vendredi, mars 04, 2005

C'est reparti: le blog, le bouche-à-oreille, le doigt-à-oeil!

article: Jouer de la rumeur pour mieux vendre un produit
source:
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3236,36-400217,0.html

Après avoir délaissé ce petit webzine sans prétention quelques semaines pour cause d'emploi du temps chargé et, je le reconnais humblement, de paresse parfois mal dissimulée, je me remets à l'ouvrage aujourd'hui pour ne pas abandonner ce travail d'information, d'analyse et de rédaction que je trouve très formateur.
Ce blog n'a pas une audience très vaste mais sa diffusion à grande échelle n'était pas mon objectif lors de sa création. Je crois que sinon je n'hésiterai pas à recourir à ces entreprises comme Bzzmarketing dont parle l'article du Monde cité en source. Cette « nouvelle » forme publicité est magique, tellement efficace et facile à mettre en oeuvre que l'on se demande pourquoi un tel procédé n’a pas été exploité plus tôt. Utiliser le bouche-à-oreille, la rumeur, le bourdonnement (buzz) pour vanter un produit c'est assurément efficace et personnellement je l'utilise tous les jours sans aucune rétribution de la part des grandes marques (il faudra que je songe à leur envoyer la note). "Moi je vais chez tel coiffeur, il est bien et pas cher, ... j'utilise tel fournisseur d'accès, je suis chez tel opérateur de téléphonie avec tel forfait génial, tu devrais essayer tel magasin, tu trouveras sûrement ce que tu cherches..." on a tous une certaine satisfaction à vanter les produits dont on est content. C'est la meilleure publicité dont peuvent bénéficier les marques, chacun a des arguments personnalisés à produire et un ami, un frère, un voisin ne peut être soupçonné de vouloir vendre un produit à tout prix, de parler au nom d'une marque...
Faudra-t-il dorénavant se méfier? Tel ami qui flatte avec une conviction hors norme une lotion capillaire, ou tel cousin de 15 ans qui s'emballe sur les vertus d'une crème antiride ou encore sur un forum, tel internaute supposé objectif qui te conseille à tout prix d'acheter tel antivirus qu'il utilise "depuis toujours sans aucun problème"... De tels procédés publicitaires sont efficaces qu'ils soient naturels ou provoqués, néanmoins ils risquent de faire émerger une paranoïa au sein des consommateurs: "qu'est-ce qui me prouve que tu n'es pas envoyé par Buzz (l'éclair!)" Ces procédés sont d'autant plus efficaces que le public concerné s'est élargi aux dimensions du globe grâce à Internet et ses forums. Je pense d'ailleurs que l'expression bouche-à-oreille devient désuète un nouveau concept est appelé à la remplacer: le "clavier-à-oeil" ou le "doigt-à-oeil", plus révélateur des nouveaux modes de communication et d'influence!
Tous publicitaires! Ce sera le nouveau slogan en vogue. Allons donc dans le vent et si chaque lecteur de ce post (donc environ 2 personnes!) en parle à un ami de son entourage je suis prêt à parier que dans 3 jours je fais exploser le box office des blogs (le blog office?) et je demande à l'AMF le droit d'entrer en bourse!
Sûr de faire fortune rapidement grâce à ce media, je me suis donc décidé à le relancer en affichant toutefois, faute de temps, des objectifs moins ambitieux qu’auparavant. Je mettrai à jour ce blog de façon régulière en essayant de rendre compte de manière au moins hebdomadaire des points de l'actualité qui m'ont marqué et d'en tirer quelques commentaires... Il s’agira en règle générale d’article du Monde (je vous jure qu’ils ne me rétribuent pas pour cela… quoi que…j’aimerais bien M. Colombani !) dans la mesure où le site internet de ce journal est à mon avis l’un des plus complets en ce qui concerne la presse francophone sur le web. Pourtant, si je trouve mieux ailleurs (sur l'ouverture prochaine d'un aquacenter au sahel, ou la poussée de croissance des pygmées par exemple) je n’hésiterai pas à changer ponctuellement de source !
Au fait, je suis abonné au journal Le Monde, c’est un très bon quotidien pas cher pour les étudiants et vraiment très intéressant... ça mériterait bien un mois gratuit ça non ?!

