vendredi, octobre 29, 2004

L'alarme sociale pour sauver le droit de grève

article:Union syndicale pour prévenir les conflits à la SNCF
"Actionner la sonnette d'alarme en cas de danger". A cette indication que l'on peut lire dans la plupart des trains, s'adjoint toujours la menace: "tout abus sera puni", de quoi éviter les utilisations malveillantes du système de sécurité.
Pressées par la menace d'une loi limitant le droit de grève et par l’exaspération montante chez les usagers, la direction de la Sncf et les organisations syndicales ont décidé d'intégrer la "sonnette d'alarme" à leur processus habituel de négociation. Le protocole, ébauché dès 1997, a donc obtenu le soutien de la majorité des représentants des salariés, soucieux de montrer des signes de bonne volonté à l'heure où le gouvernement et une partie des députés planchent sur l'instauration d'un service minimum dans les transports. C'est donc après plusieurs années de négociations qu'un accord de principe a été signé par les syndicats. Ceux-ci, moins prompt que les dirigeants de la Sncf et le gouvernement à se féliciter de cette « avancée décisive » pour les relations sociales au sein de l'entreprise publique, se sont empressés de prévenir que "tout abus sera puni": en cas de passage en force du gouvernement et des députés libéraux pour imposer une limitation du droit constitutionnel de grève, ce protocole saurait être remis en cause.
La RATP est souvent citée en exemple pour avoir expérimenté avec succès ce principe "d'alarme sociale". Signé depuis 1996, le protocole y a permis de diviser par trois le nombre des grèves et donc de faciliter les relations sociales au sein de l'entreprise. Il s'agit en fait d'inverser la chronologie habituelle des rapports de force patronat/syndicats. Traditionnellement, c’est du conflit, de la manifestation bruyante des intérêts et des revendications, que naît la concertation entre les parties pour trouver une solution au blocage. En privilégiant la négociation préalable nourrie par un exposé des arguments et des revendications des syndicats, dont le motif est "susceptible de devenir conflictuel", la direction et les organisations de salariés peuvent préserver à plus long terme la paix sociale dans l'entreprise, au profit des employés comme des usagers excédés par le nombre de grèves et le manque d'information en cas de perturbation. Ce dispositif de "veille sociale" est susceptible de garantir des rapports pacifiés dans l'entreprise qui seront profitables aux revendications des cheminots et qui permettront à la direction de gérer en amont l'organisation des transports en cas de grève imminente.
"Historique et prometteur" selon le ministre des transports, ce type de protocole pourrait bien constituer la base d'une nouvelle perception des rapports de force et des relations sociales dans l'entreprise. Plus convaincante et conciliante que la loi qui impose, l'"alarme sociale"relève d'avantage du contrat négocié et communément accepté. L'avenir et l'expérimentation de ce processus à la Sncf diront si un tel instrument est réellement efficace et susceptible à la fois de contenter les salariés, la direction, les usagers et leurs représentants élus les plus libéraux. Il en est des relations sociales comme de la délinquance ou de certaines maladies:
mieux vaut prévenir que guérir...

jeudi, octobre 28, 2004

La Commission européenne : une crise salutaire

article: L'UE soulagée par la décision de José Manuel Durao Barroso
source: http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-384788,0.html

