L'alarme sociale pour sauver le droit de grève
Pressées par la menace d'une loi limitant le droit de grève et par l’exaspération montante chez les usagers, la direction de la Sncf et les organisations syndicales ont décidé d'intégrer la "sonnette d'alarme" à leur processus habituel de négociation. Le protocole, ébauché dès 1997, a donc obtenu le soutien de la majorité des représentants des salariés, soucieux de montrer des signes de bonne volonté à l'heure où le gouvernement et une partie des députés planchent sur l'instauration d'un service minimum dans les transports. C'est donc après plusieurs années de négociations qu'un accord de principe a été signé par les syndicats. Ceux-ci, moins prompt que les dirigeants de la Sncf et le gouvernement à se féliciter de cette « avancée décisive » pour les relations sociales au sein de l'entreprise publique, se sont empressés de prévenir que "tout abus sera puni": en cas de passage en force du gouvernement et des députés libéraux pour imposer une limitation du droit constitutionnel de grève, ce protocole saurait être remis en cause.
La RATP est souvent citée en exemple pour avoir expérimenté avec succès ce principe "d'alarme sociale". Signé depuis 1996, le protocole y a permis de diviser par trois le nombre des grèves et donc de faciliter les relations sociales au sein de l'entreprise. Il s'agit en fait d'inverser la chronologie habituelle des rapports de force patronat/syndicats. Traditionnellement, c’est du conflit, de la manifestation bruyante des intérêts et des revendications, que naît la concertation entre les parties pour trouver une solution au blocage. En privilégiant la négociation préalable nourrie par un exposé des arguments et des revendications des syndicats, dont le motif est "susceptible de devenir conflictuel", la direction et les organisations de salariés peuvent préserver à plus long terme la paix sociale dans l'entreprise, au profit des employés comme des usagers excédés par le nombre de grèves et le manque d'information en cas de perturbation. Ce dispositif de "veille sociale" est susceptible de garantir des rapports pacifiés dans l'entreprise qui seront profitables aux revendications des cheminots et qui permettront à la direction de gérer en amont l'organisation des transports en cas de grève imminente.
"Historique et prometteur" selon le ministre des transports, ce type de protocole pourrait bien constituer la base d'une nouvelle perception des rapports de force et des relations sociales dans l'entreprise. Plus convaincante et conciliante que la loi qui impose, l'"alarme sociale"relève d'avantage du contrat négocié et communément accepté. L'avenir et l'expérimentation de ce processus à la Sncf diront si un tel instrument est réellement efficace et susceptible à la fois de contenter les salariés, la direction, les usagers et leurs représentants élus les plus libéraux. Il en est des relations sociales comme de la délinquance ou de certaines maladies:
