nos enfants) plusieurs solutions s'offrent à nous : manger moins ou moins souvent, c'est le régime par réduction des quantités ingérées, manger mieux et moins gras, s'offrir un yaourt Taillefine, c'est le régime par amélioration de la cuisine préparée, faire du sport, des séances de sauna, c’est le régime par évacuation de la graisse... acheter un bouquin de Montignac, lire femme actuelle, c’est le régime par allègement du cerveau... que des solutions "miracle"! Mais alors quelle plaie quand on aime bien manger, quand on aime pas trop le sport, et qu'on se refuse à acheter la presse féminine.
Heureusement, les scientifiques sont là pour nous trouver de nouvelles recettes sympa: dormir c'est maigrir! Magique comme slogan non? Cette étude qui associe l'accroissement de l'obésité au manque de sommeil dans les sociétés contemporaines est une aubaine pour tous ces paresseux qui ont autant envie de faire un régime draconien ou du sport que de se lever le matin pour aller bosser.
Il serait bon de dire à Raffarin (qui ne dors plus beaucoup depuis longtemps visiblement, vu... ses cernes!) que nous on tient au 35h .... de sommeil par nuit!

Pour votre santé attention à l'abus d'éveil!

mercredi, décembre 08, 2004

Sale homophobe!

article : L'Assemblée nationale adopte en deuxième lecture le projet de loi sur les discriminations
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-390009,0.html

Et voilà d'où vient l'expression "politiquement correct"! Ne pas choquer, ne pas sortir du lot, se borner à l'acceptable et le réglementer pour que personne n'en sorte. Et qui mieux que les femmes et les hommes politiques est bien placé pour défendre le politiquement correct, proche cousin de la pensée unique? Après les insultes antisémites, racistes, sexistes, voilà qu'on nous interdit les insultes homophobes. Quelle communauté les satyres en tout genre vont bien pouvoir se mettre sous la dent? Heureusement il nous reste les bonnes vieilles blagues sur les belges (mais notre appartenance commune à l'Union européenne nous les interdit de plus en plus) et on a encore le droit de s'en prendre à d'autres communautés pas encore assez influentes pour se défendre. Tiens, si on s'en prenait aux collectionneurs de timbres? Vas-y sale philatéliste! Attends tu m'prends pour qui là? J'suis pas un philatéliste! ... Mais il y a fort à parier que les traditionnelles bonnes âmes, les esprits humanistes et bien pensants de la société se mettraient à soutenir cette minorité opprimée en créant une association des collectionneurs de timbres unis et présents (Act-up) ou que Delarue ferait pleurer le populo en sortant de sa hotte un reportage larmoyant sur un fils plein d’appréhension qui montre à ses parents sa collection de timbres. Pour ne pas être en reste sur le sujet les censeurs de la république se fendraient alors d'une loi réprimandant les philatélistophobes!
Et puis, ces lois-censures ne sont jamais gratuites. Qu'elles répondent aux revendications d'une minorité qui se sent opprimée, c'est bien légitime, pourtant force est de constater que la vraie motivation de ces lois est toute autre. En effet, ces nouvelles réglementations du langage semblent souvent dues à l'ambition de se donner (voire de se racheter) une bonne conscience, si ce n'est au souci d'être bien vu des électeurs. Penchons-nous donc sur l'origine de ces textes : c'est après les excès de Vichy que l'on a condamné les insultes antisémites, c'est après l'oppression quasi bimillénaire des femmes qu'on s'est décidé à sanctionner les paroles sexistes, c'est après l'échec d'une politique d'intégration qu'on a opté pour la censure de tout propos arabophobe et aujourd'hui, c'est pour compenser le refus du mariage homo, pour pallier leur manque de reconnaissance dans la société que l'on se fend d'une condamnation quasi unanime des injures concernant l'orientation sexuelle des individus. C'est déjà bien de faire preuve de bonne volonté... a posteriori, on risque pas grand-chose et tout le monde est d’accord !
Puisqu’on en est à condamner, pourquoi ne pas décréter clairement que tout propos blessant pour un individu est passible de prison et pas seulement ceux qui sont dirigés vers une "communauté" en particulier, ce qui a pour conséquence de la marginaliser encore plus ? Du moment que la personne se sent injuriée, elle pourrait intenter un procès contre son agresseur verbal. Mais on aurait trop peur que Raffarin passe du coup plus de temps avec ses avocats qu’à Matignon (et après l’affaire Bérégovoy, ce ne serait pas sans fondement !). Sale bâtard, sale mongol, gros lard, pt'it nain ou vilain binoclard devraient être aussi sévèrement punis que sale PD ou sale juif, par souci d'égalité républicaine.
La sagesse voudrait que l'on condamne les excès sans brider le langage, c'est parfois si bon d'être grossier! Mais là est bien le problème, on commence par des petites insultes inoffensives et on termine par des coups de baramine dans le ventre. On en fini par "casser du PD" comme la milice allait "casser du juif"!
Les mots font parfois plus mal que les coups dit la morale populaire. Alors, pour que tout le monde soit content, on ménage les susceptibilités au péril de la liberté de parole et d'opinion. L'avenir nous dira si la loi votée est réellement applicable dans les faits. Etant donné qu'elle ne saura être rétroactive on peut se permettre un "j'suis pas une tapette!"... peut-être le dernier!