L'affaire Buttiglione et l'abandon du schéma initial prévu pour la future Commission européenne constituent bel et bien une crise sans précédent au sommet de la direction de l'UE. Mais plus que tout autre, cette crise a clairement un caractère salutaire pour l'Union en voie de se donner une Constitution. Sous la pression des parlementaires européens, le futur président de la Commission européenne a donc choisi de reporter à plus tard l'investiture de son équipe qu'il compte modifier à la marge. Ce choix a été applaudi par l'ensemble des Etats membres, même ceux, justement, dont les candidats à la Commission sont mis en cause. Barroso a bien compris que la légitimité de la future Commission européenne dépendra d'un large soutien du parlement. Romano Prodi s'est trop souvent heurté aux députés de Strasbourg, pour qu'aujourd'hui la Commission se contente du faible soutien d'une partie du parlement à laquelle s'adjoindraient de surcroît les suffrage si peu respectables des représentants "nationalistes et eurosceptiques".
Cette crise promet d'être salutaire pour l'image de l'Europe, pour les institutions européennes dans leur ensemble et pour la Commission en particulier.
L'image de l'Europe, si elle pâtira forcément des effets de cette crise institutionnelle (affaiblissement de son exécutif), en ressortira grandie auprès des citoyens et des média. L'épouvantail du déficit démocratique s'éloigne au profit de l'accroissement des pouvoirs et de l'influence acquis par les représentants élus au suffrage universel. D'autre part, l'affaire Buttiglione renforce l'idée que l'Europe, bien plus que les Etats nationaux, dispose d'une direction commune forcément tolérante et respectueuse des minorités, une direction dont le discours doit perdre les accents et habitudes nationaux pour pouvoir être entendu et accepté dans tous les Etats membres. Ni représentants d'un parti, ni représentants d'un pays, les Commissaires ne sont pas les promoteurs d'intérêts particuliers, mais doivent se prononcer au nom de l'intérêt général de la communauté.
Les rapports entre les institutions européennes en sortiront eux aussi modifiés. Comme le soulignait le président du groupe socialiste au Parlement européen, les eurodéputés peuvent prendre toute la mesure de leurs pouvoirs et de leur influence au sein du"triangle institutionnel européen". Depuis Maastricht, les rapports de pouvoir ont fortement évolué au profit du Parlement européen, seule institution soumise au suffrage universel. L'évolution de ces rapports était censée pallier le déficit démocratique de l'Union. Aujourd'hui, on constate que les représentants élus ont concrètement leur mot à dire sur la direction des affaires européennes.
La Commission profitera elle aussi des effets positifs de cette crise. Si elle est remodelée et bénéficie d'un large soutien du parlement, elle aura les coudées plus franches que l'équipe précédente. D'autre part, se montrant ouvert à la négociation et à l'écoute des arguments du parlement (du moins à partir d'hier), le futur président Barroso va donner l'image d'une Commission moins figée et rigide qui saura plaire aux média et à l'opinion.
Pour çà, il faudra faire des concessions, accepter de se séparer de certaines candidatures visiblement trop polémiques afin de constituer une équipe sûre, efficace, ni neutre ni trop politisée qui saura bénéficier d'une légitimité suffisante pour agir dans l'intérêts de tous les européens.

mercredi, octobre 27, 2004

La France et la question turque : diplomatie ou démocratie ?

article: Paris et Berlin soutiendront la candidature turque à l'UE
source: http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-384566,0.html

La rencontre à Berlin entre Chirac, Schröder et Erdogan a révélé une fois de plus la primauté que le président de la république française accorde à la diplomatie sur la démocratie et les droits de l’homme. On peut dire, sur ce plan, que la diplomatie française marche bien, surtout quand il y a une poignée d’Airbus à la clef ! Et sur ce sujet, pas possible d’appliquer l’adage « une fois n’est pas coutume ». En effet, après avoir fait de gentilles courbettes au président (dictateur ?) de la république populaire de Chine sans évoquer les milliers de peines capitales exécutées chaque année, après avoir affirmé que la Tunisie était un pays respectant parfaitement les libertés fondamentales et les droits de l’homme, après avoir pris plusieurs déjeuners confortables à Moscou sans évoquer clairement le cas tchétchène, le principal représentant des français a assuré le premier ministre turc – qui venait de signer pour quelques Airbus - d’un soutien inconditionnel à la candidature turque. Ne nous méprenons pourtant pas, mon propos n’est pas de mettre la Turquie sur le même plan que la Chine ou la Russie (malgré les condamnations récurrentes de Reporters sans frontières et d’Amnesty international) en ce qui concerne les droits de l’homme, mais c’est bien de la France que je veux parler ici.
Que le président prenne, en France, une position personnelle en faveur de la candidature turque à l’UE dans le débat qui s’est ouvert, soit, mais que, du haut de sa position officielle, il engage la France est autre chose ! Une semaine à peine après un débat à l’Assemblée nationale qui a montré combien les parlementaires français étaient réticents à ce sujet, le président, au mépris de la représentation nationale et même de son premier ministre et de son parti politique, se déclare convaincu des conclusions du Conseil européen. Il est clair que bien des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE sont favorables à la candidature turque et voteront probablement en sa faveur en décembre prochain. Pourtant, ce n’est pas faire honneur à la démocratie française et c’est bien amplifier encore la perception d’un déficit démocratique en Europe que de préjuger de ce sommet et du succès des revendications turques alors que l’opinion publique française et européenne est fortement partagée sur le sujet. Il semble judicieux de pasticher ici un vieil adage :