mardi, janvier 11, 2005

La politique est-elle un métier?

article : Les critiques de MM. Ferry et Mer, ex-ministres de la société civile
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-393641,0.html

Deux nouveaux livres apparaissent cette semaine en tête de gondole des librairies au rayon politique. Ces deux ouvrages émanent de personnalités bien différentes, un patron d’industrie et un philosophe dont le principal point commun est d'avoir fait partie du gouvernement Raffarin en tant que membre de la "société civile". Comme plusieurs de leurs collègues, MM. Mer et Ferry appartenaient à cette entité qu'on oppose à la "société politique" comme on oppose dans l'armée les civils et les militaires, comme on oppose dans la religion les clercs et les laïcs, comme on oppose en général les initiés et les amateurs. Ils devaient constituer l'innovation du Chirac nouveau, cru 2002 à 82,21% vol. Leur nomination était une réponse très médiatisée au coup de semonce du 21 avril qui a été interprété comme un ras-le-bol généralisé de la classe politique en place. Moins de deux ans plus tard, les relations souvent difficiles avec leur administration, leurs interlocuteurs et l'opposition politique, mais aussi avec leurs collègues du gouvernement et les élus de leur propre camp, ainsi que les échecs de la droite aux élections de 2004 ont contraint ces ministres à quitter leurs fonctions. L'interprétation des revers électoraux a conduit le Chef de l'Etat, sur proposition du Premier ministre, à nommer aux postes sensibles des "professionnels de la politique", c'est à dire des personnalités qui ont exercé un mandat électoral, disposent d'un réseau relationnel étendu, connaissent les codes de la rhétorique politique et sont des habitués du triptyque proposition, négociation, décision. Comme le pompier Lang était venu avec tout son art éteindre les flammes du pyromane Allègre, MM. Fillon, Sarkozy, Donnedieu de Vabres sont venus avec tout leur métier - mais aussi, ne l'oublions pas, avec de nouveaux moyens qui n'avaient pas été accordés à leurs prédécesseurs - panser les plaies ouvertes respectivement par MM. Ferry, Mer et Aillagon.

Ces changements ont semble-t-il apaisé la société civile (justement!). Que penser de ce constat? La politique est-elle donc affaire de métier? C'est à ces questions que tentent de répondre les ouvrages des ex-ministres. Il apparaît bien, malgré les méfiances de De Gaulle et des initiateurs de la Vè République vis à vis du monde politique et des partis, que l'idée de gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple doive concéder l'existence d'une profession de femme et d'homme politique réservant la direction des affaires publiques à une minorité de professionnels au cursus établi et similaire. Les professionnels de la politique, comme les boulangers, ont des écoles de formation (Sciences-PO, l'ENA) où on leur enseigne la rhétorique politique, l'art de la négociation et surtout où ils constituent un réseau de pairs et établissent des contacts durables. Ces professionnels ont leurs clubs, les partis politiques, comme d'autres ont leurs corporations, ils défendent des intérêts, ont des objectifs, rendent des comptes, ... ils leur arrive même de former des dynasties (les Delors, les Debré,...)

La politique semble malgré tout ne pouvoir se cantonner au métier. A mon avis, c'est bien plus que ça, c'est une vocation. Les femmes et les hommes politiques ont généralement exercé une autre profession, ils ont des spécialités différentes, certains (les élus locaux) ne peuvent vivre de leur mandat électoral. D'autre part, on peut avoir fait Sciences-PO, l'ENA et échouer durablement en politique. La vocation politique implique à la fois la passion, l'engagement, l'intérêt, les concessions à sa vie privée, mais aussi le charisme, la ténacité, la témérité, la solidité physique et morale. Plus que toute autre profession, la politique entraîne des choix personnels et publics, des rivalités, des responsabilités, qui méritent non seulement une préparation adéquate, mais surtout une confiance en soi et une solidité inébranlables.
Non seulement il faut être confiant en ses capacités, mais il faut savoir en convaincre les autres. C'est visiblement ce que ne sont pas parvenus à faire MM. Ferry et Mer. Est-ce par manque de conviction, de charisme ou par manque de métier, de réseaux, de soutiens?

