La question turque : l'Europe de tous les défis!
article : L'Europe est prête à ouvrir ses portes à la Turquie
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-390835,0.html
Le débat sur l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne divise largement l'opinion publique des Etats-membres. Mais un tel débat est-il encore légitime aujourd'hui? Nos dirigeants ne se sont-ils pas liés les mains en promettant toujours plus à chaque fois qu'ils repoussaient l’ouverture de négociations d’adhésion avec la Turquie? Un refus est-il encore possible, est-ce réaliste de l'envisager?
Malgré les propos qui se veulent rassurant de la part de la classe politique, malgré ce que voudra bien nous faire croire le président de la République, malgré l'opposition d'une majorité de la population et de la classe politique en France, il est aujourd'hui difficile d'imaginer un refus à l'adhésion de la Turquie.
Pourquoi? Parce que du temps - beaucoup trop - a passé depuis la première promesse faite à la Turquie en 1963 et plusieurs fois réitérée depuis. Parce que des exigences toujours plus nombreuses en ce qui concerne les droits de l'homme, la stabilité du pouvoir politique et les performances économiques ont été posées par l'UE comme des conditions sine qua non à l'ouverture de négociations d'adhésion et que ces exigences ont toutes fait l'objet d'efforts sensibles de la part de la Turquie. Parce que la loyauté diplomatique, les intérêts géostratégiques et économiques dans la région plaident en faveur d'une très bonne entente avec la Turquie qu'un non refroidirait à notre égard et rapprocherait des Etats-Unis. Enfin tout simplement parce que la quasi totalité des dirigeants européens sont favorables à cette adhésion - même la Grèce - que l'on aurait pu supposer hostile, et qu'aucun n'envisage d'utiliser son veto sur le sujet.
Le débat est sain, bien beau, et utile pour l'expression de toutes les opinions, mais il n'aura aucun impact sur le processus d'amarrage de la Turquie à l'Union, qui aboutira inévitablement à son adhésion. Ce débat, ouvert depuis quelques temps déjà, n'est pas dépourvu de relents polémiques. S’il est difficile d’imaginer qu’il aura des conséquences sur le processus en cours, il pourrait en revanche avoir des effets pervers sur le référendum constitutionnel du printemps 2005. Le non à la Constitution pouvant éventuellement rassembler un non à l'Europe en général, un non à l'ultralibéralisme et aux délocalisations, un non à Chiraffarin, mais aussi, et plus largement peut-être, un non à la Turquie.
Ce "non" à la Turquie se fonde sur plusieurs craintes : celle de l'afflux d'une population nombreuse en quête de travail, celle de la montée de l'islam en Europe et des « chocs de civilisation » que ce la peut entraîner, celle de la diminution des aides en faveur de ceux qui en bénéficient aujourd'hui pour alimenter le "gouffre turc", celle de l'explosion institutionnelle de l'UE et de sa transformation en simple zone de libre-échange, celle de la proximité des zones à conflit, Irak, Syrie,... Ces craintes, elles sont agitées aujourd'hui par des politiciens qui, de le Pen à Fabius, se placent en partisans d'un non, plus que jamais hypothétique aujourd'hui.
Ces idées, largement répandues dans l'imaginaire des populations européennes, ne sont pas sans fondement. Pourtant si l'Europe depuis 45 a fait face à de nombreux défis, pourquoi ne relèverait-elle pas celui-ci?
C'est un défi économique aussi important que l'élargissement à l'Est dans son intégralité (ce qui suppose que l'on laisse à l'Union le temps de souffler un peu). C'est un défi institutionnel certain(vu la taille de sa population, la Turquie aurait, dans le système actuel le plus grand nombre de députés au parlement de Strasbourg et cela impliquerait d'autre part de réformer les Fonds structurels). C'est un défi politique sans précédent depuis 1951(celui d'intégrer une forte population musulmane dans un ensemble aux racines chrétiennes mais où la population musulmane est toutefois nombreuse). C'est enfin un défi stratégique très clair (celui de repousser les frontières de l'Europe pour venir les amener au corps du moyen orient). Ce dernier défi est un argument de poids, peut-être même le plus fort en faveur d'une adhésion de la Turquie. Rapprochons nous du monde musulman par un geste fort. En ingérant les tensions, l'Union a le don de les effacer. N'était-ce pas là son principal objectif en 1951 quand il s'agissait de rendre impossible toute guerre entre l'Allemagne et la France? Hier les Allemands étaient des monstres, trop différents de nous. Ils avaient décimé et torturé une partie de notre population, occupé nos villes, violés nos femmes,... Aujourd'hui ce sont des frères, et même des frères jumeaux, quasi siamois! Ça a dû être dur à accepter pour les victimes de la guerre en 1951... Serait-ce un pas plus difficile à faire aujourd'hui envers un peuple contre qui on a aucun grief en particulier, envers un pays où l'on va en touriste, et avec qui l'on traite en ami?
