mardi, janvier 11, 2005

La politique est-elle un métier?

article : Les critiques de MM. Ferry et Mer, ex-ministres de la société civile
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-393641,0.html

Deux nouveaux livres apparaissent cette semaine en tête de gondole des librairies au rayon politique. Ces deux ouvrages émanent de personnalités bien différentes, un patron d’industrie et un philosophe dont le principal point commun est d'avoir fait partie du gouvernement Raffarin en tant que membre de la "société civile". Comme plusieurs de leurs collègues, MM. Mer et Ferry appartenaient à cette entité qu'on oppose à la "société politique" comme on oppose dans l'armée les civils et les militaires, comme on oppose dans la religion les clercs et les laïcs, comme on oppose en général les initiés et les amateurs. Ils devaient constituer l'innovation du Chirac nouveau, cru 2002 à 82,21% vol. Leur nomination était une réponse très médiatisée au coup de semonce du 21 avril qui a été interprété comme un ras-le-bol généralisé de la classe politique en place. Moins de deux ans plus tard, les relations souvent difficiles avec leur administration, leurs interlocuteurs et l'opposition politique, mais aussi avec leurs collègues du gouvernement et les élus de leur propre camp, ainsi que les échecs de la droite aux élections de 2004 ont contraint ces ministres à quitter leurs fonctions. L'interprétation des revers électoraux a conduit le Chef de l'Etat, sur proposition du Premier ministre, à nommer aux postes sensibles des "professionnels de la politique", c'est à dire des personnalités qui ont exercé un mandat électoral, disposent d'un réseau relationnel étendu, connaissent les codes de la rhétorique politique et sont des habitués du triptyque proposition, négociation, décision. Comme le pompier Lang était venu avec tout son art éteindre les flammes du pyromane Allègre, MM. Fillon, Sarkozy, Donnedieu de Vabres sont venus avec tout leur métier - mais aussi, ne l'oublions pas, avec de nouveaux moyens qui n'avaient pas été accordés à leurs prédécesseurs - panser les plaies ouvertes respectivement par MM. Ferry, Mer et Aillagon.

Ces changements ont semble-t-il apaisé la société civile (justement!). Que penser de ce constat? La politique est-elle donc affaire de métier? C'est à ces questions que tentent de répondre les ouvrages des ex-ministres. Il apparaît bien, malgré les méfiances de De Gaulle et des initiateurs de la Vè République vis à vis du monde politique et des partis, que l'idée de gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple doive concéder l'existence d'une profession de femme et d'homme politique réservant la direction des affaires publiques à une minorité de professionnels au cursus établi et similaire. Les professionnels de la politique, comme les boulangers, ont des écoles de formation (Sciences-PO, l'ENA) où on leur enseigne la rhétorique politique, l'art de la négociation et surtout où ils constituent un réseau de pairs et établissent des contacts durables. Ces professionnels ont leurs clubs, les partis politiques, comme d'autres ont leurs corporations, ils défendent des intérêts, ont des objectifs, rendent des comptes, ... ils leur arrive même de former des dynasties (les Delors, les Debré,...)

La politique semble malgré tout ne pouvoir se cantonner au métier. A mon avis, c'est bien plus que ça, c'est une vocation. Les femmes et les hommes politiques ont généralement exercé une autre profession, ils ont des spécialités différentes, certains (les élus locaux) ne peuvent vivre de leur mandat électoral. D'autre part, on peut avoir fait Sciences-PO, l'ENA et échouer durablement en politique. La vocation politique implique à la fois la passion, l'engagement, l'intérêt, les concessions à sa vie privée, mais aussi le charisme, la ténacité, la témérité, la solidité physique et morale. Plus que toute autre profession, la politique entraîne des choix personnels et publics, des rivalités, des responsabilités, qui méritent non seulement une préparation adéquate, mais surtout une confiance en soi et une solidité inébranlables.
Non seulement il faut être confiant en ses capacités, mais il faut savoir en convaincre les autres. C'est visiblement ce que ne sont pas parvenus à faire MM. Ferry et Mer. Est-ce par manque de conviction, de charisme ou par manque de métier, de réseaux, de soutiens?

lundi, janvier 10, 2005

Une fenêtre d'opportunité

article : La victoire de Mahmoud Abbas à la présidentielle palestinienne suscite l'espoir
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3218,36-393581,0.html