lundi, janvier 10, 2005

Une fenêtre d'opportunité

article : La victoire de Mahmoud Abbas à la présidentielle palestinienne suscite l'espoir
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3218,36-393581,0.html

Élections démocratiques en Afghanistan, en Ukraine, en Palestine et, espérons-le en Irak ont "nourri" l'Histoire en faisant l'actualité de ces dernières années. La "fin de l'histoire" analysée par Francis Fukuyama serait-elle proche? Pour le philosophe américain, l’Histoire serait en voie de connaître son terme avec l'avènement de la Paix mondiale par la généralisation de la démocratie libérale et de l'économie de marché et la défaite de l'idéologie marxiste et des systèmes totalitaires. Cette thèse controversée devenait logiquement caduque après le 11-septembre, l'Histoire connaissant un sursaut à travers la nouvelle donne du "choc des civilisations", selon une hypothèse non moins célèbre émise par l'américain Samuel Hunttington. Les conflits qui faisaient "avancer" l'Histoire n'étant plus interétatiques, mais bien interreligieux, interculturels, interethniques. Ce n'est plus le bloc de l'Est contre le bloc de l'Ouest, c'est désormais le bloc arabo-musulman contre le bloc Americano-judeochrétien. Le Bloc des démocraties occidentales, des pays développés, contre le bloc des républiques islamiques et des pays qui les soutiennent. "Le Bien contre le Mal" selon la philosophie d'un grand penseur contemporain, les droits de l'homme contre la Charia, la démocratie libérale contre l'autoritarisme politique et religieux, la paix contre le terrorisme intégriste. Et la nouveauté de ce genre de conflits, c'est qu'il s'affiche non seulement à l'échelle des relations internationales et géostratégiques, mais aussi, de façon plus perverse, au sein des démocraties occidentales elles-mêmes.
La "résurrection de l'Histoire" qui se rend visible par cette nouvelle forme de guerre froide, la guerre froide du 21ème siècle, a pris pour symbole deux peuples, une région, et un territoire. Les relations tantôt glacées tantôt détendues entre États-unis et pays arabes semblent bien êtres soumises aux variations de température du thermomètre israélo-palestinien. Se cherchant des alliés, voulant flatter ses amis, Sadam le laïc n'a t'il pas fait preuve d'un soutien opportun à l'autorité palestinienne dénonçant les frustrations qui y étaient infligées par la coalition israélo-occidentale? Ne retrouve- t-on pas des propos similaires dans les messages diffusés par le groupe terroriste Al-Quaeda, ou bien dans les communiqués tchétchènes?
L'opposition israélo-palestinienne est une plaie qui saigne dans la plupart des sociétés occidentales où, comme en France, les actes antisémites se sont multipliés quand les discours d'islamistes radicaux ont su trouver un public attentif et dévoué.
Le succès de Mahmoud Abbas, un "modéré en costume civil", qui a gagné la bienveillance occidentale, vient juste après la composition en Israël d'un gouvernement d'union nationale incluant des ministres travaillistes - dont le prix Nobel de la paix Shimon Pères - et la décision de décoloniser la Bande de Gaza. Malgré toutes les réticences qu'inspirent les héritages, les habitudes prises, les positions tranchées dans les deux camps, il faut espérer que la fenêtre d'opportunité qui s'ouvre aujourd'hui au Moyen-Orient saura être mise à profit au nom de la paix. Le succès de ces élections en terme de participation et de sérénité du vote est de très bon augure. Pour Fukuyama, appuyé par des statistiques évidentes, la guerre est impossible entre deux démocraties libérales animées par une économie de marché, on se permet donc d’espérer…


dimanche, janvier 02, 2005

Bonne année (quand même!)

article : On a quand même bu du champagne aux Champs-Elysées
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3208,36-392582,0.html
Non, je n'avais pas abandonné mon petit blog-note, ni oublié mes petits commentaires anodins sur l'actualité. Je l'avais laissé quelques jours au repos pour profiter comme il se doit de ces traditionnelles réjouissances de fin d'année aussi riches en amusements qu'en excès de toutes sortes!