Malgré les propos qui se veulent rassurant de la part de la classe politique, malgré ce que voudra bien nous faire croire le président de la République, malgré l'opposition d'une majorité de la population et de la classe politique en France, il est aujourd'hui difficile d'imaginer un refus à l'adhésion de la Turquie.
Pourquoi? Parce que du temps - beaucoup trop - a passé depuis la première promesse faite à la Turquie en 1963 et plusieurs fois réitérée depuis. Parce que des exigences toujours plus nombreuses en ce qui concerne les droits de l'homme, la stabilité du pouvoir politique et les performances économiques ont été posées par l'UE comme des conditions sine qua non à l'ouverture de négociations d'adhésion et que ces exigences ont toutes fait l'objet d'efforts sensibles de la part de la Turquie. Parce que la loyauté diplomatique, les intérêts géostratégiques et économiques dans la région plaident en faveur d'une très bonne entente avec la Turquie qu'un non refroidirait à notre égard et rapprocherait des Etats-Unis. Enfin tout simplement parce que la quasi totalité des dirigeants européens sont favorables à cette adhésion - même la Grèce - que l'on aurait pu supposer hostile, et qu'aucun n'envisage d'utiliser son veto sur le sujet.
Le débat est sain, bien beau, et utile pour l'expression de toutes les opinions, mais il n'aura aucun impact sur le processus d'amarrage de la Turquie à l'Union, qui aboutira inévitablement à son adhésion. Ce débat, ouvert depuis quelques temps déjà, n'est pas dépourvu de relents polémiques. S’il est difficile d’imaginer qu’il aura des conséquences sur le processus en cours, il pourrait en revanche avoir des effets pervers sur le référendum constitutionnel du printemps 2005. Le non à la Constitution pouvant éventuellement rassembler un non à l'Europe en général, un non à l'ultralibéralisme et aux délocalisations, un non à Chiraffarin, mais aussi, et plus largement peut-être, un non à la Turquie.
Ce "non" à la Turquie se fonde sur plusieurs craintes : celle de l'afflux d'une population nombreuse en quête de travail, celle de la montée de l'islam en Europe et des « chocs de civilisation » que ce la peut entraîner, celle de la diminution des aides en faveur de ceux qui en bénéficient aujourd'hui pour alimenter le "gouffre turc", celle de l'explosion institutionnelle de l'UE et de sa transformation en simple zone de libre-échange, celle de la proximité des zones à conflit, Irak, Syrie,... Ces craintes, elles sont agitées aujourd'hui par des politiciens qui, de le Pen à Fabius, se placent en partisans d'un non, plus que jamais hypothétique aujourd'hui.
Ces idées, largement répandues dans l'imaginaire des populations européennes, ne sont pas sans fondement. Pourtant si l'Europe depuis 45 a fait face à de nombreux défis, pourquoi ne relèverait-elle pas celui-ci?
C'est un défi économique aussi important que l'élargissement à l'Est dans son intégralité (ce qui suppose que l'on laisse à l'Union le temps de souffler un peu). C'est un défi institutionnel certain(vu la taille de sa population, la Turquie aurait, dans le système actuel le plus grand nombre de députés au parlement de Strasbourg et cela impliquerait d'autre part de réformer les Fonds structurels). C'est un défi politique sans précédent depuis 1951(celui d'intégrer une forte population musulmane dans un ensemble aux racines chrétiennes mais où la population musulmane est toutefois nombreuse). C'est enfin un défi stratégique très clair (celui de repousser les frontières de l'Europe pour venir les amener au corps du moyen orient). Ce dernier défi est un argument de poids, peut-être même le plus fort en faveur d'une adhésion de la Turquie. Rapprochons nous du monde musulman par un geste fort. En ingérant les tensions, l'Union a le don de les effacer. N'était-ce pas là son principal objectif en 1951 quand il s'agissait de rendre impossible toute guerre entre l'Allemagne et la France? Hier les Allemands étaient des monstres, trop différents de nous. Ils avaient décimé et torturé une partie de notre population, occupé nos villes, violés nos femmes,... Aujourd'hui ce sont des frères, et même des frères jumeaux, quasi siamois! Ça a dû être dur à accepter pour les victimes de la guerre en 1951... Serait-ce un pas plus difficile à faire aujourd'hui envers un peuple contre qui on a aucun grief en particulier, envers un pays où l'on va en touriste, et avec qui l'on traite en ami?