« La diplomatie – le portefeuille – a ses raisons que la démocratie ne connaît pas »

mardi, octobre 26, 2004

La gauche et l'héritage de 68

articles: Au Parti socialiste, un rapport remet en cause l'"héritage" de Mai 68
& M. Hollande mesuré sur la remise en cause de l'"héritage" de 1968
sources: http://www.lemonde.fr/web/recherche_articleweb/1,13-0,36-383983,0.html
& http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-384341,0.html

En pleine refondation, le parti socialiste réunissait le week-end dernier un colloque afin de donner le coup d'envoi officiel de la réflexion sur le projet pour 2007. Tiraillé en son sein par des luttes de personnes et d'idées qui se sont cristallisées ces dernières semaines au sujet de la Constitution européenne, le PS n'a pas eu, jusque là, le loisir de profiter de l'élan donné par ses derniers succès électoraux pour affiner un projet stable. A deux ans et demie des prochaines élections législatives et présidentielles, un tel programme solide et clairement ancré à gauche pourrait enfin faire oublier définitivement le cauchemar du 21 avril 2002 dont certains n'ont jamais fini de faire le bilan.
De telles rencontres au sein d'un parti sont toujours riches en discussions et reflètent les courants d'idées les plus divers au coeur d'une même famille politique. A l'occasion de ce colloque, un rapport a été remis à la direction du PS afin d'engager la discussion sur l'héritage de mai 68. Quelle position la gauche française (du moins son représentant majoritaire) doit-elle adopter sur cet évènement fondateur de son idéologie et précurseur de son arrivée au pouvoir un peu plus de dix ans plus tard? Fortement impliquée dans les évènements de 68, la gauche n'a cessé de faire bilan sur bilan au sujet de la révolution culturelle née des barricades. Le vent anarchiste et libertaire a cessé depuis longtemps de souffler sur les cadres du parti, bien moins prompts à crier "élections pièges à cons" ou "interdit d'interdire". Prise de cours sur le thème de la sécurité lors de la campagne 2002 (moins d'un an après les attentats de New York), la gauche ne pouvait plus se permettre de clamer "CRS SS" et beaucoup d'élus socialistes se sont décidés à Lyon, à Grenoble, comme dans d'autres municipalités à recourir à la vidéosurveillance des rues et à prendre des arrêtés anti-mendicité. La confiance d'une bonne partie des électeurs était à ce prix. Mais aujourd'hui, c'est la révolution des moeurs et la philosophie de la libération (sexuelle, scolaire, familiale) qui sont remis en cause. Personne, et surtout pas François Hollande, n'est prêt à renier les acquis de cette période en terme d'amélioration de la condition féminine, d'évolution des mentalités, de changements de comportement au sein des familles et dans la société (reconnaissance des revendications de la jeunesse...).
Pourtant, aujourd'hui l'inventaire doit bel et bien être fait. Certains se mordent les doigts sur les dérapages de 68 (cf. Cohn-Bendit et sa braguette), d'autres veulent en dénoncer clairement les abus sans pour autant être taxés de réactionnaires. A une société cadrée par des repères, des valeurs, des racines en tout genre (religieuses, familiales, partisanes, syndicales...) a succédé une société de zappeurs déracinés. Personne ne s'engage plus pour défendre son opinion, les grèves ne font plus recette et syndicats et partis politiques ne cessent de déplorer la dégringolade des effectifs militants, tout comme les églises pleurent leurs fidèles et leurs vocations. Toute mobilisation citoyenne est le fruit d'un électrochoc: 21 avril 2002, guerre en Irak, réforme des retraites, sans que cela endigue durablement la baisse de l'engagement personnel. La perte des repères se manifeste encore par l'attitude de l'enfant et de l'adolescent en famille ou à l'école. L'enfant roi dont les volontés sont des ordres pour ses parents, devient l'élève roi que l'enseignant doit satisfaire s'il ne veut pas être rappelé à l'ordre par sa hiérarchie, être insulté par les parents ou, au pire être menacé au couteau.
Cette perte des repères est nécessairement compensée par une hausse de l'interdit. Elle n'est donc pas toujours garante de la liberté d'action: on est obligé aujourd'hui d'interdire les signes religieux à l'école...
Le tableau n’est pourtant pas noir, l’engagement associatif présente des statistiques très encourageantes et on a vu, depuis 2002, repartir la participation électorale (sauf pour les élections européennes évidemment…)
Pour terminer, il ne faut pas que la gauche, qui "doit beaucoup à 68" ne se change en "père fouettard" selon François Hollande, pourtant "sans être un réactionnaire patenté, écrit M. Baumel, l'auteur du rapport, on peut sans grand danger émettre l'hypothèse que les nouvelles libertés personnelles dont ont pu bénéficier les hommes et les femmes de la génération 68, les possibilités qu'ils se sont données de s'évader des modèles familiaux plus traditionnels, n'ont pas eu que des effets entièrement positifs sur la structuration identitaire et psychologique de leurs enfants."