mardi, décembre 07, 2004

Trop chaud!

article : Des étés de plus en plus chauds en France et en Europe
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3238,36-389696,0.html

Les prévisions des experts météorologistes, publiées à l'occasion de l'ouverture de la conférence de Buenos Aires sur l'environnement, font froid dans le dos, ce qui n'est malheureusement qu'une façon de parler! En effet les estimations indiquent que la température estivale moyenne à la fin du siècle - soit quand on sera très vieux et très vulnérables - sera supérieure de 4 à 7 degrés à celle que l'on connaît aujourd'hui et l'été "caniculaire 2003" passera pour un été relativement froid. Un été froid qui a quand même tué entre 22 000 et 30 000 personnes en Europe, dont 15 000 en France, qui a brûlé des milliers d'hectares de forêts en Europe du Sud et asséché pour longtemps les champs cultivés en diminuant de façon brutale les réserves d'eau.
A quand le Sahara en France et la côte d'azur à la place de la côte d'opale?
Même si on a de bonnes raisons de croire que les techniques de lutte contre la chaleur seront bien plus développées, le souvenir de l'été 2003 n'est pas à vrai dire très réjouissant!
Mais cette évolution n'est pas inexorable vu que ce n'est pas la nature mais bien l'homme qui est en cause. Des scientifiques anglais ont montré que l'espèce humaine, par ses émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère entre 1851 et 2003, "a au moins doublé le risque d'occurrence d'étés aussi chauds que celui de 2003 en Europe". Ils en concluent que le réchauffement climatique est fortement accru par l'activité humaine.
Quel scandale quand même! L'homme est un enfant gâté sur terre et ses caprices comme ses excès vont casser son "jouet" si on ne lui inculque pas - de gré ou de force - des principes à respecter. C'est ça Kyoto et aujourd'hui Buenos Aires. C'est prendre conscience du mal commun et s'unir pour éviter de l'aggraver. On partage la même atmosphère, on a un ennemi commun la pollution et un intérêt commun, la préservation de l’espèce, alors unissons nos efforts pour l’avenir.
Et pourtant… Quelle est belle l'Amérique de Bush, qu'ils sont beaux avec leur taux de croissance impressionnant et leur compétitivité tant louée par l’idéal capitaliste! Mais quels cochons, quels criminels contre l'humanité, quels terroristes impardonnables pour les générations futures! 35 000 victimes européennes de l'été 2003, combien de victimes dans le monde en 2070?
Les pays développés doivent donner l'exemple et être exigeants envers eux-mêmes, les pays en voie de développement suivront peu à peu. Il faut que les Etats-Unis en prennent conscience de gré ou de force en tant que principale puissance mondiale, et premier pôle d'influence sur les PVD, mais aussi en tant que premier pollueur au monde. Mais en terme d'écologie, les Etats-Unis n'ont pas encore atteint l'âge de raison et méritent une bonne fessée!

lundi, décembre 06, 2004

A quand un service public du cinéma?