Donc voilà, on est le 2 janvier et je me permets de souhaiter un joyeux Noël (fallait bien !) et une très bonne année à tous mes lecteurs (ne surestimons rien: à 3 ou 4 personnes donc!) venant du monde entier (là non plus, ne nous emballons pas et citons seulement la France, le Royaume Uni, la Suisse, et curieusement aussi Israël et la Russie, où Emyle doit avoir un sens particulier, je sais pas!).
En deux semaines, il y en aurait eu pourtant des évènements et des articles à commenter: de la libération des otages à la tragédie des tsunamis en Asie du Sud-Est, de l'assassinat de Pau à l'explosion de Mulhouse, de la victoire de Iouchtchenko en Ukraine aux voeux du président Chirac. Autant de sujets qui ont concerné tantôt douloureusement, tantôt heureusement de nombreuses femmes et de nombreux hommes et tenu en haleine journalistes et bloggeurs qui n'ont pas connu la trêve des confiseurs.
A Paris, sur les Champs-Élysées, la nuit de la St Sylvestre a été un succès, les centaines de milliers de personnes qui y étaient ont pu profiter d'un joli feu d'artifice semblable à celui de 2000 en l'honneur de la candidature de Paris aux JO de 2012. La joie était unanime et c'est bien normal. Sans ces quelques rubans de crêpe noire noués aux arbres de la plus belle avenue du monde, et sans les questions pernicieuses de quelques journalistes désireux d'enregistrer les réactions de passants innocents, tout le monde aurait oublié dans le champagne et l'éblouissement, la catastrophe asiatique. Est-ce mal? Je ne le pense pas. C'est bien d'éprouver de la compassion, c'est encore mieux et même nécessaire d'envoyer de l'argent (et les français le font très bien), ça ne sert à rien de se pourrir la fête et d'exhiber une affectation de façade alors qu'on est venu pour s'amuser! Que dire de ces réactions de passants du type : "je trouve cela quand même indécent de faire la fête, et un feu d'artifice quand on voit les populations qui souffrent!" ou bien "il aurait fallu annuler la manifestation pour marquer vraiment le coup" ou encore "le marketing a gagné". Quelle hypocrisie! Que font justement ces passants sur les Champs-Élysées? Ils sont sans doute venus exprimer leur solidarité!
C'est vrai que pour aider les populations gravement touchées par les tsunamis, il est très efficace de mettre des rubans noirs aux arbres et de faire la gueule le soir du réveillon! Ça doit leur redonner le moral!

lundi, décembre 20, 2004

En Europe la Recherche, comme les individus, n'a pas le moral

article: La France peine à attirer les savoir-faire étrangers
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-391425,0.html