lundi, octobre 25, 2004

La France des intellectuels et la justice

article : M. Raffarin a signé le décret d'extradition de Cesare Battisti
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-384254,0.html

Le cas Battisti aura fait couler beaucoup d'encre. Après des activités terroristes présumées (du côté français) ou avérées (selon la justice italienne) qui lui ont valu la prison à perpétuité, après une évasion, dix ans de cavale au Mexique, un peu plus de dix ans de vie "normale" à Paris, et deux mois de cavale en France, voilà l'ancien activiste italien Cesare Battisti sous le coup d'une procédure d'extradition vers l'Italie afin d'y purger sa peine.
Une telle mesure provoque la colère des "intellectuels" et d'une partie de la classe politique française. Mais tout ce tapage est-il justifié? M. Battisti a t’il droit à un traitement de faveur en vertu de sa production littéraire? Il est clair que la renommée de cette "affaire" est due aux succès de librairie de cet auteur de romans noirs, qui a su se constituer des réseaux de fidèles influents. On peut se demander en revanche si le cas d'un ex-terroriste lambda, devenu épicier à Rungis aurait suscité pareille mobilisation. Est-ce juste, envers l'Italie (dont la classe politique réclame unanimement l'extradition) de laisser circuler librement un condamné à perpétuité? Est-ce juste envers les familles et les proches des victimes des années de plomb de protéger la liberté d'un commanditaire d'attentats, voire d'un assassin? Est-ce tolérable pour les condamnés français et italiens d'entendre que certains de leurs anciens camarades qui ont réussi à s'évader peuvent aujourd'hui vivre en paix sans être inquiétés par la justice?
Bien sûr il faut respecter la parole donnée, savoir pardonner aux condamnés qui ont su se racheter une conduite, mais alors que ce soit pareil pour tous. Les intellectuels français ont beau protester, ils ne peuvent se déclarer plus compétents que les juges d'instruction italiens au sujets de ces années de plomb. En France, tout le monde serait prêt à soutenir les victimes d'actes terroristes dont les organisateurs couleraient des jours paisibles à l’étranger. Personne ne s'opposerait à l'extradition d'un évadé des prisons françaises.
Au nom de la justice (au moins du droit positif), mais aussi au nom de l'entente européenne, le gouvernement français ne pouvait s'opposer à cette extradition. Intellectuel ou non, tout condamné selon les principes des Droits de l'homme doit purger sa peine aussi illégitime qu'elle puisse lui paraître. C'est la base du droit et de la justice, c'est aussi un principe d'égalité entre les citoyens et face à la justice.