article : En Ile-de-France, les cinémas publics font de la résistance
Il n'est pourtant pas difficile de trouver de quoi alimenter un petit commentaire aujourd'hui : entre les succès de la rue en Ukraine, les violences irakiennes, les problèmes de Kofi Annan à l'ONU et les promesses de Gbagbo en Côte d'Ivoire, l'actualité internationale fourmille de sujets croustillants à disséquer. Mais, un peu de chauvinisme ne fait pas de mal, l'actualité de notre cher Hexagone n'est pas en reste: entre la direction socialiste rénovée où se feront désormais entendre les barrissements de "jeunes néophytes motivés" (Lang, DSK, Aubry, Vaillant,...) comme on en avait pas vu depuis le second gouvernement Jospin, l'entente "historique" des Verts pendant environ 24h, le Téléthon, Miss France et ce bidasse aigri prêt à "tout faire péter" si on ne lui file pas un galon supplémentaire avant la retraite, les canards français et leurs éditorialistes ont eu de quoi se mettre sous la dent! Alors pourquoi cet article sur le cinéma de quartier, un sujet anecdotique et quasi anachronique par les temps qui courent?
Eh bien parce que, même si l'article auquel se réfère ce post est consacré aux cinés de la région parisienne, j'ai tendance à penser que le cinéma est une cause nationale! Le théâtre et la musique semblent avoir fait leur deuil artistique depuis longtemps. A part les lecteurs de Télérama et les auditeurs de France Inter, plus personne ne va voir la nouvelle mise en Scène de Phèdre, ou écouter l'interprétation originale de la Sonate au clair de lune par un quelconque orchestre départemental. Comme David face à Goliath (pour rester sobre!), comme le théâtre face à la Comédie musicale, comme la Sonate face à Obispo, comme Théma d'Arte face à Star Académy, le cinéma de quartier doit affronter de plus en plus la voracité des multiplexes. Je ne suis ni Eddy Mitchell, ni un acteur de Cinéma Paradiso, je ne cache pas qu'on a plus de place et des fauteuils plus confortables, des écrans plus grand et un son mieux rendu dans les nouveaux complexes de cinéma. Et pourtant! Quelle plaisir de revoir sur grand écran un Truffaut, un Bergman, quel plaisir aussi de ne pas subir ces versions françaises qui déforment notre perception des acteurs et du film, quel plaisir encore de découvrir des films à petit budget et petit nombre de copies mais très bons pour autant, quel plaisir enfin de pouvoir assister, même plusieurs semaines après sa sortie, à la projection d'un film qui n'a pas passé le million d'entrée. Ce n'est pas que je prône un culturisme intellectuel ou que je crache avec dégoût sur une évolution de la société de consommation avec laquelle je serais en décalage. J'apprécie volontiers les films "grand public", mais je trouve anormal qu'on ne laisse pas leur chance aux créations originales, étrangères (càd pas hollywoodiennes) ou à plus petit budget.
Les subventions publiques jouent sur ce point un rôle extrêmement salutaire. Non seulement pour ces petites salles de cinéma de quartier, non seulement pour ce type de cinéma particulier, non seulement pour le cinéma français en général, mais surtout pour la culture des Français dans son ensemble!
Quelle frustration pour les provinciaux d'entendre parler d'un film qu'ils ne pourraient voir qu'à Paris, quelle injustice pour eux de n'avoir le choix qu'entre Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux et la dernière production Disney! Et parmi ces jeunes bruyants qui mâchent des Hollywood (!) chewing-gum et grignotent des pop-corn, les pieds sur les fauteuils, beaucoup seraient captivés par le suspense d'un Hitchcock, d'un Clouzot ou d'un vieux Chabrol, beaucoup seraient émus par de vieux films français tels que La Cage aux Rossignols (qui a inspiré les très populaires Choristes), beaucoup seraient enchantés par les Western de Sergio Leone, certains ne manqueraient pas de rire aux pitreries d'un Chaplin ou d'un Keaton, certains enfin seraient sans doute ravi de découvrir le cinéma asiatique, arabe ou est-européen à côté (plutôt qu'à la place) des superproductions américaines!
Laissons donc une chance à ces cinémas d'exister pour laisser une chance aux jeunes de les découvrir, voilà une belle mission de service public qui couvre largement l'intérêt général.

vendredi, décembre 03, 2004

La France en mal d'innovation

article : Faute d'innovation, les sociétés françaises se condamnent à se battre uniquement sur les prix
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-389371,0.html