Élections démocratiques en Afghanistan, en Ukraine, en Palestine et, espérons-le en Irak ont "nourri" l'Histoire en faisant l'actualité de ces dernières années. La "fin de l'histoire" analysée par Francis Fukuyama serait-elle proche? Pour le philosophe américain, l’Histoire serait en voie de connaître son terme avec l'avènement de la Paix mondiale par la généralisation de la démocratie libérale et de l'économie de marché et la défaite de l'idéologie marxiste et des systèmes totalitaires. Cette thèse controversée devenait logiquement caduque après le 11-septembre, l'Histoire connaissant un sursaut à travers la nouvelle donne du "choc des civilisations", selon une hypothèse non moins célèbre émise par l'américain Samuel Hunttington. Les conflits qui faisaient "avancer" l'Histoire n'étant plus interétatiques, mais bien interreligieux, interculturels, interethniques. Ce n'est plus le bloc de l'Est contre le bloc de l'Ouest, c'est désormais le bloc arabo-musulman contre le bloc Americano-judeochrétien. Le Bloc des démocraties occidentales, des pays développés, contre le bloc des républiques islamiques et des pays qui les soutiennent. "Le Bien contre le Mal" selon la philosophie d'un grand penseur contemporain, les droits de l'homme contre la Charia, la démocratie libérale contre l'autoritarisme politique et religieux, la paix contre le terrorisme intégriste. Et la nouveauté de ce genre de conflits, c'est qu'il s'affiche non seulement à l'échelle des relations internationales et géostratégiques, mais aussi, de façon plus perverse, au sein des démocraties occidentales elles-mêmes.
La "résurrection de l'Histoire" qui se rend visible par cette nouvelle forme de guerre froide, la guerre froide du 21ème siècle, a pris pour symbole deux peuples, une région, et un territoire. Les relations tantôt glacées tantôt détendues entre États-unis et pays arabes semblent bien êtres soumises aux variations de température du thermomètre israélo-palestinien. Se cherchant des alliés, voulant flatter ses amis, Sadam le laïc n'a t'il pas fait preuve d'un soutien opportun à l'autorité palestinienne dénonçant les frustrations qui y étaient infligées par la coalition israélo-occidentale? Ne retrouve- t-on pas des propos similaires dans les messages diffusés par le groupe terroriste Al-Quaeda, ou bien dans les communiqués tchétchènes?
L'opposition israélo-palestinienne est une plaie qui saigne dans la plupart des sociétés occidentales où, comme en France, les actes antisémites se sont multipliés quand les discours d'islamistes radicaux ont su trouver un public attentif et dévoué.
Le succès de Mahmoud Abbas, un "modéré en costume civil", qui a gagné la bienveillance occidentale, vient juste après la composition en Israël d'un gouvernement d'union nationale incluant des ministres travaillistes - dont le prix Nobel de la paix Shimon Pères - et la décision de décoloniser la Bande de Gaza. Malgré toutes les réticences qu'inspirent les héritages, les habitudes prises, les positions tranchées dans les deux camps, il faut espérer que la fenêtre d'opportunité qui s'ouvre aujourd'hui au Moyen-Orient saura être mise à profit au nom de la paix. Le succès de ces élections en terme de participation et de sérénité du vote est de très bon augure. Pour Fukuyama, appuyé par des statistiques évidentes, la guerre est impossible entre deux démocraties libérales animées par une économie de marché, on se permet donc d’espérer…


dimanche, janvier 02, 2005

Bonne année (quand même!)

article : On a quand même bu du champagne aux Champs-Elysées
source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3208,36-392582,0.html
Non, je n'avais pas abandonné mon petit blog-note, ni oublié mes petits commentaires anodins sur l'actualité. Je l'avais laissé quelques jours au repos pour profiter comme il se doit de ces traditionnelles réjouissances de fin d'année aussi riches en amusements qu'en excès de toutes sortes!

Donc voilà, on est le 2 janvier et je me permets de souhaiter un joyeux Noël (fallait bien !) et une très bonne année à tous mes lecteurs (ne surestimons rien: à 3 ou 4 personnes donc!) venant du monde entier (là non plus, ne nous emballons pas et citons seulement la France, le Royaume Uni, la Suisse, et curieusement aussi Israël et la Russie, où Emyle doit avoir un sens particulier, je sais pas!).
En deux semaines, il y en aurait eu pourtant des évènements et des articles à commenter: de la libération des otages à la tragédie des tsunamis en Asie du Sud-Est, de l'assassinat de Pau à l'explosion de Mulhouse, de la victoire de Iouchtchenko en Ukraine aux voeux du président Chirac. Autant de sujets qui ont concerné tantôt douloureusement, tantôt heureusement de nombreuses femmes et de nombreux hommes et tenu en haleine journalistes et bloggeurs qui n'ont pas connu la trêve des confiseurs.
A Paris, sur les Champs-Élysées, la nuit de la St Sylvestre a été un succès, les centaines de milliers de personnes qui y étaient ont pu profiter d'un joli feu d'artifice semblable à celui de 2000 en l'honneur de la candidature de Paris aux JO de 2012. La joie était unanime et c'est bien normal. Sans ces quelques rubans de crêpe noire noués aux arbres de la plus belle avenue du monde, et sans les questions pernicieuses de quelques journalistes désireux d'enregistrer les réactions de passants innocents, tout le monde aurait oublié dans le champagne et l'éblouissement, la catastrophe asiatique. Est-ce mal? Je ne le pense pas. C'est bien d'éprouver de la compassion, c'est encore mieux et même nécessaire d'envoyer de l'argent (et les français le font très bien), ça ne sert à rien de se pourrir la fête et d'exhiber une affectation de façade alors qu'on est venu pour s'amuser! Que dire de ces réactions de passants du type : "je trouve cela quand même indécent de faire la fête, et un feu d'artifice quand on voit les populations qui souffrent!" ou bien "il aurait fallu annuler la manifestation pour marquer vraiment le coup" ou encore "le marketing a gagné". Quelle hypocrisie! Que font justement ces passants sur les Champs-Élysées? Ils sont sans doute venus exprimer leur solidarité!
C'est vrai que pour aider les populations gravement touchées par les tsunamis, il est très efficace de mettre des rubans noirs aux arbres et de faire la gueule le soir du réveillon! Ça doit leur redonner le moral!