vendredi, octobre 22, 2004

Do you speak anglais?

article:Faut-il rendre l'apprentissage de l'anglais obligatoire dès le CE2 ?
source:http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3226,36-383817,0.html

En France, tout bon sujet est matière à débat. Même quand une idée est largement répandue dans la société, il faut toujours que certains fassent valoir leur opposition et leur marginalité en adoptant des positions qui vont contre toute logique. La question de l'apprentissage de l'anglais est encore un de ces faux débats dont on devrait se passer pour le bien des futurs écoliers. Pourquoi s'offusquer de l'apprentissage de l'anglais à l'école? Parce que ce n'est qu'une langue parmi d'autres? Parce que les Allemands sont quand même plus gentils? Parce que la diversité linguistique est une richesse?
Que d'arguments creux! Leurs défenseurs, dont les arguments sont déclinés dans l'article, ne semblent pas connaître les relations interpersonnelles à l'étranger. Ils ne semblent pas connaître les concours du supérieur qui rendent obligatoire la connaissance de l'anglais, voire le passage du TOEFEL. Ils ne semblent pas connaître Internet et ses milliards de pages écrites en une seule langue (et ce n’est pas du corse ou du breton!!) On dirait qu'ils n'ont jamais essayé de parler avec un russe ou un japonais, de boire un verre avec une suédoise, ou une hongroise qui ne connaissent pas le français. Quelle liberté de parler parfaitement l'anglais, ou, au moins, de se faire comprendre partout dans le monde grâce à cet "outil" de communication. D'accord on aime pas trop les Rosbeef et faut pas qu'ils se croient les maîtres, mais arrêtons de nous voiler la face: l'espagnol et encore moins l'allemand, ne sont prêts de devenir la nouvelle linga franca!
Ah il sait de quoi il parle le président de la République quand il défend la "diversité culturelle" contre l'apprentissage de l'anglais, lui qui ne s'exprime que dans cette langue une fois passées les frontières de l'hexagone!
Il ne faut pourtant pas dénigrer les autres langues, bien au contraire. Mais force est de constater que l'apprentissage d'une troisième ou même d'une quatrième langue (qu'elle soit régionale, nationale, morte ou vivante) est plus aisé quand on en maîtrise déjà deux. Qui n'a pas rêvé, devant un article à lire ou devant une page web du New York Times, d'avoir été élevé dans une famille binationale?
Apprenons l'espagnol pour l'Amérique, l'allemand pour l'Europe, le mandarin et le japonais pour l'Asie, mais ne snobons pas l'anglais dont les mécanismes doivent être maîtrisés dès l'enfance pour garantir l'aisance future.
Que ceux qui n'utilisent jamais l'anglais à l'étranger lui jettent la première pierre!

jeudi, octobre 21, 2004

Du lobbysme catholique

article: Le Vatican s'inquiète de ne devenir qu'un groupe de pression parmi d'autres en Europe
source: http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-383670,0.html