La France s'endort! Qu'il est douloureux de constater la baisse de l'innovation en France, la chute vertigineuse de sa productivité et le ralentissement de son attractivité. Ah si ! Pour les touristes, on reste attractif, nos vieilles pierres, nos plages de sable fin et nos montagnes enneigées, tout comme notre French touch suscitent encore l'intérêt des étrangers. Mais quelle désolation de constater que ces mêmes étrangers, qu'ils soient allemands, américains, ou surtout japonais, arrivent en France avec des caméscopes, des appareils photos, des téléphones portables, des baladeurs dont on n'imaginait même pas l'existence possible techniquement! Et ces gens là sont-ils tous des plus fortunés, même pas! Il est classique, sur les bancs de l'université de voir les étudiants étrangers munis d'appareils multimédias extrêmement sophistiqués qu'ils ont acheté au même prix que notre modeste calculatrice (souvent japonaise elle aussi!)
Qu'il est dur d'entendre que c'est, parmi les pays les plus avancés, en France que l'innovation, le progrès technique, la demande de brevets et la productivité ont le moins progressé ces dernières années. Qu'on regarde ce qui se vend : hormis les avions et les voitures où on n'est pas encore trop mauvais, les produits français sont inconnus voire inexistants dans les domaines de la téléphonie, l'informatique, l'électroménager, la hi-fi, la photo, la pharmacie : Microsoft, Sony, Nokia, Siemens, Pfizer... sont des entreprises étrangères!
Et tout ça parce que la France dépense trop peu en Recherche et Développement (R&D), tout ça parce que la France a trop peu de chercheurs par entreprise, tout ça parce que la France investit trop peu dans les nouvelles technologies, tout ça parce qu’en France on préfère épargner et travailler moins qu’investir. Aux lacunes de la recherche fondamentale publique, s'additionnent les balbutiements de la recherche privée en France. Trop peu de moyens, peu de perspectives de carrière, peu de projets intéressants, ... autant de motifs qui éloignent de leur patrie natale les cerveaux français. La France, ni même l'Europe n'ont pu réussir un brain drain à l'américaine.
Le résultat est là. Peu d'investissements donc peu de R&D donc peu d'innovation, donc faible croissance de la production, peu d'exportation, peu de croissance, peu d'emploi et peu de consommation, et donc, augmentation de l'épargne au détriment des investissements productifs. Voilà le cercle vicieux du ralentissement économique bouclé.
A l'effet qualité, originalité, haute technicité, on substitue en France la guerre des prix et pour ça, on délocalise, on réduit les coûts. Et pour couronner le tout, l'Euro grimpe encore et toujours, semblant faire un pied de nez aux entrepreneurs français à qui on a fait miroiter une accélération de la croissance.
Aux gouvernants et aux entreprises de motiver la recherche et d'arrêter de sacrifier l'innovation, la croissance et l'attractivité française de demain pour faire aujourd'hui des économies de bouts de chandelle, pour s'assurer une réélection, ou pour tenter de plaire à tous... A bon entendeur!

jeudi, décembre 02, 2004

OUI! ...mais...et l'Europe dans tout ça?

article : Les socialistes disent "oui" à la Constitution européenne
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-389271,0.html

