lundi, novembre 22, 2004

Où l'on reparle du rapport de M. Camdessus...

article: Les députés ont fini d'examiner le budget 2005
source: http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-387841,0.html

"Obésité de l'Etat", titrais-je dans un précédent post à l'occasion de la publication du rapport de Michel Camdessus qui invitait l'économie française à un "sursaut". Rien ne semble plus approprié aujourd'hui pour commenter la clôture des débats et le vote du projet de loi de finances 2005. Le président de la république et le premier ministre ont eu tôt fait d'enterrer un texte qui réclamait un régime draconien de la dépense publique, d'autant plus qu'il devait devenir le "livre de chevet" du futur ex-ministre de l'économie, futur président honni du parti majoritaire. En effet, d'une part le Monde révélait vendredi dernier une hausse de 580% des dépenses de l'Elysée depuis l'arrivée de M. Chirac aux affaires et d'autre part la presse relatait l'affrontement sur les bancs de l'Assemblée entre le gouvernement et certains députés UMP qui refusaient de voter les crédits pour des Commissions de réflexions, groupes d'analyse de la société à l’utilité et à la légitimité douteuse, surtout en période de «vaches maigres» comme aujourd’hui.
Si les dépenses de l'Elysée restent trop opaques pour pouvoir donner lieu à des commentaires avisés sur leur légitimité, le fait que le budget de l'Elysée passe de 3,3 à 31,9 millions d'€ en 8 ans suscite nécessairement la méfiance du citoyen qui s'interroge sur l'utilisation de ses impôts, surtout après le précédent des frais de bouche à la mairie de Paris, ou des vacances à la Réunion du couple Chirac. Sans tomber dans le poujadisme primaire, ni lancer la sentence de mort de tout engagement politique "tous des pourris" qui fait le succès à la fois d'un Jean-Marie Le Pen et d'un Olivier Besancenot, on peut légitimement souhaiter d'une part une plus grande transparence dans les dépenses de l'Elysée, et d'autre part une limitation du train de vie de cette institution qui, si elle retrouve un peu de son pouvoir aujourd'hui, avait vu son influence sur la conduite des politiques de la nation très nettement restreinte lors de la cohabitation .
Enfin, au sujet de cette tendance, très gourmande en fonds publiques, qui consiste à créer une organisation, un comité, un conseil d'analyse, une haute autorité, un Haut conseil ou un observatoire de tout et n'importe quoi dès qu'un problème se pose, il s'agirait de noter objectivement son efficacité et la capacité de ces nouvelles structures à apporter des réponses claires mais surtout utiles aux problèmes posées. Le principal inconvénient c'est qu'il est facile de créer ce genre de structures, mais qu'on ne sait plus comment les supprimer lorsqu'elle sont venues à bout de leur mission ou lorsqu'elles sont devenues obsolètes. Le Commissariat général au plan, qui existe toujours après l'abandon de la planification en France est un parfait exemple de ce problème. Pourquoi ne pas le transformer justement afin qu'il fédère tous les projets et toutes les analyses commandées par l'Etat à des commissions ad hoc, coûteuses et à l'efficacité parfois douteuse. C’est ce que proposait récemment un analyste du Monde.
M. Ferry n'est plus ministre, mais apparemment à droite on l'aime encore bien et, vu qu'il n'aime pas trop être dans le besoin, l'Etat lui paie une "retraite dorée" à la tête d'un Conseil d'analyse de la société. Lui qui avait plein d'idées pour l'école - et savait les faire passer! - ainsi que pour "réussir sa vie", il trouvera peut-être un moyen pour rapprocher l'Etat, et ce gouvernement en particulier, de la société qui s'en méfie de plus en plus. On se permet d'en douter... affaire à suivre!