mercredi, octobre 27, 2004

La France et la question turque : diplomatie ou démocratie ?

article: Paris et Berlin soutiendront la candidature turque à l'UE
source: http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3214,36-384566,0.html

La rencontre à Berlin entre Chirac, Schröder et Erdogan a révélé une fois de plus la primauté que le président de la république française accorde à la diplomatie sur la démocratie et les droits de l’homme. On peut dire, sur ce plan, que la diplomatie française marche bien, surtout quand il y a une poignée d’Airbus à la clef ! Et sur ce sujet, pas possible d’appliquer l’adage « une fois n’est pas coutume ». En effet, après avoir fait de gentilles courbettes au président (dictateur ?) de la république populaire de Chine sans évoquer les milliers de peines capitales exécutées chaque année, après avoir affirmé que la Tunisie était un pays respectant parfaitement les libertés fondamentales et les droits de l’homme, après avoir pris plusieurs déjeuners confortables à Moscou sans évoquer clairement le cas tchétchène, le principal représentant des français a assuré le premier ministre turc – qui venait de signer pour quelques Airbus - d’un soutien inconditionnel à la candidature turque. Ne nous méprenons pourtant pas, mon propos n’est pas de mettre la Turquie sur le même plan que la Chine ou la Russie (malgré les condamnations récurrentes de Reporters sans frontières et d’Amnesty international) en ce qui concerne les droits de l’homme, mais c’est bien de la France que je veux parler ici.
Que le président prenne, en France, une position personnelle en faveur de la candidature turque à l’UE dans le débat qui s’est ouvert, soit, mais que, du haut de sa position officielle, il engage la France est autre chose ! Une semaine à peine après un débat à l’Assemblée nationale qui a montré combien les parlementaires français étaient réticents à ce sujet, le président, au mépris de la représentation nationale et même de son premier ministre et de son parti politique, se déclare convaincu des conclusions du Conseil européen. Il est clair que bien des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE sont favorables à la candidature turque et voteront probablement en sa faveur en décembre prochain. Pourtant, ce n’est pas faire honneur à la démocratie française et c’est bien amplifier encore la perception d’un déficit démocratique en Europe que de préjuger de ce sommet et du succès des revendications turques alors que l’opinion publique française et européenne est fortement partagée sur le sujet. Il semble judicieux de pasticher ici un vieil adage :

« La diplomatie – le portefeuille – a ses raisons que la démocratie ne connaît pas »