La gauche et l'héritage de 68
articles: Au Parti socialiste, un rapport remet en cause l'"héritage" de Mai 68
& M. Hollande mesuré sur la remise en cause de l'"héritage" de 1968
sources: http://www.lemonde.fr/web/recherche_articleweb/1,13-0,36-383983,0.html
& http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-384341,0.html
En pleine refondation, le parti socialiste réunissait le week-end dernier un colloque afin de donner le coup d'envoi officiel de la réflexion sur le projet pour 2007. Tiraillé en son sein par des luttes de personnes et d'idées qui se sont cristallisées ces dernières semaines au sujet de la Constitution européenne, le PS n'a pas eu, jusque là, le loisir de profiter de l'élan donné par ses derniers succès électoraux pour affiner un projet stable. A deux ans et demie des prochaines élections législatives et présidentielles, un tel programme solide et clairement ancré à gauche pourrait enfin faire oublier définitivement le cauchemar du 21 avril 2002 dont certains n'ont jamais fini de faire le bilan.
De telles rencontres au sein d'un parti sont toujours riches en discussions et reflètent les courants d'idées les plus divers au coeur d'une même famille politique. A l'occasion de ce colloque, un rapport a été remis à la direction du PS afin d'engager la discussion sur l'héritage de mai 68. Quelle position la gauche française (du moins son représentant majoritaire) doit-elle adopter sur cet évènement fondateur de son idéologie et précurseur de son arrivée au pouvoir un peu plus de dix ans plus tard? Fortement impliquée dans les évènements de 68, la gauche n'a cessé de faire bilan sur bilan au sujet de la révolution culturelle née des barricades. Le vent anarchiste et libertaire a cessé depuis longtemps de souffler sur les cadres du parti, bien moins prompts à crier "élections pièges à cons" ou "interdit d'interdire". Prise de cours sur le thème de la sécurité lors de la campagne 2002 (moins d'un an après les attentats de New York), la gauche ne pouvait plus se permettre de clamer "CRS SS" et beaucoup d'élus socialistes se sont décidés à Lyon, à Grenoble, comme dans d'autres municipalités à recourir à la vidéosurveillance des rues et à prendre des arrêtés anti-mendicité. La confiance d'une bonne partie des électeurs était à ce prix. Mais aujourd'hui, c'est la révolution des moeurs et la philosophie de la libération (sexuelle, scolaire, familiale) qui sont remis en cause. Personne, et surtout pas François Hollande, n'est prêt à renier les acquis de cette période en terme d'amélioration de la condition féminine, d'évolution des mentalités, de changements de comportement au sein des familles et dans la société (reconnaissance des revendications de la jeunesse...).
Pourtant, aujourd'hui l'inventaire doit bel et bien être fait. Certains se mordent les doigts sur les dérapages de 68 (cf. Cohn-Bendit et sa braguette), d'autres veulent en dénoncer clairement les abus sans pour autant être taxés de réactionnaires. A une société cadrée par des repères, des valeurs, des racines en tout genre (religieuses, familiales, partisanes, syndicales...) a succédé une société de zappeurs déracinés. Personne ne s'engage plus pour défendre son opinion, les grèves ne font plus recette et syndicats et partis politiques ne cessent de déplorer la dégringolade des effectifs militants, tout comme les églises pleurent leurs fidèles et leurs vocations. Toute mobilisation citoyenne est le fruit d'un électrochoc: 21 avril 2002, guerre en Irak, réforme des retraites, sans que cela endigue durablement la baisse de l'engagement personnel. La perte des repères se manifeste encore par l'attitude de l'enfant et de l'adolescent en famille ou à l'école. L'enfant roi dont les volontés sont des ordres pour ses parents, devient l'élève roi que l'enseignant doit satisfaire s'il ne veut pas être rappelé à l'ordre par sa hiérarchie, être insulté par les parents ou, au pire être menacé au couteau.
Cette perte des repères est nécessairement compensée par une hausse de l'interdit. Elle n'est donc pas toujours garante de la liberté d'action: on est obligé aujourd'hui d'interdire les signes religieux à l'école...
Le tableau n’est pourtant pas noir, l’engagement associatif présente des statistiques très encourageantes et on a vu, depuis 2002, repartir la participation électorale (sauf pour les élections européennes évidemment…)
Pour terminer, il ne faut pas que la gauche, qui "doit beaucoup à 68" ne se change en "père fouettard" selon François Hollande, pourtant "sans être un réactionnaire patenté, écrit M. Baumel, l'auteur du rapport, on peut sans grand danger émettre l'hypothèse que les nouvelles libertés personnelles dont ont pu bénéficier les hommes et les femmes de la génération 68, les possibilités qu'ils se sont données de s'évader des modèles familiaux plus traditionnels, n'ont pas eu que des effets entièrement positifs sur la structuration identitaire et psychologique de leurs enfants."