Le cas Buttiglione fait décidément beaucoup de bruit, au risque d'entacher la réputation et d'atteindre à la légitimité de la future Commission européenne. Cette mini "crise" méritait bien les différents développements que lui a consacrés la presse, dans la mesure où elle soulève à la fois un problème institutionnnel - quel est le pouvoir du Parlement dans l'actuelle UE? - et un problème identitaire - les valeurs chrétiennes de l'Europe et le rôle de l'Eglise dans cet espace de plus en plus sécularisé.
Intéressons nous plus particulièrement à ce second point. Conseiller du pape, M. Buttiglione s'apprête à devenir le commissaire des Libertés civiles, de la Justice et des Affaires intérieures de la nouvelle Commission Barroso. Son discours religieux traditionnel et notamment ses propos sur l'homosexualité ont été fortement dénoncés par les parlementaires européens lors de son audition. Dès lors, la question qui se pose est la suivante: peut-on réellement affirmer des convictions et des croyances personnelles sans que cela influe sur la politique menée? Il est fortement permis d'en douter.
Constamment brocardé pour ses positions éthiques et morales, le Vatican croit bien être la cible première visée par l'affaire du commissaire italien. Dans une Europe fortement concernée par les problèmes de laïcité et la sécularisation d'une société (baisse de la fréquentation des églises, chute des effectifs des séminaires, changement des modes de vie...) qui devient de plus en plus hermétique à la morale catholique. Ayant longtemps dicté à des millions de fidèles la marche à suivre pour la conduite des affaires publiques comme de la vie privée, le Vatican pouvait discuter d'égal à égal avec les Etats européens, souvent prompt à suivre ses recommandations de bon sens. Aujourd'hui la balance s'est inversée, le pape continue à donner des recommandations (prises de positions contre la guerre, pour l'inscription de l'origine chrétienne de l'Europe,...) sans influencer de manière déterminante les politiques menées. Berlusconi s'indigne qu'on rejette le commissaire aux convictions un peu trop prononcées et prend la défense du Vatican dont il n'avait pas voulu entendre la position sur l'Irak.
Entre les lobbies homosexuels et paysans, le Vatican doit-il devenir un groupe d'intérêts soucieux de faire entendre une voix parmi d'autres?

mercredi, octobre 20, 2004

L'obésité de l'Etat : le régime Camdessus

article:Le diagnostic de M. Camdessus : "L'économie française décroche"
source: http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-383555,0.html


A 71 ans, Michel Camdessus est ancien directeur général du Fonds monétaire international et gouverneur honoraire de la Banque de France. Entouré d'une vingtaine de personnalités de tous horizons (d'Emmaüs à AXA en passant par la CGT), il a remis au ministre des finances un rapport intitulé Le Sursaut, vers une nouvelle croissance pour la France.
On constate aujourd'hui l'impact médiatique des discours alarmistes: Baverez avait sorti un best seller, Camdessus rempile avec ce rapport qui résonne déjà dans la bouche de la plupart de nos politiciens. Tout va de mal en pis, c'est ce qu'on nous annonce depuis toujours, on va assister à un krach, on court à la perte, on ne va pas pouvoir tenir comme ça des années... Et ce sera pour qui toutes ces festivités réjouissantes? Pour les jeunes bien sûr, pour les générations de demain, les pauvres! Ces discours, censés alimenter la réforme, n'ont pas forcément des propositions à faire pour améliorer le système.
Camdessus met néanmoins le doigt sur plusieurs points intéressants. S'il ne propose pas vraiment de remède à proprement parler- je précise que je ne suis pas en possession dudit rapport - au moins tente t’il de faire un diagnostic du mal.
Un symptôme significatif, qui a attiré mon attention est l'inefficacité de la sphère publique. Avec 54,7% du Pib, les dépenses publiques atteignent des proportions indécentes. Les emplois budgétaires 2004 à peine tirés, on constate la voracité de l'Etat et de son administration.
Si la gourmandise est un vilain défaut, elle n'est pas un gage d'efficacité, au contraire. M. Camdessus plaide donc pour un gouvernement restreint, "un Quinze de France" dans lequel le ministre chargé de la réforme de l'Etat aurait un rôle central. Si le gouvernement français prend exemple sur les performance de l'équipe nationale de rugby, pas de souci à se faire (à quand un calendrier de l'équipe gouvernementale?). Cette compression de l'Etat est un thème récurrent et c'est par les sommets qu'elle doit commencer. Jospin avait inscrit dans son programme 2002 la réduction des cabinets ministériels, chaque équipe gouvernementale promet d'être plus restreinte que la précédente, mais à chaque fois le nombre des ministres est plus important. Pour quelle cohérence et pour quelle efficacité?
La Suisse compte en tout et pour tout 7 ministres dans son gouvernement. L'Etat est-il malmené ou faible pour autant? Non, mais l'administration y joue un rôle important, ce qui est aussi le cas en France. Fusionner des ministères et des compétences n'est par pour plaire à tout le monde et Dieu sait si l'administration française a du mal à se réformer. Il n'empêche qu'avant de demander au contribuable de serrer la ceinture, l'Etat ferait bien de réduire son train de vie et de préférer efficacité et rapidité, à habitude et procédure!
Selon un vieux proverbe chinois:

Mieux vaut une petite (administration) travailleuse qu'une grosse paresseuse.