Comment ne pas s'alarmer de ces chiffres et de ces rapports qui se rejoignent sur les mêmes conclusions : la France est en mal d'innovation, la recherche et développement (R&D) est en panne.
Au lieu d'être un pôle de croissance, l'Europe économique que l'on s'efforce de construire depuis près de 60 ans semble regrouper une équipe de bras cassés chez qui la croissance est en panne durable, le chômage constant, la consommation en berne, les déficits en hausse, l'innovation quasi inexistante relativement à ce qu'on trouve ailleurs. Remuez tout ça et vous obtenez un mélange explosif de faible moral des entreprises et des ménages, de malaises sociaux et d'exclusion, de montée des idées extrémistes xénophobes et révolutionnaires... Un grand mix de chaos économique et social en somme. C'est vrai que quand on regarde autour de soi on a pas le moral. Dans les grandes villes on manque à chaque pas de marcher sur un être HUMAIN couché sur une bouche de métro, on a même plus la force de s'apitoyer. Dans son entourage un peu élargi on connaît inévitablement un ou plusieurs chômeurs de longue durée, un ou plusieurs dépressifs aux idées noires et au moral faiblard, une ou plusieurs familles en crise,... Dans les journaux on ne manque pas de constater les horreurs des faits divers : ici une boucherie dans un hôpital psychiatrique, là un pédophile, là-bas un viol, que sais-je encore... c'est devenu tellement courant un suicide, un viol, une disparition que la presse ne s'en émeut même plus!
Et puis on tombe sur ces rapports remis au gouvernement, sur ces sondages du moral économique du pays et du moral tout court des gens. Et alors on se dit que ce n’est pas brillant! Toute l'année dernière on nous a promis une "forte" croissance pour 2004, on ne l’a pas vu passer. Et dire que 2005 est censée être pire! Quelle agence de voyage propose un suicide collectif pour la nuit de la St Sylvestre?
Au total, cette Europe, elle ne serait pas bien belle à regarder si on occultait son extraordinaire réussite dans la réconciliation des peuples, dans l'installation durable de la paix et de la bonne entente. Cette Europe est si populaire en dehors de ses murs que tout le monde frappe à sa porte:"Eh, nous aussi on veut en profiter! Faites nous donc une petite place autour de votre cheminée commune!"
Ces succès indéniables doivent pouvoir se perpétuer. Pour cela l'économique doit fonctionner et rester attractif! L'Europe doit être un pôle concurrent à l'égal des Etats-Unis, un pôle qui attire les intellectuels, les investissements, les grandes entreprises pour pouvoir attirer des touristes et doper sa croissance. Il ne faut pas se voiler la face, l'explication économique des malaises sociaux n'est pas suffisante, mais la croissance guérirait bien des bobos de la société française.
La clé est dans une cohésion toujours plus prononcée des Etats membre de l'UE, mais aussi dans l'investissement massif de ces Etats dans la R&D. L'innovation est source de croissance et d'attractivité, elle est le fruit de la Recherche et de l'investissement. Et c'est bien par là que le bas blesse! Quand est-ce que les gouvernements et les grandes entreprises auront compris que c'est en investissant dans la recherche et non en réduisant ses coûts qu'on produira de la croissance pour l'avenir. Cessons de sacrifier la croissance et la production à venir par des aménagements à la marge, des réformettes, des économies de bouts de chandelle pour préserver quelques secteurs inévitablement en crise! Investir dans la recherche, dans la formation, dans l'éducation implique de faire des choix, de prendre l'argent ailleurs. A nos dirigeant de faire ces choix, à nous, citoyens-électeurs de les évaluer!

jeudi, décembre 16, 2004

Le cyberpillage doit-il être puni par la justice?

article : Un internaute jugé pour avoir téléchargé de la musique illégalement
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-391056,0.html