Ouf! A un moment on a cru que les socialistes français avaient perdu la raison! Dire non à la Constitution européenne c’était dire non à la poursuite de la construction de l'Union. Quelle horreur pour un parti de gouvernement et, qui plus est, un parti de gauche ! En général, les réticences, on les trouvait parmi les extrêmes à droite chez les souverainistes et nationalistes, à gauche chez les communistes et les révolutionnaires internationalistes.
Et puis quelle idée de voter non même si c'est soi-disant par amour pour l'Europe. C'est avoir la mémoire courte. Le débat a déjà eu lieu en 1954 à l'occasion de la Communauté européenne de Défense (CED) et 1992 à l'occasion du précédent référendum sur l'Europe. Les argumentaires étaient similaires (imperfections du traité pour les uns, avancée de l'Europe pour les autres) seules les personnes - quoique pas toutes - ont changé. Comment peut-on croire encore aujourd’hui à un « non » de progrès alors que l’on connaît les difficultés de négociation à 25 et les réelles faiblesses institutionnelles de l’Europe actuelle, que ce projet tente de corriger. Et puis, les ambitieux devraient se poser cette question : quelle fortune politique a été donnée aux Séguin, Pasqua, de Villiers à droite et aux partisans de Chevènement et Marchais à gauche? Une marginalisation et un isolement au sein de l'échiquier politique qui perdure aujourd'hui encore. Ce « oui » apparaît donc comme un succès de l’idée européenne, mais aussi comme un succès du Parti socialiste qu’un « non » aurait sans doute paralysé, divisé, voire marginalisé pour longtemps…
Et pourtant ce scrutin, qui a bénéficié d'une couverture médiatique supérieure ou au moins égale à celle des dernières élections européennes au suffrage universel alors qu'il n'a concerné que 0,2% de la population, ne peut nous satisfaire complètement. Que l'on considère les arguments de campagne et les réactions qui ont eu le plus grand écho dans la presse et l'on sera surpris par leur opportunité et leur apport bénéfique dans le débat sur l’évolution de l’Union. Les arguments les plus imbéciles ont été fortement relayés par ce que les journalistes ont appelé le "camp du non": ne pas voter une nouvelle fois pour Chirac (un esprit naïf en conclurait que Chirac et la Constitution font une seule et même personne, une aura que ne mérite pas le président de la république), ne pas voter en faveur des délocalisations (ah oui, la constitution permettrait aux entreprises d'aller s'implanter à l'Est… mais l'argument était déjà anachronique, c'était au moment de l'élargissement et du traité de Nice qu'il fallait s'en inquiéter, la Constitution n'y change rien), permettre d'améliorer le texte proposé avant de l'inscrire « dans le marbre » ( c'est sûrement ce que ce sont dit les opposants à la CED à l'époque et, plus récemment, les Suisses qui s'opposaient à l'Espace économique européen en 1992. Il en a résulté dans les deux cas un blocage de très long terme)...
Mais, après les arguments, les réactions à la campagne du parti socialiste et au vote des militants ne sont pas en reste! Certes la position de Fabius a ouvert le débat sur le traité constitutionnel, certes cela a permis à beaucoup de français de s'interroger au sujet de celle-ci, mais n'a t-on pas plutôt entendu parler des ambitions de présidentiable de Laurent Fabius? Bien sûr aujourd'hui on lit dans les journaux que ce vote est un succès pour l'Europe. Mais n'y a-t-il pas toutes ces réactions sur "la victoire de M. Hollande", le succès personnel, le plébiscite de l'un contre la défaite de l'autre. "François Hollande l'a emporté et a renforcé sa position dans le club très fermé des présidentiables" peut-on lire un peu partout. De qui se moque-t-on? Si les sections traditionnellement plus à gauche, ou plus proche de MM. Fabius, Montebourg, Emmanuelli ont pu voter en masse pour le oui c'est bien que l'Europe leur importait plus que les destins politiques de l'un ou l'autre!
Alors on pousse un ouf de soulagement, mais en espérant que lors de la « vraie » campagne référendaire, en juin prochain, l'Europe sera bien au coeur des débats et non les oppositions gauche droite, voire les oppositions droite droite (Chirac Sarkozy Juppé), ou gauche gauche (Hollande Fabius DSK Jospin)! Parce qu'elle le vaut bien!

mercredi, décembre 01, 2004

Histoires de noms de famille...

article : Quel nom de famille transmettre à ses enfants en 2005 ?
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3238,36-389106,0.html

« Au fait, ça te dit qu’on se revoie ?
- Ah oui avec plaisir, tu me files ton numéro et je t’appelle. Attends je le rentre dans mon portable : alors… Jean-baptiste… je vais mettre seulement JB je crois… c’est comment ton nom de famille ?
- Dufond-desbois - - Le guerronec, mes parents ont accolé leur nom, mon père est breton…
- Oulà, bon je vais donc marquer : JBDDLG, sinon ça rentrera pas… »

« Bonjour, je voudrais ouvrir un compte et disposer d’une carte bleue.
- Bien sûr, je peux prendre vos coordonnées qui seront gravées sur votre CB
- Je m’appelle Marie-Emilie Relac - - Dompierre d’Essart
- Ah, tout ne va pas rentrer, je mets uniquement vos initiales ? Ça fait… M..E..R..D..E.., pas terrible ! Bon je me contente de votre numéro de compte. »

« Allo ?
- Bonjour, ce serait pour un renseignement sur mes remboursements médicaux, je m’appelle Amélie Gros – Poulain
- Donnez moi votre numéro de sécurité sociale plutôt
- Oui c’est le 20501XXXXXXX
- Jeanniiiiiinnnnnne ! C’est toi qui t’occupes du n°20501XXXXX ? »

Petites scènes auxquelles il faut s’attendre dans les années à venir grâce à la nouvelle loi sur les noms de famille. A ce sujet, il est très intéressant de lire l’article cité en source qui compte les possibilités de nom par famille et explique clairement les risques que comporte cette satisfaction d’une vieille revendication féministe!