& M. Hollande mesuré sur la remise en cause de l'"héritage" de 1968
sources: http://www.lemonde.fr/web/recherche_articleweb/1,13-0,36-383983,0.html
& http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-384341,0.html
En pleine refondation, le parti socialiste réunissait le week-end dernier un colloque afin de donner le coup d'envoi officiel de la réflexion sur le projet pour 2007. Tiraillé en son sein par des luttes de personnes et d'idées qui se sont cristallisées ces dernières semaines au sujet de la Constitution européenne, le PS n'a pas eu, jusque là, le loisir de profiter de l'élan donné par ses derniers succès électoraux pour affiner un projet stable. A deux ans et demie des prochaines élections législatives et présidentielles, un tel programme solide et clairement ancré à gauche pourrait enfin faire oublier définitivement le cauchemar du 21 avril 2002 dont certains n'ont jamais fini de faire le bilan.
De telles rencontres au sein d'un parti sont toujours riches en discussions et reflètent les courants d'idées les plus divers au coeur d'une même famille politique. A l'occasion de ce colloque, un rapport a été remis à la direction du PS afin d'engager la discussion sur l'héritage de mai 68. Quelle position la gauche française (du moins son représentant majoritaire) doit-elle adopter sur cet évènement fondateur de son idéologie et précurseur de son arrivée au pouvoir un peu plus de dix ans plus tard? Fortement impliquée dans les évènements de 68, la gauche n'a cessé de faire bilan sur bilan au sujet de la révolution culturelle née des barricades. Le vent anarchiste et libertaire a cessé depuis longtemps de souffler sur les cadres du parti, bien moins prompts à crier "élections pièges à cons" ou "interdit d'interdire". Prise de cours sur le thème de la sécurité lors de la campagne 2002 (moins d'un an après les attentats de New York), la gauche ne pouvait plus se permettre de clamer "CRS SS" et beaucoup d'élus socialistes se sont décidés à Lyon, à Grenoble, comme dans d'autres municipalités à recourir à la vidéosurveillance des rues et à prendre des arrêtés anti-mendicité. La confiance d'une bonne partie des électeurs était à ce prix. Mais aujourd'hui, c'est la révolution des moeurs et la philosophie de la libération (sexuelle, scolaire, familiale) qui sont remis en cause. Personne, et surtout pas François Hollande, n'est prêt à renier les acquis de cette période en terme d'amélioration de la condition féminine, d'évolution des mentalités, de changements de comportement au sein des familles et dans la société (reconnaissance des revendications de la jeunesse...).
Pourtant, aujourd'hui l'inventaire doit bel et bien être fait. Certains se mordent les doigts sur les dérapages de 68 (cf. Cohn-Bendit et sa braguette), d'autres veulent en dénoncer clairement les abus sans pour autant être taxés de réactionnaires. A une société cadrée par des repères, des valeurs, des racines en tout genre (religieuses, familiales, partisanes, syndicales...) a succédé une société de zappeurs déracinés. Personne ne s'engage plus pour défendre son opinion, les grèves ne font plus recette et syndicats et partis politiques ne cessent de déplorer la dégringolade des effectifs militants, tout comme les églises pleurent leurs fidèles et leurs vocations. Toute mobilisation citoyenne est le fruit d'un électrochoc: 21 avril 2002, guerre en Irak, réforme des retraites, sans que cela endigue durablement la baisse de l'engagement personnel. La perte des repères se manifeste encore par l'attitude de l'enfant et de l'adolescent en famille ou à l'école. L'enfant roi dont les volontés sont des ordres pour ses parents, devient l'élève roi que l'enseignant doit satisfaire s'il ne veut pas être rappelé à l'ordre par sa hiérarchie, être insulté par les parents ou, au pire être menacé au couteau.
Cette perte des repères est nécessairement compensée par une hausse de l'interdit. Elle n'est donc pas toujours garante de la liberté d'action: on est obligé aujourd'hui d'interdire les signes religieux à l'école...
Le tableau n’est pourtant pas noir, l’engagement associatif présente des statistiques très encourageantes et on a vu, depuis 2002, repartir la participation électorale (sauf pour les élections européennes évidemment…)
Pour terminer, il ne faut pas que la gauche, qui "doit beaucoup à 68" ne se change en "père fouettard" selon François Hollande, pourtant "sans être un réactionnaire patenté, écrit M. Baumel, l'auteur du rapport, on peut sans grand danger émettre l'hypothèse que les nouvelles libertés personnelles dont ont pu bénéficier les hommes et les femmes de la génération 68, les possibilités qu'ils se sont données de s'évader des modèles familiaux plus traditionnels, n'ont pas eu que des effets entièrement positifs sur la structuration identitaire et psychologique de leurs enfants."

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