Les maisons de disque doivent éprouver une satisfaction certaine à voir étalés dans la presse les déboires judiciaires d'Alexis, cet enseignant en Lettres de 28 ans poursuivi pour avoir partagé des fichiers musicaux sur Internet. Les sondages effectués par le CSA montrent au contraire qu'une majorité de français se prononce contre les sanctions à l’encontre des individus reconnus coupables de piratage. Dans la tranche 18/24 ans, c'est même plus des 3/4 des personnes interrogées qui y sont opposées. Que celui qui n'a jamais téléchargé lui jette la première pierre! semblent bien se dire les personnes sondées.
Comment analyser les résultats d'un tel sondage qui, si la justice émanait réellement du peuple, acquitteraient largement les auteurs de piratage? La première explication vient sans aucun doute du fait que beaucoup se sentent concernés par de tels procès. Soyons raisonnables, à quoi est donc dû le succès d'Internet à Très au débit? Quel est son avantage sinon d'accélérer les téléchargements? Qui veut croire que ce sont les téléchargements payants qui expliquent le succès de l'Adsl? Comment expliquer par ailleurs les records de vente des graveurs de CD, de DVD et de supports vierges? C’est de la copie d'oeuvres achetées individuellement?... Quelle langue de bois, quel mensonge, personne n’y croit!
Les explications fournies par les sondés eux mêmes ressemblent plutôt à du "politiquement correct" pour masquer cette première explication. On trouve en bataille: le prix trop élevé des CD et DVD (pourtant il a bien baissé), le coût trop élevé des téléchargements payants (mais c'est vrai que par rapport au gratis, le quasi gratuit c'est toujours trop cher!), l'accès parfois difficile à certaines oeuvres, l'égalité d'accès à l'art (subtile explication: il n'y a pas de raison que les seuls personnes qui ont les moyens d'acheter des CD puissent en profiter, la Mule serait donc un animal révolutionnaire, le Robin des bois de la musique!), et puis comme se dit sans aucun doute n’importe quel Barbe noire du Net, ces gens du show Biz ont déjà bien assez d'argent comme ça!
Bref, plein de raisons différentes pour expliquer qu'on préfèrera toujours le gratuit au payant, même si c'est illégal, tant qu'on ne court pas trop de danger et que notre anonymat est préservé!
Voilà une attitude que cherchent à combattre les maisons de disques et les artistes. Ils ont raison, leur travail, surtout quand il est de qualité, mérite salaire. Mais le bon choix n'est pas de punir au hasard, de faire des procès pour l'exemple qui sont injustes même si partiellement efficace. Pourquoi se pauvre prof. - qui verra sans doute sa légitimité et son autorité contestées pour l'exercice de ses fonctions - paierait pour tous? Surtout une telle peine ! La confiscation du matériel informatique et l’interdiction d’accès à Internet sembleraient une peine suffisante.
Bon d'accord les procès ça fait peur, mais il y a d'autres solutions. On se bouge pour accroître et diminuer le coût du téléchargement payant, c'est bien, on se paie sur la vente des graveurs et des supports vierges, nickel. Mais il faut que celui qui télécharge gratuitement sente qu'il perd quelque chose, le payant doit être meilleur que le gratuit. Pour choisir de payer, le consommateur doit y trouver des avantages (rapidité et sûreté du téléchargement, qualité du son XXL, avant premières, fidélisation,...). Nourrir les logiciels P2P de fausses références (fake) est de bonne guerre, écoeuré par le téléchargement successif de fake, l'internaute finira peut-être par préférer débourser 50cts pour acheter une version de très bonne qualité.
La technologie devrait rendre possible beaucoup d'autres alternatives qui doivent être préférées à ce genre de procès injustes qui suscitent la crainte (on sait combien la peur du gendarme est efficace) mais n'ont pas l'appui des citoyens, ni même souvent celui des artistes eux-mêmes. Combattre le piratage pourquoi pas, mais alors en le faisant devenir un "pire ratage", en le décourageant par la technique et l'innovation. Pourquoi la fraude serait toujours la plus habile?

mercredi, décembre 15, 2004

La question turque : l'Europe de tous les défis!

article : L'Europe est prête à ouvrir ses portes à la Turquie
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-390835,0.html