Le Fabius nouveau!

spéciale dédicace à Samuel
article:Laurent le mal-aimé
Fabius a tout pour plaire, il dispose de l'"intelligence supérieure" et des diplômes exceptionnels qui, jusqu'à aujourd'hui, gratifiaient leurs détenteurs d'un certain crédit, d'un perstige et d'une vraie admiration de la part du Français moyen et du recruteur politique aguerri. Mais dans la société actuelle et dans celle à venir, ce type de notoriété est périmé.
Aujourd'hui, si tu veux faire un carton en politique sans passer par l'ENA, t'as toutes tes chances, il te suffit d'affirmer que tu aimes les produits du terroir, manger du bon pain et jouer au foot trankilou. Si tu peux ajouter à ces plaisirs simples un soupçon d'histoire de cœur avec une femme (voire un homme) célèbre, tu n'en seras que plus populaire! Ce pauvre Fabius a tenté de se conformer à cette société, de gommer ses qualités intellectuelles afin de mettre en valeur son côté humain en mangeant des carottes rapées et en portant des jeans (Boot cut?).
Echec de cette stratégie.
Evidemment s'il est dur d'être intelligent, et d'obtenir ces diplômes très sélectifs, il est encore plus difficile de devenir plus bête, de ne pas s'ennuyer devant star accadémy, de pouvoir parler avec enthousiasme de la dernière émission de Delarue sur les enfants qui maltraitent leurs parents.
On manque cruellement, en France, du diplôme du Bon populaire. On ne reçoit pas la plaquette de l'école des basses études populaires, de la prépa BEP!!! On y enseignerait les plaisirs faciles: les ficelles du cinéma à grand spectacle, les règles de loft story, les grands auteurs de la comédie musicale, l'histoire de la variété française, la gastronomie McDo et les règles du Foot télévisé (un canapé moelleux à une distance réglementaire du poste de télévision, un pack de Bière ED, qq cahouettes, deux trois camarades et c'est parti!), ou encore les slogans publicitaires à connaître par cœur (Mathilde et Philippe chez Leclerc)
Fini HEC, l'ENA, l'X, sur les bancs de l'Hémicyle! La nouvelle Assemblée nationale est télévisuelle: c'est steevy, Ardisson, Fogiel et autre Pernaud qui défendent le citoyen français!

L'idée générale

C'est lisant mon journal que ça m'est venu. Tiens, sympa cet article mais qu'est-ce que j'en pense au fond? et surtout qu'est-ce que j'en retiens?
La meilleure manière de retenir c'est d'écrire et la meilleure analyse c'est la discussion.
Donc voilà, c'est ici que je dis ce que je pense sur tel ou tel article. Le choix des sujets n'est que pur hasard (du moins, un hasard déterminé par mes intérêts personnels ou par quelquechose qui m'a "attrapé l'oeil" lors de son survol quotidien). J'invite tous les gens motivés à me contredire ou à proposer d'autres réflexions sur d'autres articles.
Je précise que je ne suis pas particulièrement un fin analyste, ni un grand penseur... Je reste donc modeste et tente de rester simple afin de ne pas exaspérer l'indulgence de mes éventuels lecteurs. Je vous invite donc à écrire dans la même ambiance, sans vouloir faire les papas, ni craindre de paraître pédant.
L'écriture commence quand on a surmonté la peur du ridicule. Il en est de même pour l'engagement personnel (pour défendre des opinions par exemple).
Au plaisir!