3 Comments:
Je crois que tu as raison, l'adhésion de la Turquie est devenu inévitable à présent. Le débat n'est donc plus de savoir "quand" mais bien "dans quelles conditions" ...
La théorie du complot perpétuel et de la domination par une oligarchie de puissants et de riche ne me satisfait pas. En tout cas, elle ne me semble pas entrer en ligne de compte au sujet de l'entrée de la Turquie. Si les autorités turques sont très favorables à l'adhésion, c'est qu'elles sont convaincues, et comment, que leur pays en retirera des avantages évidents. L'Union n'est pas considérée comme un espace livré aux mains de quelques "familles" qui feraient de tout nouvel adhérent un esclave à sa botte. Cela dit, tout à fait d'accord sur le scandale de la dégradation des déficits publics, mais l'Europe n'est en rien responsable de cela!
EUROPE ET TURQUIE
- Le « Non » au Traité constitutionnelle est encore dans toutes les mémoires. Mais est-ce pour autant l’ « Europe » qui a été ainsi rejetée ? Non, tout le monde en convient ! L’a été une certaine vision, compréhension, conception de l’Europe. Le fameux « sens des mots », trop souvent source d’incompréhension, de confusion … Et au sein des causes de ce rejet figurent en bonne place la Turquie !
- Alors, ce pays, européen ou pas ?
- Remarquons que répondre par la positive, reviendrait à admettre que l’Iran et l’Irak ont une frontière commune avec le vieux continent... Tout de même estomaquant…
- Décortiquons, autant que faire ce peux en quelques lignes obligatoirement réductrices. Certains mettront en avant le fait que la Turquie est laïque, et que son alphabet est le latin ! Pourquoi donc ne pas l’accepter ?
- Notons d’abord que cette position indique que les frontières (ou leurs absences) ne sont pas que géographiques, elles peuvent également être culturelles.
-Commençons par les géographiques. La formule de Gaule est connue : l’Europe s’étend de l’Oural à l’atlantique et s’arrête au Bosphore. Cohérent. Mais, en rapport avec notre question, il y a un « hic »… La Turquie se jette sur des deux rives du Bosphore, et les puissances victorieuses du premier conflit mondial qui ont redessinée, avec un trait de plume parfois malheureux, les frontières ont validé cet existant. Aussi, de quel côté faire pencher la balance ? Et si l’ont prenait tout simplement comme unité de mesure le km2 ? Où en trouvent-on le plus ? En Europe ou en Asie ? Evident, non…
- Frontières culturelles. Comme « nous », n’est-elle pas laïque, et si l’écriture est un des éléments constituant la culture d’un peuple, comment ne pas mettre en avant son alphabet, latin comme celui que « nous » utilisons ? Effectivement… Mais tout cela n’est que greffon au devenir incertain… Un risque réel de rejet par la souche existe… - Osons aborder à présent un sujet tabou, un sujet qui fâche, l’origine chrétienne de l’Europe, de ses valeurs, de sa culture ! Pourtant, est-ce plus choquant que de souligner le poids de l’Islam dans la culture des pays arabes ? - A la façon d’une plaque photographique classique qui renvoi une image inversée, la laïcité turque est l’inverse de la notre (occultons le fait que la laïcité française n’est pas la laïcité anglaise etc.…) : L’histoire européenne du XX siècle ne manque pas d’exemples -pensons à l’Espagne de Franco- ou un pouvoir « fort » utilise la puissance de l’armée pour imposer une idéologie religieuse au mépris de la laïcité, alors qu’en Turquie, à partir des années 20, le pouvoir a utilisé la force de l’armée pour imposer la laïcité, au mépris de l’idéologie religieuse dominante… D’ailleurs le mot « laïque » est inconnu du vocabulaire arabe et le terme turc utilisé est emprunté au vocabulaire occidental… Car au delà du mot, le concept même véhiculé par « laïcité » est extérieur à l’Islam radical où le rejet de la foi (islamique) ne peut conduire l’ « apostat » qu’à la mort physique ordonnée par un corps social qui en agissant ainsi se purifie… En français cela s’appelle un meurtre, un assassinat, tout comme le sont tout également les « crimes d’honneur », coutumiers en Turquie… - Revenons en France. La sérénité et le recul que donne l’écoulement du temps, permet de dire que, paradoxalement, et au-delà des déchirements consécutifs à la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, et à l’opposition des « culs bénis » et des « bouffeurs de curés », la laïcité est aussi fille de la célèbre parole christique « Rendez les choses de César à César et les choses de Dieu à Dieu »… Dans la même veine, pourquoi les « Droits de l’homme » peinent-ils tant à s’imposer et à prospérer en pays musulmans ? Car ils ont été conceptualisés sur le terreau fertile des valeurs chrétiennes, de l’humanisme chrétien, pour devenir l’expression d’un christianisme déchristianisé, d’une foi chrétienne désacralisée, laïcisée… - Ouvrons une parenthèse. Ne confondons pas tolérance et laïcité. Nous parlions à l’instant de « bouffeurs de curé », terme né à une époque ou le paysage religieux français métropolitain était majoritairement occupé par le catholicisme. Aujourd’hui existe toujours des « Talibans de la laïcité » qui prônent l’athéisme comme Vérité révélée et rêvent de marginaliser les citoyens qui ont pour défaut d’être croyants et de le dire ! Espagne mauresque : L’arrivée des arabes en Espagne au VIII° siècle mit fin à la persécution dont les juifs étaient victimes de la part des Wisigoths qui avaient abandonnés l’arianisme pour le catholicisme. Et pendant de nombreux siècles sous domination musulmane, l’Espagne a été une terre de paix et de tolérance pour les trois religions monothéistes ! Comme quoi, Islam n’est pas toujours synonyme de fanatisme et d’intolérance… - Fermons la parenthèse. - Quand-à l’alphabet latin, il est entré en Turquie à la même époque que la laïcité et lui aussi au forceps, l’Empire ottoman utilisant l’alphabet arabe, c'est-à-dire il y a moins d’un siècle. Alors que « chez nous », déjà avant les premiers écrits en « français » du XV° siècle, les lettrés qu’étaient les clercs, écrivaient évidement et depuis « toujours » en latin !
- Aussi, tant pour des raisons géographiques que culturelles, il me semble difficile de prétende que la Turquie puisse avoir vocation à intégrer l’Europe ou la communauté européenne, notions qui sont différentes (La Suisse appartient à la première mais pas à la seconde). Et, pour prétendre le contraire, que l’on ne mette pas en avant un quelconque partenariat économique ! L’Europe peut commercer si elle le souhaite avec l’Afrique du sud sans pour autant que ce pays entre dans l’Europe ! Identique pour la Turquie !
- Prétendrais-je que ce rejet affirmé, que cette position est vérité, réalité objective ? Non...
- Pour prendre conscience de la relativité des certitudes, également des certitudes géographiques, transportons-nous au temps de Rome.
- Si l’Empire romain prétendait à l’universalité, dans les faits, des frontières se sont imposées : Au nord, l’Ecosse (le mur d’Hadrien). A l’ouest, évidement l’atlantique. Au nord/est le Rhin et le Danube. Au sud l’Afrique noire (les pays de Maghreb étaient partie intégrante de l’Empire -neutralisons Carthage-) Au sud/est le Tigre et l’Euphrate. Cela pour souligner que si la géographie peut dire ce qu’est l’Europe, cette définition ne vaut que pour « aujourd’hui » (au sens de l’Histoire). Si nous demandions à nos contemporains européens où se trouve le centre géographique de l’Europe, qui citerait la capitale de l’Italie ? Personne ! Mais l’Empire s’est construit autour de la Méditerranée avec en son centre cette ville, Rome, elle même située sur cette péninsule, cet appendice pénétrant ce « centre du monde » qu’était la « Grande mer », comme on l’appelait alors. Toujours à cette époque, le civilisé, était logiquement de type méditerranéen, c'est-à-dire pas très grand, brun et basané. Et le barbare, lui était grand, blond et à la peau très blanche… Relativité des concepts, disions-nous… Et parmi ces barbares, il est des tribus germaniques qui allaient nous devenirs « chers » à nous français, celles des Francs…
- Le rapport avec notre sujet ? Dans le monde romain, la région nommée de nos jours Turquie ne posait pas de problème : elle appartenait à l’Empire, tant pour des raisons géographiques que culturelles ! Et elle n’était même pas en zone frontière ! Et le latin, comme ailleurs, y était aussi la langue officielle, administrative ! Mais cela était il y a « deux milles ans »…
- Certitudes, avez-vous un socle digne de ce nom ?
- Pour conclure, maniant le paradoxe, clin d’œil à Edmond Wells et à son Encyclopédie du savoir absolu relatif, je dirais que la Turquie ne fait pas partie de l’Europe et qu’il s’agit là d’une position objective élaborée au sein d’un concept qui lui, ne l’est pas… Cette affirmation découle d’une prise de conscience selon laquelle il n’y a pas une vision du monde mais plusieurs, indissociables de grilles de lecture, parfois inconscientes, qui sont autant de filtres. Et la pseudo objectivité de la de la stricte géographie s’efface devant le poids de la géopolitique qui elle-même s’efface devant celui de la géoculture, autant de réalités subjectives dans leurs valeurs.
COLPIN Didier
Enregistrer un commentaire
<< Home