Le débat sur l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne divise largement l'opinion publique des Etats-membres. Mais un tel débat est-il encore légitime aujourd'hui? Nos dirigeants ne se sont-ils pas liés les mains en promettant toujours plus à chaque fois qu'ils repoussaient l’ouverture de négociations d’adhésion avec la Turquie? Un refus est-il encore possible, est-ce réaliste de l'envisager?
Malgré les propos qui se veulent rassurant de la part de la classe politique, malgré ce que voudra bien nous faire croire le président de la République, malgré l'opposition d'une majorité de la population et de la classe politique en France, il est aujourd'hui difficile d'imaginer un refus à l'adhésion de la Turquie.
Pourquoi? Parce que du temps - beaucoup trop - a passé depuis la première promesse faite à la Turquie en 1963 et plusieurs fois réitérée depuis. Parce que des exigences toujours plus nombreuses en ce qui concerne les droits de l'homme, la stabilité du pouvoir politique et les performances économiques ont été posées par l'UE comme des conditions sine qua non à l'ouverture de négociations d'adhésion et que ces exigences ont toutes fait l'objet d'efforts sensibles de la part de la Turquie. Parce que la loyauté diplomatique, les intérêts géostratégiques et économiques dans la région plaident en faveur d'une très bonne entente avec la Turquie qu'un non refroidirait à notre égard et rapprocherait des Etats-Unis. Enfin tout simplement parce que la quasi totalité des dirigeants européens sont favorables à cette adhésion - même la Grèce - que l'on aurait pu supposer hostile, et qu'aucun n'envisage d'utiliser son veto sur le sujet.
Le débat est sain, bien beau, et utile pour l'expression de toutes les opinions, mais il n'aura aucun impact sur le processus d'amarrage de la Turquie à l'Union, qui aboutira inévitablement à son adhésion. Ce débat, ouvert depuis quelques temps déjà, n'est pas dépourvu de relents polémiques. S’il est difficile d’imaginer qu’il aura des conséquences sur le processus en cours, il pourrait en revanche avoir des effets pervers sur le référendum constitutionnel du printemps 2005. Le non à la Constitution pouvant éventuellement rassembler un non à l'Europe en général, un non à l'ultralibéralisme et aux délocalisations, un non à Chiraffarin, mais aussi, et plus largement peut-être, un non à la Turquie.
Ce "non" à la Turquie se fonde sur plusieurs craintes : celle de l'afflux d'une population nombreuse en quête de travail, celle de la montée de l'islam en Europe et des « chocs de civilisation » que ce la peut entraîner, celle de la diminution des aides en faveur de ceux qui en bénéficient aujourd'hui pour alimenter le "gouffre turc", celle de l'explosion institutionnelle de l'UE et de sa transformation en simple zone de libre-échange, celle de la proximité des zones à conflit, Irak, Syrie,... Ces craintes, elles sont agitées aujourd'hui par des politiciens qui, de le Pen à Fabius, se placent en partisans d'un non, plus que jamais hypothétique aujourd'hui.
Ces idées, largement répandues dans l'imaginaire des populations européennes, ne sont pas sans fondement. Pourtant si l'Europe depuis 45 a fait face à de nombreux défis, pourquoi ne relèverait-elle pas celui-ci?
C'est un défi économique aussi important que l'élargissement à l'Est dans son intégralité (ce qui suppose que l'on laisse à l'Union le temps de souffler un peu). C'est un défi institutionnel certain(vu la taille de sa population, la Turquie aurait, dans le système actuel le plus grand nombre de députés au parlement de Strasbourg et cela impliquerait d'autre part de réformer les Fonds structurels). C'est un défi politique sans précédent depuis 1951(celui d'intégrer une forte population musulmane dans un ensemble aux racines chrétiennes mais où la population musulmane est toutefois nombreuse). C'est enfin un défi stratégique très clair (celui de repousser les frontières de l'Europe pour venir les amener au corps du moyen orient). Ce dernier défi est un argument de poids, peut-être même le plus fort en faveur d'une adhésion de la Turquie. Rapprochons nous du monde musulman par un geste fort. En ingérant les tensions, l'Union a le don de les effacer. N'était-ce pas là son principal objectif en 1951 quand il s'agissait de rendre impossible toute guerre entre l'Allemagne et la France? Hier les Allemands étaient des monstres, trop différents de nous. Ils avaient décimé et torturé une partie de notre population, occupé nos villes, violés nos femmes,... Aujourd'hui ce sont des frères, et même des frères jumeaux, quasi siamois! Ça a dû être dur à accepter pour les victimes de la guerre en 1951... Serait-ce un pas plus difficile à faire aujourd'hui envers un peuple contre qui on a aucun grief en particulier, envers un pays où l'on va en touriste, et avec qui l'on traite en ami?